Une page vient de se tourner

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse catholique de langue française de Berne (BE), avril 2021

Que les visages sourient, se ferment ou se masquent, l’ambon, fidèle au-delà de sa fonction, traverse les temps ordinaires – et chacun des autres moments – sans jamais cesser de rendre témoignage. A Dieu qui l’a suscité, comme à l’homme qui l’a façonné.

PAR ISABELLE PERRENOUD | PHOTO : ISTOCK/JASPER CHAMBER

De simple morceau de matière, il est devenu endroit sacré où se dépose le Livre, lieu respecté d’où s’élève la Parole. Engendré par l’inspiration, réalisé par le savoir-faire, sobre ou paré, toujours vêtu de beauté, il offre au Verbe le tremplin qui donne à chaque syllabe assez d’élan pour toucher la profondeur des cœurs.

L’ambon est heureux de sa mission. Il se sent vibrer ; il se sent vivant : il se sait au service de plus grand. A sa surface, effleurée par une brise légère, une page vient de se tourner, un souffle de passer. Il frémit. Une voix retentit. A peine au-dessus de lui. Si près. Si anciens et si nouveaux, tirés d’un psaume, des mots prennent leur envol, clairs et transparents. Pareils à des jets de lumière, ils déploient leurs ailes, emplissent l’espace, frôlent les vitraux, s’appuient sur quelques notes, avant de se laisser porter jusqu’au seuil des consciences : « Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert l’oreille. » Arrivés là, entre tympans et étonnement, ils demeurent quelque instant en suspens. Sciemment. Les mots ne sont pas pressés d’en rajouter : gardant le silence, ils commencent à creuser une brèche dans cette fausse croyance, obscure et épaisse, selon laquelle, sans souffrance, nul ne peut s’approcher de Dieu. Surprises autant qu’effrayées, de vieilles douleurs claquent des dents. Craignant de se révéler soudain inutiles, elles grattent nerveusement les plaies entretenues aux seules fins de servir de marchepied vers l’Eternité.

Reprenant de la hauteur, frais et déroutants comme une source en plein désert, sans balbutier, avec autorité, les mots osent persister et signer : « Tu n’exigeais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens ! » » Stupeur ! Sueur sur les fronts de celles et ceux qui se sont créé mille maux, pensant réunir ainsi un capital de tourments suffisant pour leur permettre l’acquisition d’un morceau de Ciel. Se seraient-ils fourvoyés ? Leur monnaie d’échange, n’aurait-elle plus de valeur ? Salvateur questionnement.

A n’en pas douter, la brèche s’est élargie : à travers elle, l’amour s’avance. Une folle envie d’applaudir submerge l’ambon. Par souci des convenances, il se contient. Mais la joie est plus forte que la bienséance. Il exulte ; il répète : « Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation, tu n’exigeais ni holocauste ni victime ; tu m’as ouvert l’oreille et voici, je viens ! Je viens ! » Qu’en retient l’assistance ? A-t-elle compris – enfin ! –, que le dolorisme ne sert qu’à avilir la dignité de l’homme et à massacrer l’innocence de Dieu ? Car le Père, tendrement mère, les bras grands ouverts, ne souhaite rien moins que le bien de chacun de Ses enfants. Sans souffrance.

 

La Pastorale de Santé dans L’UP La Seymaz

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), avril 2021

Madame Barbara Zanni, référente régionale de la Pastorale de la santé dans le canton de Genève, a été nommée par Mgr Charles Morerod à 20%, pour l’UP La Seymaz, dès le 1er février 2021.

TEXTE ET PHOTO PAR KARIN DUCRET

Madame Zanni, que veut dire la « Pastorale de la santé » ?

La Pastorale Santé soutient les traversées de la vie, maladie, vieillesse, mort et deuil dans des lieux qui ne sont pas d’Eglise.
Mme Cathy Espy-Ruf, responsable cantonale de la Pastorale de la Santé, dans l’impossibilité de proposer une présence d’aumônerie dans les 54 EMS du canton de Genève, et redoutant que les bénévoles, de moins en moins nombreux.ses ne s’épuisent, souhaitait néanmoins répartir les forces de la pastorale de la santé dans tous les établissements du canton. Pour ce faire, elle nomme des
aumônier.ère.s « Référents Régionaux Santé » (RRS) en soutien aux bénévoles en place.

Madame Zanni, aumônière, qui êtes-vous ?

Je suis née à Genève et y ai fait toute ma scolarité. Après deux ans de droit, puis une formation commerciale, j’ai travaillé dans une banque pendant 17 ans en gestion de fortune. Très souvent, je me disais « Seigneur, ma vie n’a pas de sens ! »… J’avais reçu le don de la foi très jeune dans une famille peu croyante ! J’ai arrêté de travailler à la naissance du premier de mes 3 garçons et quand ils ont grandi, j’ai commencé à faire du bénévolat dans ma paroisse : catéchisme, équipe de prière à Belle Idée, visites au Foyer de Saint-Paul… Lors d’une rencontre avec Mme Espy-Ruf, je lui ai fait savoir mon souhait ardent de servir mon Eglise, si possible auprès des aînés. Elle me proposait alors de suivre le cursus de formation pour devenir aumônière : AOT, « Accompagnement des personnes malades, âgées et en fin de vie », « Ecoute centrée sur la personne et ses états du moi selon Carl Rogers », formation à la mission ecclésiale, à la gestion de groupes, ministre extraordinaire de l’eucharistie, célébration de funérailles et célébrations Parole, Prière et Communion… soit 3 mois de stage intensif au CHUV, puis 10 mois de stage bénévole à l’aumônerie de Val Fleuri, et sa reprise en tant que responsable le 1er février 2015. En automne 2017, je deviens membre du Bureau Santé, organe de décision de la Pastorale de la Santé composé de sept membres représentant différents secteurs et activité (HUG, EMS, Bénévoles).

Quelle est votre mission dans notre UP La Seymaz ?

Ma mission en tant que RRS dans l’UP La Seymaz est d’apporter notamment un soutien aux bénévoles et aux prêtres dans les lieux comme la Villa Mona, La Louvière, la Méridienne, la Coccinelle, et d’effectuer des remplacements lorsque les bénévoles ne sont pas disponibles. Le territoire de l’UP La Seymaz est très étendu et les paroisses vivent des réalités très diverses. Créons donc des liens entre nous, unissons nos forces et avançons tous vers un seul but, celui de servir ensemble, dans la joie et l’unité, un seul Dieu au service des plus faibles et des plus fragiles. Je me réjouis de vous rencontrer. (zannibar@hotmail.com)

 

Vestiaire solidaire de la Pastorale…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), avril 2021

… des milieux ouverts (PMo) à Sainte-Clotilde

Février 2021, la Pastorale des milieux ouverts (PMo) du vicariat épiscopal installe son vestiaire solidaire à Sainte-Clotilde.

A l’heure de l’ouverture, Inès Calstas, sa responsable, a bien voulu répondre aux questions de L’Essentiel.

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL GONDRAND | PHOTOS : ERIC ROSET, PASCAL GONDRAND

Inès Calstas, un vestiaire solidaire à Sainte-Clotilde, c’est une première?
La PMo dans notre jargon, c’est la Pastorale des milieux ouverts, ou plus clairement la pastorale de rue. La PMo œuvre en faveur de personnes se trouvant dans une extrême précarité. Il y a quelques années nous avions mis en place un accueil pour des individus n’ayant pas accès à l’assistance sociale ou à d’autres institutions d’aide. Il s’agit donc d’une population « hors radar » qui ne souhaite pas vraiment se faire connaître. Cette population est dès lors difficilement identifiable. Il arrive que certaines personnes soient soutenues via d’autres canaux – des particuliers par exemple. C’est ce qui nous a poussés à ouvrir un vestiaire social à leur intention.

En raison de la pandémie de Covid-19, nous avons été surpris, lorsque la PMo a travaillé en « open chart » au printemps 2020 à la paroisse protestante de Montbrillant, après la fermeture du « sleep-in » et du vestiaire de la paroisse protestante de la Servette, de recevoir autant de vêtements, même de marque – Giorgio Armani, Dior, etc. –, d’excellente qualité. Nous sommes alors partis du principe que si nous recevions beaucoup de dons, nous pouvions également en distribuer beaucoup. Très vite un problème d’entreposage de tous ces dons s’est posé. Et en décembre 2020 la paroisse catholique de Sainte-Clotilde nous a fait savoir, au travers de sa présidente, Sandra Golay, qu’elle disposait de locaux pour accueillir un vestiaire, soit une salle de stockage au sous-sol de la cure, en cours d’aménagement, et une salle pour les distributions. Nous avons donc sauté sur cette opportunité, d’autant que pour la première fois, la PMo – catholique – était en mesure de s’enraciner dans une paroisse catholique. Et vraiment, nous en sommes très heureux.

