En librairie – février 2021

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Matthieu Talbot, de l’alcoolisme à la sainteté
Frédéric Kurzawa

La figure de Matthieu Talbot (1856-1925) incarne surtout le combat d’un ouvrier très modeste contre l’alcoolisme. Alcoolique très tôt lui-même, comme d’autres membres de sa famille, Matthieu Talbot va connaître une conversion radicale et renoncer à la boisson, au prix de profonds sacrifices et d’une forte volonté personnelle. Sa découverte de la foi catholique l’aide à surmonter son addiction et transforme son quotidien. Soucieux d’une exigeante vie chrétienne, attaché à la lecture en dépit de son faible niveau d’éducation, Matthieu Talbot rejoindra le tiers-ordre franciscain. Proclamé vénérable par le pape Paul VI et particulièrement populaire aux Etats-Unis, il offre un témoignage d’espoir à tous ceux qui souffrent du fléau de l’alcool, pour eux-mêmes ou dans leur entourage.

Editions Salvator

Acheter pour 24.40 CHFL’espérance est un chemin escarpé
Philippe et Charlotte Franc

La maladie psychique est une réalité qui fait peur. C’est pourquoi on préfère généralement la cacher, rajoutant à la souffrance qu’elle provoque, chez les malades et leur entourage, la douleur du rejet et de l’incompréhension. Charlotte et Philippe Franc souhaitent contribuer à briser ce tabou. Avec courage et humilité, ils témoignent de leur quotidien de parents confrontés à la schizophrénie de deux de leurs quatre enfants. Entre parcours médical chaotique, deuils successifs et luttes pour assurer à leurs enfants le meilleur avenir possible, ils partagent les épreuves qu’ils ont rencontrées. Mais ils témoignent aussi d’un amour familial qui a su les surmonter et rejoindre chacun dans son humanité. Un témoignage qui saura parler au cœur de tous.

Editions Mame 

Acheter pour 23.80 CHFPrends mes mains dans les tiennes
Attilio Stajano

Attilio Stajano est volontaire dans l’unité de soins palliatifs d’un hôpital bruxellois. A travers les personnes qu’il rencontre au sein de ce service, mais aussi à travers sa propre expérience de la fin de vie, il nous donne à voir des histoires et des sensibilités très différentes, qui ont pourtant toutes un trait commun : à la fin, quand les gestes et les mots se font rares, il ne reste que l’amour. 

Editions Mols

Acheter pour 31.90 CHF

Les éducateurs de l’espoir
Collectif

Au cours des siècles, des éducateurs se succèdent pour apprendre aux enfants à grandir en intelligence et en humanité. Cette bande dessinée des chercheurs de Dieu raconte la vie de trois d’entre eux : Jean-Baptiste de la Salle et Don Bosco, qui ont consacré leur vie à l’éducation et à la formation des enfants pauvres ; et Maria Montessori, qui s’est occupée des enfants handicapés, jusqu’alors maltraités et délaissés. Ils ont su, chacun à sa façon, s’adapter à ces enfants, pour leur apporter reconnaissance et juste estime de soi.

Bayard Jeunesse

Acheter pour 17.50 CHF

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Jeux, jeunes et humour – février 2021

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi les cendres ?
Le Mercredi des cendres marque le début du Carême. Le prêtre met alors des cendres sur notre front en disant : « Convertis-toi et crois à l’Evangile. » Dans la Bible, les Hébreux, lorsqu’ils s’étaient détournés de Dieu, s’asseyaient sur un tas de cendres et en mettaient sur leur tête pour signifier leur volonté de se rapprocher à nouveau de Lui. Les cendres sont symbole de renaissance, à l’image du phénix qui renaît du feu.
Durant ce jour, on brûle aussi les rameaux  du Jeudi saint de l’année précédente et on fait le signe de croix sur son front avec ces cendres devenues froides en symbole d’humilité.
Par Pascal Ortelli

Humour

Un zoo a découvert le moyen d’augmenter le nombre de ses visiteurs : en effet, dans une des cages du zoo, les gardiens ont réussi à faire cohabiter un loup et un mouton ! Devant la cage, un des visiteurs s’adresse à ses enfants à côté de lui :
– Regardez les enfants, n’est-ce pas formidable ? C’est vraiment quelque chose d’incroyable et de contraire aux lois de la nature. Un loup qui vit en permanence avec un mouton dans une même cage !
Et à côté d’eux, un gardien qui vient d’entendre la conversation ajoute :
– Oui, enfin, il faut quand même mettre un nouveau mouton tous les jours…
Par Calixte Dubosson

Le Cénacle

De la communauté religieuse à Tripadvisor

Par Myriam Bettens
Photos : DR
Au cœur de la Genève effervescente, les deux hectares de verdure du parc du Cénacle font presque oublier le tumulte du centre-ville tout proche. Ici, les voyageurs d’affaires, les touristes de passage dans la cité du bout du lac et certains services de l’Eglise catholique romaine à Genève (ECR) se côtoient quotidiennement. Un mélange de genre initié par le directeur du lieu dont le succès ne se dément pas.

La gestion du site est assurée par Alain de Sandol-Roy.

Un changement de cap
C’est en 1954 que les Sœurs du Cénacle ouvrent cette maison à l’accueil. Après plusieurs années d’intense activité, la communauté cherche à passer la main. L’ECR se porte acquéreur de la propriété et en confie la charge aux Pères du Saint-Sacrement, secondés par les Sœurs franciscaines missionnaires de Marie. En août 2002, les deux communautés désirent retourner à leur vocation missionnaire. La bâtisse nécessite de sérieuses rénovations et la possibilité de vendre se pose. Changement de cap, la gestion du Cénacle est ainsi confiée à Alain de Sandol-Roy et le défi est de taille. Le jeune directeur hôtelier doit trouver un moyen d’assurer l’autofinancement tout en pérennisant la vocation d’accueil. Le but est atteint en 2003 grâce à la diversification des sources de revenus.

Une clientèle diversifiée
« Nous avons aujourd’hui une clientèle religieuse, humanitaire, sociale et commerciale », détaille Alain de Sandol-Roy. L’établissement a ouvert ses portes à des organismes tels que l’UNICEF, Terre des Hommes, l’Hospice général ou encore Pro Senectute, autant dans le cadre de l’hôtellerie que de l’hébergement d’urgence. Le Cénacle n’en poursuit pas moins son objectif premier en favorisant la rencontre religieuse. Des groupes y viennent pour des retraites, des semaines de spiritualité, des sessions ou des journées religieuses. Le mouvement œcuménique des Cursillos y passe par exemple chaque année quelques jours. L’association « Fontaine de la Miséricorde », en hôte régulier, dispose de locaux à demeure dans le bâtiment et l’Aumônerie de prison ainsi que la Pastorale du monde du travail de l’ECR sont également installés au Cénacle. Le directeur déplore, par contre, l’absence de prêtre pour célébrer l’eucharistie : « Nous cherchons et espérons que nous pourrons bientôt avoir cette chance à nouveau. » Par ailleurs, la chapelle attenante à l’édifice principal est occupée chaque soir par des groupes de prière.

Gratitude

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), février 2021

PAR CHARLES-ANDRÉ MUDRY, LENS | PHOTO : DR

Voici plus de 40 ans qu’une portion de cette terre – « Mondralèche » – nous a été prêtée après avoir fait vivre oh combien de générations et permis de nourrir toute la population des villages pendant des siècles.

N’ayant pas eu de formation d’alpagiste et par manque de moyens, les premières années ont été très très dures. Mais, grâce à la persévérance et à la foi dans ce que nous faisions, ce travail s’est transformé au fil des années en passion et a changé nos vies. Travailler dans un cadre majestueux, en contact direct avec la nature sauvage et vivifiante nous fournissait chaque jour un plaisir à cueillir et non plus un effort à fournir. Face à cette vie remplie de beauté et de nature, je n’ai pu que remercier le Créateur et ma Foi totale en lui n’a cessé d’augmenter.