Après l’expérience que nous avons vécue à Noël 2020 à Sainte-Clotilde – nous avions alors organisé une fête en faveur des enfants défavorisés au cours de laquelle nous avions pu distribuer des centaines de jouets et de jeux pour tous les âges – nous avons ouvert ce nouveau vestiaire en collaboration avec FiFlo, la Boutique Solidaire, sous la conduite de Floriane, une fille au punch incroyable, et Kits Hygiène qui collecte et distribue des produits d’hygiène via les associations pour les femmes afin de remédier à ce que l’on peut appeler « la précarité menstruelle ».

Les personnes qui nous aident, elles-mêmes dans le besoin, sont plus que des simples bénévoles, elles sont vraiment parties au projet. Et pour elles, il s’agit d’un véritable travail rémunéré grâce à une fondation qui nous a donné des sous. De plus, grâce à Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire émérite, nous avons pu entrer en collaboration avec des forains. C’est ainsi qu’une de leurs familles avec laquelle nous nous sommes liés d’amitié, Katia Crêpes, nous offre ses services – fabrication de crêpes et de barbes-à-papa.

Ce vestiaire paraît donc très féminin…
Effectivement, nous sommes une majorité de femmes, mais les hommes sont les bienvenus, nous en avons quelques-uns !

Donc aujourd’hui vendredi 12 février, c’est le grand jour ?
Il est 10h et nous sommes en train d’effectuer la mise en place des « rayons ». Nous allons inaugurer l’ouverture du vestiaire à midi et chacun pourra déguster une crêpe au sucre, au caramel ou au Nutella avant de faire son « shopping ». Par ce froid de canard la distribution des crêpes n’aura pas lieu à l’extérieur, devant la camionnette de Katia Crêpes, mais à l’intérieur de la cure de Sainte-Clotilde, où Katia et son équipe les confectionneront dans la cuisine. Le vestiaire sera ouvert une fois par
mois.

Combien attendez-vous de personnes ?
Lorsque nous étions à la Servette, nous recevions une soixantaine de personnes à chaque distribution. Nous allons recevoir ici ces habitués et, comme il se doit, le bouche-à-oreille va certainement développer tous ses effets.

Comment allez-vous gérer les contraintes liées au Covid-19 ?
Eh bien, j’ai été très étonnée car à la Servette, la discipline en matière de gestes barrières s’est imposée naturellement. Je suis absolument certaine qu’il va en aller de même, ici, à Sainte-Clotilde.

Cette action est-elle destinée à s’inscrire dans la durée ou devrait-elle demeurer ponctuelle ?
Nous nous sommes lancés au début du confinement, au printemps 2020, et je pense qu’elle devrait se poursuivre, en tous cas tant que les besoins perdureront.

Bravo à la PMo ! La paroisse Sainte-Clotilde vous souhaite plein succès dans votre action et tient à vous assurer de tout son soutien !

Il n’y a pas de mort

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), avril 2021

LE BILLET DE PASCAL DESTHIEUX, VICAIRE ÉPISCOPAL | PHOTO : DR

Je viens de visionner le Temps présent consacré aux expériences de mort imminente (EMI). Les scientifiques s’intéressent à ce phénomène vécu par tant de personnes, de provenances si différentes, mais qui concordent en parlant d’une sortie du corps, d’une lumière étincelante mais pas éblouissante, d’un sentiment de profond bien-être, d’une sortie du temps (puisque certaines voient défiler toute leur vie), de proches qui les accueillent, etc. Les études montrent qu’environ 4% de la population ont vécu une EMI ; peut-être l’avez-vous vécue vous-même, ou du moins connaissez-vous une personne qui est passée par là. Une paroissienne m’a raconté qu’elle s’était vu partir ; elle se sentait si bien. Puis, elle a entendu ses enfants pleurer, et pour eux, elle est revenue. Cela m’avait bouleversé.

Un « experiencer » proche de Genève, Jean-Paul Duc, auteur d’Entre la vie et la mort, mon cœur balance, témoignait : « Avant, j’avais une peur abominable de la mort. Aujourd’hui, cette peur a disparu. Complètement. Avez-vous peur d’un ciel bleu ? Si quelqu’un a peur de la mort, qu’il sache au moins que c’est inutile : il n’y a pas de mort. Quand vous la verrez, vous comprendrez. »

Est-ce que cela ne rejoint pas profondément notre foi en la Résurrection, que nous fêtons en ce début du mois d’avril ? La mort n’est pas le dernier chapitre de notre vie, mais un passage, une pâque vers la vie qui nous attend.

C’est justement ce que m’a dit un confrère, à qui j’ai rendu visite aujourd’hui à l’hôpital, peut-être pour la dernière fois : « Pascal, maintenant je vais consacrer les dernières forces qui me restent pour me préparer à ce passage qui m’attend. » Alors qu’il insistait sur ce mot de passage, son regard s’illuminait.

Bonne fête de Pâques, dans la joie du Ressuscité… orientés avec confiance et sérénité vers notre propre pâque !

 

Le chanoine Bernard Gabioud

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur de l’Entremont (VS), avril 2021

En ce début d’année 2021, les paroisses d’Entremont accueillent un nouveau desservant,
le chanoine Bernard Gabioud qui a rejoint officiellement la communauté occupant la cure d’Orsières. C’est l’occasion rêvée d’une rencontre. Celle-ci se déroule dans la grande salle
de la cure, si belle avec son plafond voûté et si chaleureuse avec sa cheminée dans laquelle
le feu crépite. Un moment privilégié qui favorise les confidences…

PAR MICHEL ABBET | PHOTOS : BERNARD GABIOUD

Bernard Gabioud : venir habiter

à Orsières, c’est un retour aux sources ?

C’est un lieu chargé de vie pour ma famille : mes parents ont vécu leur jeunesse dans cette commune, un chalet à Commeire a d’ailleurs maintenu et développé des liens forts entre notre « tribu » et cette région.

La famille a une grande importance

pour vous ?

Oh oui ! Je suis l’aîné d’une fratrie de dix enfants. Donc j’ai appris très jeune ce que voulait dire vivre en communauté, se frotter aux personnalités et aux caractères différents. Et surtout s’aimer très fort, au point d’être un peu malheureux quand l’autre était absent ! Ce qui n’empêchait pas une dispute sitôt que l’on se retrouvait…

Un prélude à la vie religieuse ?

Il y a quelques similitudes. Dans une famille comme dans une communauté, on ne se choisit pas, on s’accueille, avec ses qualités, ses défauts, ses capacités ou ses incapacités… On apprend à mettre son ego au deuxième plan, ce n’est pas un mal.

Votre vocation ?

Le premier souvenir marquant me vient de mes 11 ans, lorsque j’étais seul à travailler aux champs, suite à une dispute avec mon frère qui nous avait valu une punition paternelle. J’étais en rage contre mon frère, quand, soudain, une grande paix m’a envahi au moment où j’ai ressenti le désir de devenir prêtre… sans savoir très bien ce que cela signifiait. Le soir, je me suis confié à ma maman, qui a « accueilli » cette nouvelle un peu à la manière de Marie : tout en douceur !

Devenir prêtre, (il a été ordonné en 1970)

c’est donc l’aboutissement d’un long

cheminement ?

Cela signifierait qu’on aurait atteint un sommet… Oh non, le cheminement continue, c’est l’œuvre de toute une vie. En fait chacune de nos vies demande de « cheminer » pour parvenir à l’aboutissement qui ne viendra qu’en bout de course…

En plus de la vie religieuse, vous avez

un amour fort pour la montagne,

ce qui vous a poussé à devenir guide.

Je dirais que le métier de guide m’a appris à être prêtre au milieu et au service de mes frères et sœurs… Oui, la montagne a eu une énorme importance dans mon existence… A travers elle, j’ai pu vivre pleinement ma vie de prêtre et de religieux

Comment ?