Partant de mon vécu, je rentrais en opposition avec un monde qui exploite démesurément les ressources de cette terre, la pollue, l’empoisonne, la détruit au nom du seul profit. Je ne pouvais concevoir que nous puissions transmettre cette planète aux futures générations dans un état si misérable.

Cette situation m’a rendu encore plus passionné de la Vie, de cette nature, de cette montagne qui nous donne à cueillir le bon pour le corps, le coeur et l’Âme, nous permettant tout simplement de se sentir bien en soi. Je remercie le Ciel d’avoir pu vivre cette vie simple, sobre, dure mais combien gratifiante.

Oui, je suis dans la certitude qu’il y a un Créateur qui mérite toute notre adhésion, et nos remerciements devraient se concrétiser dans la préservation de la terre non seulement en paroles maisn aussi en actes ! Ensemble, unissons-nous au Créateur et à sa création. Par les temps qui courent, nous avons besoin de partager, d’espérer et de croire en son Amour Inconditionnel et en l’humain.

L’alpagiste

Agriculture et station de montagne

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), février 2021

Les agricultrices et agriculteurs de Crans-Montana Région ont décidé de travailler ensemble pour mettre en oeuvre un Projet de développement rural agricole (PDR). Ils sont soutenus par les trois communes, Crans-Montana Tourisme et Congrès, le Canton et la Confédération. L’objectif du PDR, présidé jusqu’à la fin 2020 par Thibaud Beytrison, Conseiller communal de Crans-Montana, est d’augmenter les revenus des productrices et producteurs mais aussi de ceux qui transforment leurs produits et qui les vendent, aux habitants et aux touristes. En favorisant le commerce de proximité, il contribuera à la protection du climat et de la biodiversité.

PAR FRANÇOIS PARVEX, CRANS-MONTANA – INGÉNIEUR À SEREC ET PORTEUR DU PROJET PDR CRANS-MONTANA. (VOIR SEREC.CH) | PHOTOS : DR

Pour augmenter la valeur ajoutée des filières de la viticulture, de l’élevage, de l’agritourisme et des produits de niche, l’idée de projet du PDR est de relier les consommateurs et les agriculteurs en développant les circuits courts le long des sentiers pédestres et cyclistes du coteau, et de promouvoir ensemble leurs produits et leur offre agritouristique. 13 projets ont été formulés par les agriculteurs.

Le Chemin des pressoirs d’Ollon sera étendu à l’est et à l’ouest par un chapelet de points de production, de vente et d’animation situés le long du Chemin du vignoble valaisan, entre le Château de Villa et le Lac souterrain de Saint-Léonard. Il sera mis en valeur par une Maison des vins et terroirs à Corin, la Grange à Gaston Barras à Ollon transformée en lieu de culture, d’animation et de vente, une distillerie à Valençon et l’extension de l’offre du Château de Vaas par la rénovation de la grange attenante. Les exploitations des vignerons-encaveurs et des éleveurs seront en plus signalisées pour en faciliter l’accès.

Trois jeunes familles d’éleveurs pratiquant l’agriculture biologique participent au PDR ce qui est particulièrement réjouissant. Il s’agit à Icogne des Kamerzin avec La Fermette à Didi et des Nanchen avec La chèvre pédagogique de même que les Besson à Mollens avec Le Forgeron & La Bergère. Tous développent des offres de prestations diversifiées en plus de l’élevage de menu bétail : plantes aromatiques, séminaires, forge artisanale, hébergement proche de la nature. Une fromagerie est en projet chez les Cordonier à Lens et des promenades avec les yaks sont proposées à Chermignon par les Wyssenbach avec Yak’à ôser.

Pour lier le tout, un gros projet de marketing sera mis en oeuvre. Il mettra en valeur l’offre de produits locaux ainsi que l’écrin naturel exceptionnel dans lesquels ils sont produits grâce à des paysans dont on oublie trop souvent la contribution à la protection du paysage, du climat et de la biodiversité. Le meilleur moyen de protéger notre environnement est de consommer local et d’inciter nos nombreux hôtes à le faire.

Dernier clin d’œil d’Antoine Rime

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021;

En souvenir d’Antoine Rime, sacristain du Bourg, décédé en décembre dernier, Christiane Cipolla nous laisse quatre mots, quatre anecdotes, quatre étoiles dans notre ciel de la part d’Antoine. Hommage.

PAR CHRISTIANE CIPOLLA | PHOTO : LDD

Crocher ! Quand Antoine a voulu réaliser son rêve de devenir sacristain, la paroisse et le clergé étaient plutôt sceptiques. Avec lui, j’ai fait la liste des 100 petites choses qu’il faut faire pour remplir ce rôle discret et précieux. Nous avons ensemble sélectionné trois premières actions : sonner les cloches, installer les micros, allumer les lumières. Il a commencé par cela puis s’est mis à intégrer les 97 autres choses pour devenir le sacristain qu’on a connu : minutieux, fidèle et surtout, à chaque fois, nouvellement heureux de servir l’eucharistie !

Inventer ! Antoine souffrait de son excès de poids et de ses jambes. Il lui fallait impérativement marcher. Il a sélectionné deux itinéraires et leur a donné un sens !

• Ouvrir et fermer l’église du Bourg, chaque matin et chaque soir : commencer et finir la journée avec Jésus. Il en a fait un privilège et non une corvée.

• Descendre à la gare de Martigny tous les jours à 4h du matin. Il allait chercher les journaux « 20minutes » pour les porter à une quinzaine de commerces en remontant jusqu’à Martigny-Bourg. Il a su allier service et convivialité pour son bonheur et le bonheur de tout un réseau.

Toucher ! Une amie d’Antoine me disait il y a peu : « Antoine n’était pas facile. On n’aurait pas voulu vivre avec lui. Il pouvait piquer des colères terribles mais il avait un cœur magnifique, bon et généreux. Il nous émouvait souvent et parvenait ainsi à toucher notre cœur.»

Etre et rester amoureux ! Antoine est resté d’abord amoureux de la femme. Pour elle, il a traversé le globe ; s’est mis plus d’une fois en danger mais il a aussi grandi à travers elle. En revenant de Medjugorje, il avait mis la télévision à la cave et, à la place, une statue de la Vierge (rires) !

Avec Antoine, rien de banal mais une vie intense et courageuse.

 

 

Credo pour la terre

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

PAR SOLLE DOROTHEE | PHOTO : DR

Je crois en la bonne création divine la terre.

Elle est sacrée, hier aujourd’hui et demain.

N’y touche pas, elle n’appartient ni à toi,

ni à aucune entreprise.

Nous ne la possédons pas tel un bien matériel

que l’on achète, utilise et jette à la poubelle.

Elle appartient à un autre.

Que saurions-nous de Dieu
sans elle notre mère ?

Comment pourrait-on parler de Dieu sans les fleurs chantant les louanges de Dieu, sans le vent et sans l’eau qui parlent de lui par leur bruissement ?

Comment pourrait-on aimer Dieu sans apprendre de notre mère à garder
et à préserver ?

Je crois en la bonne création divine la terre.

Elle est là pour tous et pas que pour les riches.

Elle est sacrée.

Chaque feuille, la mer et la terre,
la lumière et l’obscurité, la naissance et la mort,
tous chantent le chant de la terre.

Ne nous laisse pas vivre un seul jour
en l’ayant oublié.

Nous voulons conserver son rythme
et faire rayonner son bonheur,
la protéger de la cupidité,
de l’autoritarisme parce qu’elle est sacrée.

Nous pouvons éliminer ces défauts
parce qu’elle est sacrée.

Nous apprenons à guérir.

Je crois en la bonne création divine la terre.

Elle est sacrée hier aujourd’hui et demain.