J’avais besoin de ces espaces silencieux pour ressentir pleinement ma vocation. Gravir une montagne à deux ou trois, atteindre un sommet, ce n’est pas anodin. On « rentre » ensuite transformé, riche d’une expérience nouvelle.

L’idée d’un exploit vous a titillé ?

Une première par exemple…

L’exploit pour être connu ou reconnu ne m’a jamais tenté. Mais la montagne a fait éclore en moi le désir… du désert, cet endroit dépouillé de tout, espace de solitude et de conditions extrêmes qui annihile vanité et superficialité pour permettre la rencontre avec son Seigneur en vérité !

Le désert ?

Oui. J’ai été marqué par une personne : Charles de Foucauld que j’ai eu l’occasion de « connaître » en préparant et prêchant une retraite à des petites sœurs de Jésus, au début de mon ministère. Son regard m’a frappé et interpellé. Dans ses yeux, il me semblait pouvoir lire une Présence immense et fascinante… D’où cette envie irrésistible d’aller au désert, pour rejoindre cette Présence en moi et mieux me connaître.

Qu’est-ce que cela signifie

« se connaître » ?

Vaste question… C’est aller chercher au plus profond de soi-même pour trouver son essence. Etty Hillesum dit cela beaucoup mieux que moi.

Etty Hillesum ?

Une personnalité incroyable, juive hollandaise qui a tenu un journal intime de 1941 à 1943, année de sa mort dans le camp d’Auschwitz. Sa relation intime avec Dieu, dans les conditions atroces qui étaient les siennes lors de la guerre, est pour moi une source inépuisable d’émerveillement. Voici un court passage qui pourrait nous éclairer : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. » Ces mots sont une invitation pour chacun à quitter la superficialité pour faire silence afin de trouver ou retrouver l’« être » qui est relation avec Dieu.

Une dernière confidence…

Quel sera votre ministère ici ?

J’ai passé le temps d’agir, d’ailleurs mes forces actuelles ne me le permettent plus. Je ne désire plus « faire », mais « être ». Alors, je serai « avec » les paroissiens d’Entremont comme Jésus est « avec » nous, dans un ministère de compassion.

 

Catéchuménat

Catéchu… Quoi ?

 

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, décanat Sion (VS), avril 2021

 

PAR LYLIAN SEPPEY | PHOTOS : JHS

Et les plus jeunes ?

Les enfants en âge de scolarité ont également un parcours de catéchuménat avec les différentes étapes liturgiques. Dans nos paroisses, trois enfants l’ont suivi cette année : Bastien, Christophe et Kelly.

Belle route à eux !

Voici à quoi nous avons souvent droit quand nous disons ce mot «catéchumène» !

Il est vrai qu’il n’est pas courant de l’entendre et pourtant, ce mot définit toute personne « qui accepte en toute liberté de suivre le Christ et d’être initiée à la vie chrétienne par les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie ».

Ce temps de « catéchuménat » (faire retentir aux oreilles) indique le temps où la Parole de Dieu résonne dans le cœur des jeunes et des adultes en route vers un des trois sacrements de l’initiation. C’est une expérience de conversion.

Cette année, dans notre décanat, Viviane s’est mise en route vers le baptême tandis que Lucie, Patrick, Raquel et Joao se sont mis en route vers la confirmation.

Plusieurs étapes marquent leur chemin et nous, « chrétiens confirmés », sommes invités à les accompagner et à revivre pour nous-même cette catéchèse du berceau de la foi, par la fréquentation de la Parole de Dieu, la conversion de vie, l’entrée dans une vie liturgique et dans la prière de l’Eglise.

Avec Viviane, depuis cet automne, nous avons pu célébrer l’entrée en catéchuménat et l’appel décisif, ce dernier marque l’importance d’être appelé par l’Eglise, par l’évêque, à dire son « oui » définitif aux sacrements de Pâques après en avoir été jugé apte.

Durant le Carême, ultime étape, nous avons célébré les trois « scrutins » qui ont pour but de purifier les cœurs et les intelligences, de fortifier contre les tentations, de convertir les intentions, de stimuler les volontés, afin que les catéchumènes s’attachent plus profondément au Christ et poursuivent leur effort pour aimer Dieu.

Pendant ce temps, qui se vit au fil des trois derniers dimanches durant lesquels nous entendrons les évangiles de la Samaritaine (l’Eau vive) de l’Aveugle-né (la Lumière) et de Lazare (la Résurrection et la Vie), les catéchumènes seront appelés electi (ceux qui sont choisis, élus), illuminandi (ceux qui marchent vers la Lumière de la foi), competentes (ceux qu’habite un profond désir de recevoir les sacrements). Nous célébrerons les traditions du Notre Père et du Credo.

Avec Lucie, Patrick, Raquel et Joao nous avons pu vivre la « mémoire du baptême » afin de nous souvenir aussi du nôtre. Nous avons aussi redit le Notre Père et le Credo afin de professer la foi de l’Eglise puisqu’ils font partie de la « traditio » (transmettre) et du « Credo » (croire, tenir pour vrai, avoir confiance). Ils recevront tous trois l’Esprit Saint par ces mots : « Sois marqué de l’Esprit Saint le don de Dieu » dans le sacrement de « Confirmation » et deviendront de réels témoins de la mort et de la résurrection du Christ dans la foi et la charité au mois de mai prochain.

Que cette Montée vers Pâques soit pour eux et pour nous une montée vers la Vie ! Que notre prière les accompagne !

 

Les rites?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), avril 2021

Par l’abbé Alexandre Barras
Photo: Sœur Catherine Jerusalem

Le thème de ce mois nous invite à réfléchir sur les rites. Notre vie quotidienne n’est-elle pas remplie de rites profanes ? Le petit café du matin à heure fixe et dans le même bistrot. Le sport exercé tous les mercredis soir. Le passage de l’enfance à l’âge adulte avec le permis de conduire, le départ à l’armée, l’acquisition de la majorité, etc. Nous avons besoin de ces rituels qui rythment nos existences et les ponctuent de moments-clés.

De même en Eglise. Nous en percevons l’importance, par exemple, en regardant vivre les moines et les moniales : les prières à heures fixes, les processions cadencées, le travail et le repos planifiés sont le lot de chaque jour, et ceci depuis des temps anciens. La fidélité de ces frères et de ces sœurs nous fait comprendre l’importance de ces rites, en particulier dans la durée.

Le rite procure la sécurité, la fidélité et il invite à la constance. Pour nous chrétiens, les prières que nous récitons, les messes, dont le rituel est fixé par l’Eglise, les actes de charité qui habitent ces rites et les animent de l’intérieur, sont le lieu d’une rencontre avec Dieu ; la régularité nous permet de toucher sa présence et son amour pour nous, dans la foi. Certes, on pourrait arguer que les rites sont répétitifs, mais grâce à cela, nous sommes portés par quelque chose qui est plus grand que nous : le rite nous permet de nous concentrer, non pas sur le « faire », mais sur « l’être avec ». En célébrant la messe, que je connais par cœur, je peux tourner mon âme vers Jésus Eucharistie ; de même pour la prière personnelle : les prières que nous connaissons par cœur, par exemple le chapelet, sont comme une douce mélodie que nous lançons à Celui qui veut être le Tout de notre vie – les amoureux se disent bien des « je t’aime » des centaines de fois, sans jamais se lasser !

Un autre aspect important est que le rite, que nous recevons de l’Eglise, nous permet un temps de rencontre vraie avec le Dieu Vivant : nous prêtons notre voix, nos gestes, notre désir d’aimer, à la prière de toute l’Eglise. Le rituel liturgique, qui n’est pas notre petite invention individuelle et subjective, glorifie le Seigneur, le met à la première place. Enfin, il marque les différentes étapes de notre vie dès la naissance, par le baptême, et jusqu’à notre fin dans ce dernier rite de l’Au-revoir qui accompagne nos défunts dans leur passage vers l’autre rive. C’est alors toutes les étapes de notre vie qui prennent une autre dimension et une autre signification.

L’homme a besoin de rites

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), avril 2021

Nos communautés vivent au rythme de diverses célébrations, liturgies, prières. Plusieurs sont particulièrement vécues dans le temps du Carême : l’onction des malades, les chemins de croix, l’imposition des cendres, d’autres nous accompagnent tout au long de notre vie : l’usage de l’eau bénite. Toutes aident le Christ à se rendre toujours plus présent sur nos chemins de vie.

PHOTOS : ANNICK VERCELLONI ET MARIE-PAULE DÉNÉRÉAZ

Le chemin de croix

Par Laetitia Willommet

L’Essentiel Secteur pastoral des Coteaux du Soleil
Le chemin de croix vécu par les enfants de 4H.

Comment expliquer aux enfants l’histoire d’un homme arraché à l’affection de ses amis, de sa mère, traîné à travers une foule en colère, pour être soumis au jugement d’autres hommes puis battu, couronné d’épines et enfin cloué à une croix ?

C’est la plus belle histoire d’Amour jamais racontée, l’histoire d’un homme qui s’est sacrifié pour tous les autres hommes, qui n’a pas hésité à se sacrifier pour garantir l’espoir à ses propres bourreaux. C’est l’histoire de Jésus !

Les enfants de 4H de Vétroz ont animé le chemin de croix afin de le vivre pleinement, de le ressentir et de comprendre que Jésus a donné sa vie par Amour pour nous.

L’eau bénite

La technique au service de la grâce.

par l’Abbé Pierre-Yves Pralong

L’eau bénite, un élément tout simple dans notre vie de foi, et pourtant qui porte tellement de sens. Elle nous rappelle notre baptême et nous encourage à avancer dans ce beau chemin de sainteté vers Dieu. Elle nous permet aussi, par le signe de la croix que nous joignons avec, de nous mettre encore plus en présence de Dieu, et sous sa protection. Et elle nous invite aussi, chaque fois que nous en prenons, selon la tradition, à prier pour tous les défunts.

L’eau bénite fait partie des sacramentaux de notre Eglise, comme nous le rappelle notre catéchisme : « Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l’Esprit Saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l’Eglise ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer. »

Merci Seigneur pour tous ces moyens qui nous aident à nous rapprocher de Toi et à nous donner encore plus à tous nos frères et sœurs que tu mets sur notre route !

Mercredi des cendres

Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.

par l’Abbé Pierre-Yves Pralong

Notre Pape nous parle si bien de ce geste : « La légère couche de cendres que nous recevons est pour nous dire, avec délicatesse et vérité : des nombreuses choses que tu as en tête, derrière lesquelles chaque jour tu cours et te donne du mal, il ne restera rien […] Le Carême c’est redécouvrir que nous sommes faits pour le feu qui brûle toujours, non pour la cendre qui s’éteint tout de suite ; pour Dieu, non pour le monde ; pour l’éternité du Ciel, non pour la duperie de la terre ; pour la liberté des enfants, non pour l’esclavage des choses […] Dieu, les frères, ma vie : voilà les réalités qui ne finissent pas dans le néant, sur lesquelles il faut investir. »

Geste simple, geste humble qui nous rappelle l’essentiel de notre vie. Seigneur Jésus, consume totalement notre vie, que nous devenions brûlants de Toi !

Sacrement des malades ou onction des malades

L’Essentiel Secteur pastoral des Coteaux du Soleil
L’onction des malades : sacrement de la tendresse de Dieu envers ses enfants souffrants.

par Laetitia Willommet

Ce sacrement est toujours très apprécié et demandé.

Il a pour but de donner une aide spéciale au chrétien confronté à la maladie, la vieillesse ou la souffrance.

Il consiste en une onction d’huile bénite sur le front et sur les paumes et en l’imposition des mains. La symbolique est très belle : l’huile consacrée, en pénétrant la peau, répand une bonne et douce odeur, elle fortifie le corps.

Le prêtre appelle la personne par son prénom et prononce cette prière : « Par cette Onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève. »

L’eau bénite

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), avril 2021

Par Thérèse Gerber
Photo: DR

L’eau bénite à la Veillée pascale invite-t-elle le croyant à rappeler son baptême ? Pourquoi et quand se signer avec de l’eau bénite ? Le temps de pandémie donne l’occasion d’apporter quelques précisions sur ce rite du signe de croix avec l’eau du bénitier à l’entrée de l’église.

Réservoir d’eau bénite, Lens.

Depuis plus d’une année, en entrant dans une église, c’est devenu naturel de prendre du désinfectant et de se frotter les mains, sans même faire le signe de croix. Se désinfecter est vraiment nécessaire, ça ne devrait pas pour autant supprimer les rites d’entrée dans un lieu saint. Certains diocèses en France ont trouvé la parade : un distributeur à pédale. En Italie, en 2009 déjà, lors de la pandémie de grippe A H1N1, Luchiano Marabese, a eu l’idée de créer un bénitier électronique, répondant aux besoins d’hygiène.

Une église est un lieu de prière et de célébration des offices liturgiques. Elle abrite le Saint Sacrement mais aussi parfois des objets de vénération, tels que des reliques de saints et martyrs ou des icônes. Il est important d’en prendre conscience au moment d’entrer. Gardons au moins le signe de la croix pour tourner son esprit vers Dieu, physiquement présent dans l’église.

« Dans l’Eglise catholique, l’eau bénite est considérée comme un sacramental, au même titre que les crucifix, médailles, images pieuses, rosaires, cendres et rameaux. Elle est utilisée pour les baptêmes, bénédictions de personnes, objets, ou lieux, mais aussi comme protection contre le démon.

Cette eau qui a reçu la bénédiction d’un prêtre est utilisée pour tracer le signe de la croix et éloigner le démon de ceux qui accomplissent ce geste avec foi, rompant avec l’agitation du monde extérieur. Le moment de tracer le signe de croix est le moment opportun pour tourner son esprit vers Dieu.

L’eau a toujours été associée à Dieu, dans la tradition biblique. C’est un élément purificateur, qui donne vie à la nature et à l’homme.

L’eau a toujours fait partie des rituels liturgiques bibliques. Jésus a été baptisé dans le Jourdain, a marché sur l’eau, a proclamé être la source d’eau vive : « Jésus lui répondit : – Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4, 14). » 1

Tous les ans, prêtres catholiques et orthodoxes profitent respectivement des fêtes de Pâques et de Noël pour bénir leurs eaux.

Mais évidemment, il n’est pas question ici de remettre de l’eau bénite à l’entrée des églises, mais de revenir à ce rite et de le faire chez soi, à la maison, le matin en se levant, en partant pour un voyage, le soir avant d’aller se coucher, en bénissant nos enfants ou en apportant une petite bouteille à une personne malade. N’hésitons pas à demander au sacristain, à la sacristine ou même au prêtre s’il est possible d’avoir de l’eau bénite. Dans certaines églises la réserve est à disposition, vous pouvez aisément venir durant la semaine, avec votre propre bouteille et vous servir.

La parole de Dieu nous dit bien : « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau de l’eau et de l’esprit ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3, 3).

1 GAMERDINGER, Aliénor, « L’eau bénite purifie l’âme du péché et repousse le démon », Aleteia, mars 2016.

Litanies de saint Joseph

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), avril 2021

PAR LÉONARD BERTELLETTO

PHOTO : RAPHAEL DELALOYE

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils, Rédempteur du monde qui êtes Dieu,

ayez pitié de nous.

Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

 

Saint Joseph, priez pour nous.

Illustre descendant de David, priez pour nous.

Lumière des patriarches, priez pour nous.

Epoux de la Mère de Dieu, priez pour nous.

Gardien de la Sainte Famille, priez pour nous.

Père nourricier du Fils de Dieu, priez pour nous.

 

Joseph très juste, priez pour nous.

Joseph très chaste, priez pour nous.

Joseph très prudent, priez pour nous.

Joseph très fidèle, priez pour nous.

 

Miroir de patience, priez pour nous.

Modèle des travailleurs, priez pour nous.

Soutien des familles, priez pour nous.

Consolation des malheureux, priez pour nous.

Espérance des malades, priez pour nous.

Terreur des démons, priez pour nous.

Protecteur de la Sainte Eglise, priez pour nous.

 

Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde,

ayez pitié de nous.

Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde,

ayez pitié de nous.

Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde,

donnez-nous la paix.

 

Dieu, qui dans votre providence avez choisi saint Joseph pour être l’époux de la Mère de votre Fils, faites que l’honorant ici-bas comme protecteur, nous méritions de l’avoir comme intercesseur dans le ciel. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

Réjouissons-nous !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur de l’Entremont (VS), avril 2021

PHOTO : DR

Le Christ est ressuscité des morts,

par la mort Il a vaincu la mort,

à ceux qui sont dans les tombeaux

Il a donné la vie !