 

Extrait de « Loben ohne Lügen. Gedichte » (Louer sans mentir : poèmes.) Kleinmachnow, 2000, Wolfgang Fietkau Verlag.

 

 

Changement climatique

La terre – l’homme – le chrétien ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

PAR LE CHANOINE KLAUS SARBACH | PHOTO : PIXABAY

Le changement climatique est devenu une expression à la mode, car il touche tous les pays du monde. Nous avons raison de nous engager pour guérir la nature qui nous permet de vivre. Nous n’avons pas de « parti des verts » à fonder. Mettons-nous plutôt tous ensemble – chacun commençant chez soi – à considérer toutes sortes de « pollutions » qui blessent non seulement ce qui est « vert », mais les personnes humaines. Je vous propose simplement quelques phrases que vous pouvez vous appliquer à vous-même, à votre famille ou votre communauté :

Réchauffement climatique: Pollution de la terre, de l’eau, de l’air
Des glaciers meurent, des déserts s’élargissent, et les catastrophes naturelles…

  • Refroidissement des cœurs: Pollution des cœurs
    Que veut dire amour – fidélité – fécondité – solidarité ?
  • Perte de la foi–mort de l’âme: Pollution des esprits
    … par les médias, les idéologies ; indifférence : les églises se vident. Vaccins et remèdes «Lisez la notice d’emballage» qui indique la Bible. Que dit le Seigneur Dieu et qu’attend-il de chacun ? Voici quelques remèdes calmants et fortifiants de grande efficacité :
    • La maison bâtie sur le roc qui résiste à toute pollution, pandémie et catastrophe. (Mt 7, 21-27)
    • Le Seigneur est le roc éternel qui indique le sentier droit vers la ville, qui applique le « vaccin » de la paix sur tous ceux qui s’appuient sur lui. (Isaïe 26)
    • Dieu nous donne le salut (santé de l’âme et du cœur). Il nous fait vivre. Il est amour et vérité, nous procure justice et paix et devient ainsi la joie de son peuple. (Psaume 84) « Consultez le médecin » : Pape, évêques, prêtres et les chrétiens « vivants ». Ils sauront proposer à chacun des « traitements appropriés » et indiquer les changements à entreprendre dans leur esprit, leur cœur et leur âme. Gertrude von Le Fort nous indique la « potion magique » : « Ce n’est pas dans les branches, mais dans les racines que l’arbre trouve sa force. » Donc, « branchons-nous » sur les racines que sont les forces invisibles de la foi et de la charité fraternelle, des cœurs et des âmes qui font pousser les fruits de la paix et de la joie.
 

Celui qui rendait la santé

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

En ce mois de février, alors que nous cheminons avec l’évangéliste Marc, les lectures des deux premiers dimanches nous emmènent à la rencontre de Jésus le guérisseur, « celui qui rendait la santé », comme le dit le prêtre et théologien espagnol J. A. Pagola dans son ouvrage « Jésus – approche historique 1 » (2012). Le chapitre de son ouvrage ainsi nommé sert de base à cet article.

PAR FRANÇOISE BESSON | PHOTOS : DR

Un guérisseur parmi d’autres ? – En Galilée, à l’époque de Jésus, les gens avaient rarement la possibilité de se faire soigner par un médecin. Ils avaient donc recours aux magiciens, aux exorcistes, aux guérisseurs. Jésus était l’un deux… Jésus guérit les malades, mais il se distingue des autres guérisseurs par plusieurs aspects : il ne fait pas appel à des forces invisibles et n’a pas recours à des formules magiques. Il n’emploie pas d’amulettes ou d’autres accessoires. Il ne demande pas de rétribution (171) 2. Jésus agit en prenant appui sur l’amour de Dieu qui guérit, par compassion pour ceux qui souffrent, comme on le voit en Marc 1, 41 dans la guérison du lépreux.