Réjouissons-nous en ce jour de la Résurrection

car le Christ, hier accablé de moqueries,

couronné d’épines, pendu au bois,

aujourd’hui se relève du tombeau.

Réjouissons-nous car le Christ baigne

de sa clarté ceux que les ténèbres

de l’enfer retiennent captifs.

Réjouissons-nous en ce printemps de la vie,

car une espérance jaillit parmi les victimes

des guerres, des tremblements de terre,

parmi les affligés du corps et de l’âme.

Réjouissons-nous,

car par la croix toute tristesse est abolie,

et la joie inonde le monde.

Réjouissons-nous,

car le Seigneur est descendu au plus profond

de la terre, est descendu au plus profond

du cœur des hommes, où se tapit l’angoisse ;

Il les a visités, Il les a illuminés, et tourments, angoisse, enfer sont anéantis, engloutis

dans l’abîme d’amour ouvert au flanc percé

du Seigneur.

Réjouissons-nous, car Il est ressuscité le Christ,

la joie éternelle.

Père Michel Evdokimov, prêtre orthodoxe

 

Christ est ressuscité !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), avril 2021

PAR ISABELLE VOGT | PHOTO : MARIE-ANGÈLE CARRON

Il y eut la Passion, la Croix, et le tombeau.

Ils crurent que tout était perdu, ils ne comprenaient plus rien.

Ils avaient tant espéré en ce Jésus de Nazareth,

Le prophète successeur d’Elie et de Jean le Baptiste.

Et puis plus rien, le néant, la nuit, la peur.

Jusqu’à ce qu’une femme vienne leur dire :

« Il est ressuscité, le Vivant, je l’ai vu ! »

Ils ne crurent pas Marie de Magdala

et coururent à leur tour au tombeau – vide.

De cette absence, Dieu a fait une présence.

Il n’est plus là, l’homme Jésus, mais Christ, le Fils de Dieu,

est présent, hier comme aujourd’hui, tout au fond de nos cœurs.

Chacun.e de nous est le corps du Christ,

Et toutes et tous ensemble, nous sommes son Eglise.

C’est ça, le message de Pâques :

Christ est ressuscité, il vit pour toujours, dans nos cœurs,

alléluia !

OpenSky,le pari fou est lancé

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), avril 2021

Chaque deux ans, le festival OpenSky rassemble, en temps normal, plus de mille trois cents jeunes de toute la Suisse romande sur un week-end à Fully pour prier, danser, chanter et louer Dieu.

Cette année, le festival aura bien lieu. Mais différemment.

PAR YVES CRETTAZ

Infos et inscriptions

sur www.opensky-fully.ch

 

Dans l’édition du mois de mars, on vous rapportait un interview de Pauline et Aurélie, deux sœurs croyantes, pratiquantes mais aussi récentes finalistes de la mythique émission Pékin Express sur M6. Elles devaient être les grandes invitées du festival OpenSky les 19 et 20 mars à Fully pour témoigner de leur parcours sur la chaîne française et de leur foi devant plus d’un millier de jeunes. Malheureusement, coronavirus oblige, elles n’ont pas pu se rendre dans le Bas-Valais.

Aujourd’hui, à la lecture de cet article, on peut donc en déduire que le festival OpenSky a été tout simplement annulé. Eh bien, non, détrompez-vous : le festival s’est réinventé et se passe actuellement, en mode corona-compatible bien évidemment. Les organisateurs ont décidé de maintenir cette quatrième édition dans un but d’évangélisation.

Se déroulant du 19 mars (jour de la Saint-­Joseph) au 23 mai (jour de la Pentecôte), la manifestation s’organise en présentiel à travers tout le Valais francophone.

Plus d’une vingtaine d’activités sur inscriptions et gratuites sont proposées, principalement réparties sur les week-ends. Les jeunes Valaisans (entre 16 et 30 ans) peuvent donc vivre différents temps d’adoration, de veillées, de célébrations, de témoignages, d’ateliers, mais également de formations.

En ce qui concerne la programmation, toutes les dates ne sont pas encore sorties mais on peut déjà vous confirmer la présence des deux sœurs lilloises Pauline et Aurélie. De plus, le groupe de pop louange français Be Witness sera également de la partie pour animer différents ateliers et célébrations, tout comme l’évêque suisse des jeunes, Alain de Raemy, qui revient pour célébrer une grande messe des jeunes. Plusieurs autres invités, principalement de la région, seront présents pour animer cette quatrième édition répartie sur plus de soixante-cinq jours.

Comme aiment bien dire les organisateurs, cette manifestation est « une porte d’entrée à la foi » pour permettre de montrer à chacun-e que la foi catholique sait aussi être jeune et dynamique. Cette année encore, malgré la pandémie et l’organisation différente, le comité a réussi le pari fou de faire vivre la foi aux jeunes dans un esprit jeune et solidaire… et en présentiel !

 

La résurrection, un cri silencieux ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021

PAR ÉTIENNE JEANNERET, PASTEUR (GE) | PHOTOS : TC PERCH, PIXABAY

Devant le mystère de la résurrection, les femmes s’enfuient et deviennent à leur tour tombeau… Le silence est écrasant. Il semble seul répondre au bouleversement vécu… Un silence qui appelle aux souvenirs de celui en qui j’avais mis tous mes espoirs, avant cette crucifixion inconcevable. Un silence qui appelle à une disponibilité intérieure devant ce qui me dépasse. Un silence qui appelle à un questionnement, qui me ramène sur le chemin de la Galilée, là où tout a commencé…

C’est dans ce silence que peut naître une pensée, une petite pensée tout d’abord, ingénue, qui essaie de se faufiler entre les pensées qui se bousculent. Et puis cette pensée grandit, elle vient déranger les pierres inamovibles de mes certitudes. Et lorsque la pensée est mûre, elle transforme mon mutisme en louange et en prière : « Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

Pour ma part, je m’interroge à chaque fois devant cette pierre roulée qui provoque le silence des femmes. J’essaie de me mettre à l’écoute du silence qui m’habite. Un silence habité… Et aujourd’hui, une phrase vient bousculer mon silence et me déranger : Jésus, s’adressant à ses contradicteurs lors de son entrée à Jérusalem aux Rameaux, leur dit que « si les disciples se taisent, ce sont les pierres qui crieront ». (Lc 19, 40)

Alors je me demande : vais-je laisser les pierres crier à ma place la joie de la résurrection ?

 

Tobit: enterrer les morts

PAR FRANÇOIS-XAVIER AMHERDT | PHOTO : DR

Déporté à Ninive en Assyrie, le Galiléen Tobit, père de Tobie le héros du livre qui porte son nom, se fait un point d’honneur de « récupérer » les corps de ses compatriotes exilés et tués pour les enterrer, selon les rites de leurs pères. En effet, le roi assyrien Sennakérib, de retour de Judée où il n’avait pas remporté le succès militaire escompté, entreprit de se venger en exécutant un grand nombre d’Israélites qu’il faisait ensuite jeter par-dessus les remparts de Ninive. Avant que le souverain ne pût retrouver les corps, Tobit s’empressait de les dérober pour les ensevelir.

Cette pratique de « fossoyeur clandestin », dénoncée au monarque par un Ninivite, lui valut ensuite d’être dépossédé de ses biens et le contraignit à la fuite. Mais il put revenir dans la cité assyrienne après le décès du tyran, grâce à l’intercession de son neveu Ahikar, maintenu comme échanson, garde du sceau, administrateur et maître des comptes par Asarhaddone, le fils de Sennakérib (Tobie 1, 15-22).

La fidélité de Tobit à l’Alliance se traduisait donc par l’accomplissement de démarches concrètes mettant en pratique les commandements. A côté de la sépulture procurée aux morts, il exerçait
en effet également l’aumône, remontait à Jérusalem en pèlerinage et s’acquittait de la dîme (Tobie 1, 3-9). Eloigné de sa terre et de son peuple, Tobit se maintenait donc dans « le chemin de la vérité » (1, 3) par la mise en œuvre des prescriptions prévues par la Loi, celles-ci pouvant être accomplies dans n’importe quel contexte, même en exil.