L’amour qui guérit. – « Soigner, c’est la manière d’aimer de Jésus » (174). Il souffre de voir le gouffre qu’il y a entre la souffrance des femmes et des hommes de son temps, enfermés dans la maladie, exclus de la société et la vie que Dieu veut pour ses enfants… Quand Jésus s’approche d’eux pour les guérir, renouveler leur confiance en Dieu et les rendre à la vie sociale, il leur montre avant tout qu’ils sont dignes d’être aimés. La thérapie de Jésus, c’est sa propre personne, son amour de la vie, son accueil chaleureux, sa capacité à communiquer sa foi en la bonté de Dieu (174).

La dignité retrouvée. – En guérissant les malades, Jésus ne leur permet pas seulement de retrouver la santé physique. Il les restaure dans leur dignité et leur permet de retrouver une place dans la société. Les « lépreux », c’est-à-dire toutes les personnes qui souffraient d’affection de la peau (167), étaient considérés comme impurs et rejetés de leur communauté. Les aveugles n’avaient pas le droit d’entrer dans le temple et les paralysés étaient condamnés à la mendicité… De plus, on considérait qu’une bonne santé et une situation enviable étaient signes de la bénédiction de Dieu. De là à voir la maladie et la précarité comme un signe de malédiction, il n’y a qu’un pas (166)… Jésus vient bouleverser l’ordre des choses, car il se consacre en priorité aux exclus, aux malades, aux plus faibles (167)… Ceux qui se considéraient comme abandonnés par Dieu sont les premiers à vivre dans leur chair la miséricorde du Père. Dans la rencontre avec Jésus, ils retrouvent
leur santé, leur dignité, ils deviennent signes de l’amour de Dieu pour l’humanité, de sa bénédiction, de la présence
du Royaume…

Aujourd’hui ? – Les guérisseurs existent encore et parfois ils guérissent vraiment, mais j’imagine mal « Monsieur Jésus » faisant de la publicité sur internet pour son cabinet… Par contre, je le vois très bien à minuit sur un banc à la gare, dans la salle d’attente d’un centre de consultation psychiatrique, d’un bureau de service social, là où la dignité est en péril, où des femmes et des hommes se sentent parfois les oubliés de Dieu… Et, comme l’ont dit tant de sages et de mystiques, Dieu n’a que nous pour les regarder avec amour, les remettre debout, restaurer leur confiance en eux, en la vie, en un possible Royaume…

1 José Antonio Pagola, Jésus : Approche historique, Editions du Cerf, Collection Lexio, Paris, 2012, pp. 163 à 185.

2 Entre parenthèse, la page concernée dans l’ouv­rage de Pagola.

 

 

Une journée pas comme les autres…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

PAR JADE VOUILLOZ

Cette année au Foyer Abraham 1, un certain virus – qui commence, entre nous soit dit, à nous taper sérieusement sur le système – s’était invité. Chamboulement des traditionnelles réunions de fin d’année. Il a fallu imaginer une autre façon de partager. Exit les mains gourmandes qui se passent des plats délicieusement épicés en provenance de Syrie, d’Afghanistan ou d’Erythrée. Exit les embrassades, les poignées de main, les câlins. Exit les chants, les sourires à pleines dents, les rires à bouche découverte. A la place, tout a été soigneusement masqué, désinfecté, aseptisé. Tout ?

Non, le désinfectant n’a pas effacé l’essence même du moment. La magie de Noël s’est frayée un chemin. Les longues heures de discussions se sont concentrées dans des échanges plus denses, mais pas moins significatifs. Les sourires se sont lus dans les regards, des rires se sont quand même faits entendre. Les enfants, excités de recevoir une surprise, couraient dans tous les sens. Les parents étonnés qu’un gros colis leur soit réservé avaient les yeux brillants. On a pensé à eux. Une famille suisse leur a préparé une attention. Quelqu’un, quelque part, a mis un petit bout de soi dans ce carton et de l’autre côté à Martigny, on le reçoit. Le contenu du cadeau reste inconnu. Aimera, n’aimera pas ? Peu importe. C’est le geste qui compte, plus que le cadeau en soi.

Ce 24 décembre, à Martigny, l’amour et l’entraide ont été plus forts que tout. Oui, cette phrase sonne un peu « fleur bleue », mais c’est la vérité. Tandis que le virus s’est arrêté au masque, l’amour, lui, l’a traversé, vaillamment. L’amour est entré par notre bouche, notre nez, s’est infiltré dans nos poumons, jusqu’à notre cœur pour le réchauffer et lui dire au passage quelque chose d’essentiel. Ce que nous ont appris tous ces mois incertains : « Profitons de l’instant présent et pensons aux autres ! »

1 Le Foyer Abraham est un lieu d’accueil pour les adultes et enfants migrants animé par un groupe de bénévoles : cours de français, aide aux devoirs, jeux et goûter. Le foyer est ouvert le mercredi après-midi de 14h à 16h30.

 

Action partage de Noël : MERCI ! En décembre dernier, des caisses avaient été disposées au fond des églises de la Croix, du Bourg et de la Ville. Il était proposé au public d’y déposer des denrées de première nécessité (aliments ou objets) qui seraient distribuées à des personnes en situation de précarité. L’accueil de cette action a été magnifique et nous tenions à vous en remercier de votre solidarité. Nous avons pu offrir ces denrées à des dizaines de personnes. Elles viennent au prieuré pour partager leurs difficultés autour d’un café. Il arrive souvent qu’elles repartent avec un sac à la main. Nous en rencontrons parfois au détour des chemins et leur proposons cette petite aide en toute discrétion…

 

La politique : même pas peur !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

J’ai rencontré Céline Lugon et Mathilde Michellod lors d’une soirée cinéma où était diffusé un reportage à l’occasion du 50e anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes au niveau fédéral. Le sourire jusqu’aux oreilles et pleines d’enthousiasme, elles étaient à l’époque en campagne électorale. Entretemps, Céline est devenue conseillère communale (Les Verts) à Martigny-Combe et Mathilde conseillère générale (Les Verts) à Martigny. Toutes deux assument pour la première fois des responsabilités politiques. Elles en parlent…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Cartes d’identité

Mathilde Michellod
24 ans, originaire de Bagnes,
vit à Charrat.
Naturopathe de formation.
Caractère : A l’écoute, bienveillante, dynamique.
Passions : Equitation, randonnées botaniques.
Céline Lugon
30 ans, originaire de Finhaut,
vit à Martigny.
Logisticienne, employée de commerce avec un bachelor en psychologie.
Caractère : calme, enthousiaste, ambitieuse et bienveillante.
Passion : la politique.

Peut-on parler de « vocation politique » selon vous ?

MM : Je suis arrivée un peu par hasard en politique en 2016 et j’ai très vite accroché. Avec mon tempérament, j’ai très vite voulu m’investir, proposer des projets et les mener à bien. J’ai sûrement hérité cette « fibre » politique de mes grands-pères, l’un fut un grand défenseur de l’environnement et l’autre a confondé une section de parti à Sierre.

CL : Dès mes 18 ans, j’ai cherché à quoi pouvait servir ma vie sur terre et ce que je pourrais apporter à ma communauté. J’ai peu à peu découvert que la chose politique me correspondait vraiment. Quand je fais de la politique, je me sens vraiment à ma place. Je pense qu’on peut dire que c’est une vocation, oui.

Quels ont été les déclencheurs de votre engagement ?

MM : Un esprit de découverte ! Les partages thématiques jouent un grand rôle, mais aussi et surtout cette grande amitié au sein du groupe. Alors que se préparaient les listes pour le Grand Conseil en 2017, l’opportunité m’a été offerte de vivre l’expérience d’une campagne électorale. Ce fut une première expérience magnifique.

CL : Durant une soirée (souper de soutien), une femme membre du parti m’a invitée à une de leur réunion. Lors de celle-ci, je me suis tout de suite sentie bien. J’avais enfin rencontré des gens avec la même vision du monde que moi. Ç’a été pour moi une vraie révélation. En 2015, sont arrivées les élections fédérales pour lesquelles je me suis portée candidate. L’amitié présente dans ce groupe m’a convaincue de me lancer.