C’est tout l’enjeu de la réalisation et de l’évolution des rites. Rester attaché à ceux issus de la Tradition permet de conserver un sentiment d’appartenance et de communion : cela donne une identité, structure la foi, facilite l’expression extérieure des convictions et sentiments intérieurs. Mais en même temps, il convient de savoir les adapter aux cadres nouveaux auxquels nous sommes confrontés à chaque époque, afin que les formes renouvelées mises en place correspondent à l’esprit fondamental des rituels. Et ainsi procurer une sépulture digne a constitué dans la Tradition chrétienne issue de l’Ecriture l’une des « sept œuvres de miséricorde corporelle », quelle que soit la forme qu’elle ait prise
au long des siècles.

 

Chemins de Pâques…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021

Gwendoline Noël-Reguin en formation diaconale dans l’Eglise réformée évangélique du
Valais (EREV) et Philippe Rothenbühler, pasteur de l’Eglise évangélique de Réveil Source de Vie de Martigny (EER-SDV) partagent leur regard, l’une sur une expérience de Carême et l’autre sur le mystère de Pâques.

PHOTOS : PASCAL TORNAY, DR

Vous avez dit impossible ? – Le Marathon ? Moi qui peinais à courir
10 minutes lors des séances d’endurance imposées à l’école, la double idée qu’on puisse courir pour son plaisir et celle que l’on puisse couvrir une distance pareille me paraissait simplement impossible, ou alors réservée à une petite élite sportive. Cette endurance tenait du miracle… J’ai rencontré pourtant, depuis, des personnes qui courent régulièrement de telles distances. Certaines s’entraînent même à l’ultra-trail… Ces personnes, pourtant, vivent comme vous et moi : elles travaillent, elles vont au cinéma et à l’église, elles apprécient une sieste au soleil dans la douceur du printemps, elles critiquent leurs voisins, elles ont peur du noir, peut-être ?…

Il en est de même pour beaucoup de choses : lire la Bible d’un bout à l’autre, savoir le Coran par cœur, faire une retraite en silence, écouter le sermon du dimanche ou jeûner une semaine… Toutes ces choses ne sont ni impossibles, ni réservées à une élite religieuse.

Ainsi, chaque année, des dizaines de groupes de jeûne se mettent en route durant le temps de Carême, pour préparer leur cœur à la bonne nouvelle de la résurrection. Quand on arrive pour la première fois à une séance d’information, on se demande si vraiment c’est possible pour le commun des mortels. On se trouve face à quelqu’un qui n’a rien d’un illuminé et qui, avec une calme assurance, affirme que c’est possible de ne pas manger pendant une semaine et que les personnes présentes seront certainement capables de se lancer dans l’aventure…

C’est une conviction du cœur qui pousse à jeûner une semaine et qui en donne les capacités. La conviction que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. Et que cette parole de vie nourrit.

Gwendoline Noël-Reguin, diacre EREV en formation

 

Le Christ Jésus notre espérance ! – Pour nous chrétiens, la foi en Dieu « Père, Fils et Saint-Esprit » nourrie par une lecture assidue de Sa Parole : « la Bible » est LA ressource pour surmonter les moments difficiles et avoir, les uns avec les autres, une coexistence réussie. En Jésus-Christ, nous trouvons la foi, l’espoir et l’amour.

« Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi », dit Jésus. Sans passer par lui, personne ne peut rencontrer Dieu. C’est pourquoi il est important de passer par une conversion personnelle et délibérée à Jésus-Christ. Par là, l’individu reconnaît Jésus Christ comme son « Sauveur » mort pour ses péchés et ressuscité pour son salut. Jésus fait de fréquentes références à l’avenir, la vie, la mort, sa mort… Avec toujours cette espérance d’une résurrection en ligne de mire. Il promet aussi de revenir à la fin des temps.

Au moment de rendre l’âme, Jésus trouve la force de dire à propos de ceux qui l’ont cloué : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » – « Cet homme était vraiment le fils de Dieu », déclare alors un officier romain chargé de son exécution. Sur la croix, Jésus, parfait, prend les péchés des êtres humains. Par sa mort, il donne la vie à ceux qui croient en lui.

Le troisième jour après sa mise au tombeau, la pierre est roulée et le corps a disparu. Le Jésus crucifié réapparaît vivant à ses disciples et à plusieurs témoins. Avant de disparaître dans une sorte de nuée 40 jours après Pâques, il promet aux croyants d’être avec eux toute leur vie, et ce, jusqu’à la fin du monde.

Chers lecteurs, Pâques 2021, est peut-être l’occasion pour vous de vous (re)consacrer à Jésus-Christ et de lui (re)donner la place centrale dans votre vie. En Christ notre Vie !

Philippe Rothenbühler, pasteur EER-SDV

 

Rites à la carte

On pourrait presque polémiquer : vu le nombre important de baptêmes, mariages, confirmations célébrés pour des non-« pratiquants réguliers », ne brade-t-on pas un peu vite ces sacrements ? Essai de réponse.

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : CIRIC, DR

« Dans notre famille, explique Emma, on est tous baptisés, alors c’est important que je le sois aussi. » Les motifs qui acheminent ces jeunes adultes au secrétariat d’une cure sont divers. Et il convient d’y répondre, car l’Eglise est un service, quitte à surprendre : « Quoi, six mois de préparation ? Mais on veut juste se marier, nous ! », s’exclame Mario lorsqu’on lui explique le programme…

Sens d’un sacrement

Aux questions : « Croyez-vous en Dieu ? L’évangile vous inspire-t-il ? Priez-vous ? », les réponses sont souvent vagues : « Je crois mais je ne pratique pas… Je suis croyant, mais l’Eglise, vous savez… ». Du coup, la notion que par un sacrement « le chrétien participe au sacerdoce du Christ et fait partie de l’Eglise » 1 est un peu chahutée car souvent, baptiser, communier ou confirmer est vécu comme un « happening » sans lendemain, voire un trophée de fin de course…

Rigueur par cohérence

Comment réagir ? « La grande majorité des mariages sont nuls », avait déclaré le pape François lui-même (2016), précisant que les fiancés « ont la bonne volonté mais pas la conscience » de ce qu’ils demandent. Alors pourquoi n’osons-nous pas dire non, non par « eugénisme religieux » mais par cohérence tout simplement ? « Ah oui, la Bible, ce gros livre… Non, je ne l’ai pas lue, pourquoi, c’est intéressant ? », m’avait dit un fiancé en toute candeur…

Qui prépare aux sacrements est souvent confronté à un paradoxe : le leitmotiv de ces dernières décennies (« les églises se vident… »), vérifié certes en partie si l’on s’en tient au lieu traditionnel de célébration qui est l’église paroissiale, est contredit par les nouveaux « lieux de pratique », parfois surpeuplés, que sont les chemins de pèlerinages, les monastères, les JMJ, les communautés nouvelles, les mille et une formes de solidarités humaines – pour ne parler que du catholicisme contemporain.

Accueil, d’abord !

« La seule vraie raison, c’est Dieu qui
les attire », répond Fabienne Gapany,
formatrice en catéchèse et coordinatrice du catéchuménat sur Vaud, « tout simplement Dieu toujours déjà là, comme disait Zundel ».

La demande d’un sacrement a toujours une issue concrète : mariage prochain, devenir marraine/parrain, curiosité, recherche de sens… ; elle est une première réponse à cet appel de Dieu, « bien avant que les « demandeurs » ne prennent conscience de leur désir », précise Fabienne Gapany. « J’essaie d’être bien à l’écoute pour comprendre ce qui motive les demandes, explique Elvio Cingolani, curé modérateur de l’UP Plateau, Genève. « Il y en a une multitude: grands-parents, traditions, visions magiques… Mais Jésus n’a-t il pas commencé avec les personnes là où elles en étaient dans leur vie ? » demande-t-il.

L’importance d’un accueil sans préjugé – « positif et bienveillant », aime à dire Elvio Cingolani – permet d’entamer un dialogue, une rencontre, un échange. Les gens sont dès lors mis en route : « Ils découvrent peu à peu que leur demande est arrivée à un moment où ils sont prêts à se laisser conduire par Dieu », témoigne Fabienne Gapany. Une naissance, une déclaration d’amour, un décès sont des temps forts de la vie qui immanquablement chamboulent les personnes, corps et esprit ! Les accompagner vers un sacrement leur permet d’apprendre « à relire leur vie avec Dieu, découvrant comment il les accompagne depuis toujours ».

Accompagner

Comment comprendre la notion d’agrégation au Corps ecclésial que le sacrement implique : vaine, si aucune suite n’est donnée ? « Non, rétorque Fabienne Gapany, ce serait considérer le sacrement sous un jour « utilitaire ». Le sacrement, c’est un don purement gratuit. Dieu se débrouille avec les personnes qu’il choisit pour vivre les sacrements ; s’il veut les envoyer à la messe, il les envoie à la messe. »

Se préparer à un sacrement peut être vécu selon le schéma d’une « conversion paulinienne » 2 : un « temps fort » (demande en mariage, naissance, etc.) qui nécessite un accompagnement pour être vu à la lumière de Dieu… « Grâce à l’abbé Marc 3, puis à vous, j’ai apaisé ma peur de ne pas savoir beaucoup de choses lors de ma demande de baptême… Mais j’ai une telle foi, vous savez, et j’adore organiser les Repas solidaires ! », confiait Marie-Ange, 37 ans, baptisée le 30 janvier dernier dans la paroisse Saint-Joseph à Genève. « Mon cœur est ardent, mais vous m’avez nourri l’esprit ! » Accompagner signifie bien « aller manger le pain ensemble » 4 en prenant la cadence de l’autre. « Si les baptisés (confirmés, « eucharistiés ») viennent à la messe et fréquentent leur paroisse (ou un groupe de jeunes, ou une aumônerie, ou je ne sais quoi), tant mieux, renchérit Fabienne Gapany. Mais j’ose espérer que la vie chrétienne et ce que les sacrements nourrissent « débordent » largement la messe ».

Besoin de rites

« En général je pense que nous ne devrions pas commencer par imposer nos conceptions toutes faites, mais partir de la pauvre réalité pour tendre vers plus haut, conseille Elvio Cingolani. Et à partir de là, j’ »évangélise ». Et tant pis si je dois adapter les rites officiels. » Ajuster pour se faire comprendre : « Oui, notre langage peut paraître étrange, partage l’abbé Philippe Matthey, curé modérateur des Rives de l’Arve et engagé dans la pastorale du mariage à Genève depuis 20 ans, mais ils sont curieux, « preneurs » même, alors qu’il fut un temps où l’étrange était à bannir. » Et Philippe Matthey de conclure : « Leur demande d’un mariage à l’église ou de la confirmation réveille souvent quelque chose dans leur conscience : leur bonheur est d’une façon ou d’une autre lié à Dieu. »

Une vérité de foi universelle : « Pour les personnes souffrant de toute sorte de précarités, explique Inès Calstas, responsable de la Pastorale des milieux ouverts sur Genève, les sacrements, ces gestes visibles et concrets, sont très importants : malgré l’exclusion sociale qu’elles vivent au quotidien, par notamment la célébration de leurs sacrements, elles appartiennent à la communauté humaine… » Et de conclure : « La foi qu’ils vivent en cachette peut être partagée, ils sont reconnus fils et filles de Dieu. »

Cheminer

Dès lors, à la suite d’une demande « simple » d’un baptême ou d’un mariage, selon l’accueil et la préparation, il s’ensuit parfois des questionnements, de nouvelles rencontres, voire une envie d’approfondir sa foi : « Les sacrements nous ouvrent les yeux sur l’invisible et nous révèlent la vérité des choses », conclut Fabienne Gapany. Comme pour les disciples d’Emmaüs en somme…

1 Catéchisme de l’Eglise catholique, article 1121.

2 Ananie accueille Paul, aveuglé sur le chemin de Damas, chez lui ; il reverra au bout de trois jours… cf. Ac 9.

3 Il s’agit de l’abbé Marc Passera, décédé en mars 2020, accompagnateur du catéchuménat
à Genève pendant de nombreuses années.

4 Etymologie de « ad cum panis », accompagner.

 

Une Maison pour la Diaconie et la Solidarité

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021

Ouverte à Sion il y a déjà plus d’un an, la Maison de la Diaconie et de la Solidarité 1 est portée conjointement par le Diocèse et l’Eglise réformée. Grâce au soutien de la Fondation Casa Juan Diego 2 , ce lieu qui grouille de vie est entièrement voué au service des plus vulnérables d’entre nous.

PAR JOËLLE CARRON, DÉLÉGUÉE ÉPISCOPALE À LA DIACONIE | PHOTOS : BERNARD HALLET, CATH.CH

En mars 2020, l’Accueil Hôtel-Dieu, une des associations
partenaires de la Maison, y a deménagé ses locaux. Son café social nommé « Verso l’Alto » y offre chaque jour près de 50 repas
de midi, à l’emporter ou livrés. Depuis, diverses activités ont pu
se déployer, malgré les restrictions. Faisons-y un petit tour…

1. Des services offerts aux plus fragiles

Un accueil quotidien – Du lundi au vendredi, l’accueil est assuré par des bénévoles qui servent les repas, mais proposent aussi écoute ou accompagnement. Ils peuvent aussi orienter les hôtes vers d’autres services, ateliers ou groupes.

Un soin juste – Une permanence juridique nommée « Soif de justice » offre aux associations solidaires un accompagnement, au service de leurs bénéficiaires. En collaboration avec d’autres acteurs, on y offre un accès aux soins de base (évaluation médicale, orientation et soutien administratif). Un véhicule destiné à assurer des consultations de proximité a été mis en service.

Soif de justice – Une permanence juridique nommée « Soif de justice », un accès à des compétences juridiques au service de l’accompagnement des personnes et des associations solidaires est offert.

Une passerelle professionnelle – La Maison offre aussi une passerelle professionnelle pour les personnes ayant souffert de l’impact financier du Covid-19. Une crêperie a ainsi été ouverte et sert ses spécialités le soir du lundi au jeudi. Ce projet d’une année, mis à mal par les contraintes sanitaires, mais soutenu par la Chaîne du Bonheur dans le cadre de la pandémie, pourrait être pérennisé.

2. Un pôle de compétences, cantonal et œcuménique

La Maison a pour vocation de fédérer les compétences, de développer les collaborations entre les différents acteurs ecclésiaux, tant catholiques que réformés et de maximiser les synergies. Elle rassemble, crée un réseau, permet de porter ensemble l’appui aux migrants, la pastorale des prisons, l’accueil et le soutien des
personnes en précarité ou en fragilité psychique.

3. Un lieu de sensibilisation et de formation

La Maison permet à de nombreux bénévoles ainsi qu’aux intervenants professionnels des deux Eglises de se confronter à la réalité de la précarité et de se former à l’engagement solidaire. Elle a également pour mission de sensibiliser le grand public au vécu des plus fragiles en Valais, de tisser du lien en dépassant les milieux sociaux et les générations.

 

Le Verso l’Alto en 2020:

➤ 1700 Christmas Box

➤ 10’000 repas de midi

➤ 1’700 petits déjeûners

➤ 70 bénévoles

OÙ ?
Rue de Lausanne 69 à Sion
(en face de l’église Saint-Guérin)

CONTACT ?
Joëlle Carron : 027 323 89 15
maisondiaconie@gmail.com

CONTRIBUER ?
Votre soutien est le bienvenu:
IBAN CH33 8080 8003 7706 3162 2

1 Diaconie : en grec « service » c’est-à-dire égard ou attention aux plus vulnérables… Cela revient ultimement à dire « aimer » !

2 … qui poursuit l’œuvre du Père Gabriel Carron auprès des détenus
et des enfants en Argentine.

 

La joie de marcher avec les réfugiés

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021

Formée en travail social, Clotilde Perraudin partage son activité professionnelle entre
plusieurs institutions : responsable de la halte-jeux pour la Fondation Trait d’Union, elle
est aussi engagée en pastorale de rue dans la Riviera vaudoise et, depuis quelques années,
à la paroisse de Martigny. Chargée des « mercredis » du Foyer Abraham, Clotilde s’engage pour créer du lien et favoriser la rencontre avec les réfugiés…

PAR CLOTILDE PERRAUDIN | PHOTOS : DR

« Avec la pandémie, il a fallu s’adapter et cesser les rencontres du mercredi. En attendant la réouverture prochaine, je vais chaque semaine à la rencontre des personnes réfugiées, chez elles, pour maintenir les liens. Le Foyer Abraham, c’est un lieu d’accueil fréquenté principalement par des femmes migrantes et des enfants. On y donne des cours de français et de l’aide aux devoirs. Mais, pour moi, le Foyer Abraham, c’est bien plus que cela…

Tout d’abord, c’est un espace de rencontres : les femmes se retrouvent et partagent un après-midi. Les bénévoles découvrent de nouvelles cultures, les enfants jouent entre eux… Et moi, je suis face à la différence de chacun et je compose avec. Je tente de bricoler avec les charismes de tous. C’est une tâche à la fois exigeante et magnifique. J’ai de la chance d’apercevoir les pépites des rencontres du Foyer Abraham : la fierté d’un bénévole qui se voit capable d’enseigner, des femmes ravies d’avoir eu de l’attention et d’avoir progressé en français, des enfants heureux de se retrouver autour d’un ballon, des femmes et des hommes qui échangent sur leur joie et leur peine.

Le Foyer Abraham, c’est aussi un lieu d’hospitalité. L’hospitalité ne se résume pas à la générosité des bénévoles offrant de leur temps, elle se vit aussi dans l’accueil de la vulnérabilité de tous. Je suis toujours chaleureusement accueillie malgré mes failles et mes manquements. Les enfants courent dans nos bras. Peu importe notre « efficacité » à donner ou à recevoir un cours de français, chacun a sa place et son importance au Foyer Abraham.

Finalement, ce que ce lieu me permet de vivre, c’est la vulnérabilité, la démaîtrise et l’abandon. De semaine en semaine, nous composons avec les imprévus, sans savoir combien exactement seront présents. Je me sens souvent bien petite face à la détresse et la dureté de la vie de certaines personnes exilées. Il est vrai que ce n’est pas toujours facile d’offrir une belle présence dans ce fourmillement de vie… Mais, après un après-midi intense et sonore, j’ai à chaque fois le cœur rempli de joie. »

 

Le Groupe Abraham, qu’est-ce que c’est ?

C’est tout d’abord un lieu d’accueil : les « mercredis » du Foyer Abraham avec tout un réseau de bénévoles pour une population principalement migrante. Des mamans viennent pour les cours de français, les enfants pour l’aide aux devoirs, les petits pour les jeux, les adolescents pour le soutien scolaire. Il y aussi les vacances à la Maison Saint-Pierre qui, elles, sont partagées par des familles réfugiées et des personnes seules : des parenthèses de quatre jours à Bourg-Saint-Pierre, été comme hiver, qui rassemblent entre 40 et 60 personnes.

Le Groupe Abraham organise aussi des sorties à la journée. On part, Suisses comme réfugiés, à cinq ou à vingt. De la marche sur un bisse à l’invitation au golf de Verbier, peu importe : ce qui se tisse, c’est la fraternité, c’est le lien, l’être ensemble. Pareil pour les diverses activités issues des compétences des bénévoles, des désirs et richesses de chacun : art-thérapie, peinture, fabrication de savons… Cet échange fraternel se vit aussi le lundi en fin de journée au Café du Parvis, aménagé au sous-sol de la Maison de la Visitation. Enfin, il y a aussi les visites aux familles, les amitiés, le temps partagé, les aides et accompagnements divers.

 

La douleur transcendée

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), avril 2021

Nuria Wipfli-Parrot est une jeune femme d’origine espagnole. Je l’ai remarquée en raison d’un rayon de lumière qui a traversé son visage au moment où je l’ai aperçue… Si un jour vous vous retrouvez sur la place Centrale à Martigny et que vous remarquez la présence d’une personne au large sourire, sur sa chaise roulante avec des lunettes rondes, accompagnée d’un grand chien blanc : c’est Nuria !

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Nuria est née en Suisse. Ses parents, eux, ont vécu l’émigration des années 60 et 70 fuyant les conditions de vie très rudes de l’époque de Franco. Nuria a traversé d’innombrables épreuves qui l’ont conduite à prendre la vie comme elle vient et à s’en accommoder.

 

Chutes à répétition – « Mes difficultés ont commencé toute petite : je tombais souvent ! Il n’y pas longtemps que j’ai pu mettre des mots sur mon problème… A l’âge de 8 ans, un premier constat : une de mes jambes est plus courte que l’autre. Une différence minime. Le traitement demandé n’aura aucun effet. Vers 9 ans, et malgré de nombreuses chutes, en raison de la fragilité de mes chevilles dont les ligaments se déchirent, je me passionne pour la danse classique. Je m’y suis adonnée durant 10 ans jusqu’à ce que je pose la décision de tout arrêter. Après une dizaine de blessures et ne pouvant jamais aboutir dans mes projets de spectacle, je me suis arrêtée.

Pétage de plombs – Vers l’âge de 20 ans, je me suis orientée vers une formation d’éducatrice de la petite enfance. C’était sans compter une profonde fatigue mentale et physique qui a fait que vers 22 ans, j’ai « pété carrément les plombs ». J’ai alors été hospitalisée à Malévoz. Nouveau diagnostic, psychologique celui-là : des troubles bipolaires ! Durant près de 19 mois, j’ai dû prendre mon courage à deux mains pour aller de l’avant : me reconstruire, retrouver mon chemin. Cette unité d’accueil de jour m’a été salutaire. Aujourd’hui, la réhabilitation en psychiatrie est trop rare. Dommage !

Une vie minimaliste – C’est alors que j’ai décidé de vivre à la montagne. Malheureusement, je suis tombée très malade (troubles alimentaires). Depuis Mex où j’étais, l’accès aux soins était difficile et j’ai dû me résoudre à redescendre. J’avais un très grand chalet et j’avais accumulé une grande quantité d’objets. J’ai pris la résolution de me débarrasser de tous les objets dont je n’avais pas strictement besoin et, je peux vous le dire, ça a été une véritable libération ! J’étouffais sous le poids de l’avoir et j’avais besoin de retrouver l’être. J’ai découvert ce qu’est de vivre le « minimalisme ». J’applique la méthode appelée « bisou »1 qui permet de discerner la réalité de mon besoin. Vous savez la pub est bien faite : on nous fait croire qu’on ne pourra pas vivre sans tel ou tel objet. Moi j’ai voulu sortir de cette spirale.

Atteinte d’un syndrome rare – Après mon mariage, je me suis donnée pour l’entreprise de mon mari, mais je me rendais compte que j’en faisais trop et ç’a été le déclic : tout mon corps lâchait ! J’avais mal partout, même aux doigts. Alors j’ai dit STOP ! C’est à ce moment que tombe (encore) un nouveau diagnostic. On me plante là sans explication : « Vous êtes atteinte du syndrome d’Ehlers-Danlos 2. » Quoi !? J’ai été cherché sur le web (ce qu’il ne faut jamais faire…). J’ai compris qu’il s’agissait d’une maladie rare qui cumulait les symptômes de plusieurs maladies. Elle est évolutive, mais pas dégénérative. Les symptômes s’entremêlent et touchent 80 % de mon corps. J’ai pu reconnaître ces maux très tard, c’est pourquoi j’ai eu beaucoup de casse ! Si on peut, dès l’adolescence, accompagner les jeunes et protéger les articulations, on évite pas mal de problèmes. Aujourd’hui, ce sont les apports en oxygène qui me procurent le plus de bienfaits. De l’air ! Cela permet d’être moins fatiguée et donc de mieux gérer la douleur.

Bref, toutes ces épreuves m’ont forgée. Je sais que je suis très résiliente. Cette vie qui est la mienne, je l’ai bâtie avec rien ou plutôt avec de la débrouille, de la patience, de la détermination. J’ai eu les personnes qu’il me fallait en route. J’ai aussi toujours trouvé les solutions utiles pour poursuivre. A un moment, c’est le retour au réel qui a été la solution. Arrêter de tourner en rond dans sa tête et remettre les pieds sur terre en redevenant attentive aux sons, aux odeurs, à la vie foisonnante qui nous entoure. En forêt par exemple.

Pour beaucoup, la situation Covid est un facteur pénible. Pour moi, cette incertitude du lendemain, je l’ai toujours vécue et je l’ai intégrée. Je traverse ainsi la situation actuelle avec facilité ! En effet, j’ai l’habitude de rester chez moi et d’occuper le quotidien avec peu de choses. Si on peut être heureux, ça aide énormément ! Alors je m’occupe d’être heureuse avec trois fois rien ! C’est un apprentissage auquel il faut consentir. Alors la paix peut venir…

 

1 Cf. https://lesecolohumanistes.fr/la-methode-bisou/

2 Ensemble de maladies héréditaires qui affectent essentiellement la peau, les articulations et les vaisseaux sanguins. Les syndromes d’Ehlers-Danlos touchent les tissus conjonctifs, principalement la peau, les articulations et les parois des vaisseaux sanguins.

 

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