Comment s’est passée votre campagne ?

MM : Vu le covid, nous avons dû faire preuve de davantage de créativité, notamment en allant distribuer des figues aux éco-points de Martigny. Ce sont toujours des moments forts en émotions, qui nous permettent de rencontrer de nouvelles personnes et de nous ouvrir de nouveaux horizons.

CL : J’ai donné toute mon énergie et mon temps pour aller à la rencontre de la population, dans un contexte où toutes les manifestations communales étaient annulées (covid). Je suis aussi beaucoup sortie de ma zone de confort. Cette élection me tenait particulièrement à cœur, car c’était non seulement une chance de pouvoir faire avancer la cause environnementale concrètement dans ma commune d’origine, mais également une sorte de revanche sur mon passé et mes années d’école difficiles.

Quels regards portent les élu-es plus expérimenté-es sur vous ?

MM : Je les ressens plutôt bienveillants et heureux de voir que des jeunes s’intéressent au monde politique, au fonctionnement de notre société, et à l’envie de s’engager pour changer les choses. Nous recevons des félicitations inattendues de membres d’autres partis et c’est toujours très gratifiant.

CL : Un regard bienveillant, toutes les personnes rencontrées, indépendamment de leur parti sont heureuses de voir qu’il y a de la relève et des jeunes qui s’intéressent à la politique. Je n’ai toujours reçu que des encouragements de ce côté-là.

Concrètement, quels sont les défis pour des jeunes qui, comme vous, se lancent ?

MM : Je pense que nous rencontrerons des défis non seulement dus à notre âge, mais aussi du fait que nous soyons des femmes et en plus appartenant à un parti longtemps critiqué en Valais. Plusieurs facteurs nous forcent à montrer que nos
idées ont leur place dans le champ politique.

CL : Le plus grand défi est de se faire connaître. Quand on est jeune, on n’a pas encore beaucoup de réseau dans la région. Il faut alors se mettre en avant, aller à la rencontre de la population, faire des actions et être visible peut-être plus que d’autres personnes déjà bien implantées dans la région.

Quel type de « foi » faut-il pour tenir en politique ?

MM : Pour ma part, je pense que la politique est un des moyens permettant de réaliser l’utopie selon la pensée de Gandhi : « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde. » Je pense donc qu’il faut mettre en pratique ses idées pour fonder un socle solide et ensuite essayer de faire évoluer les mentalités. Je pense aussi qu’il faut avoir foi en ses propres valeurs, actes et en la capacité humaine de changer ses habitudes.

CL : Croire que notre engagement servira à améliorer ne serait-ce qu’un peu la vie sur terre. Pour ma part, il me semble possible d’amener de l’amour, de la bienveillance et du respect dans ma communauté par le biais de la politique. C’est cette possibilité-là qui me fait « tenir » en politique.

Vous êtes-vous préparées à affronter des conflits ?

MM : Je pense que la vie nous apprend à affronter des conflits. C’est en nous y confrontant que nous apprenons à les gérer de manière bienveillante et calme, tant que possible. La communication est la clé de tous conflits.

CL : Dans la vie, je fais le maximum pour qu’une situation ne se transforme pas en conflit. Je ne m’y suis pas forcément préparée mais, lorsque j’en rencontrerai, j’utiliserai certainement les outils à disposition en psychologie et en communication (non violente) pour résoudre la situation.

Quels dossiers espérez-vous pouvoir influencer ?

MM : Je souhaiterais surtout proposer des projets protégeant la santé humaine et environnementale, notamment grâce à l’utilisation de produits d’entretiens naturels dans les établissements publics, ainsi qu’une alimentation locale.

CL : J’aimerais faire en sorte que la nature ne soit pas lésée lors des différentes décisions prises quant à la gestion de la commune. J’aimerais également sensibiliser la population à l’importance de la nature dans notre vie, à sa force et sa beauté.

Le loup et l’agneau

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

L’Essentiel Secteur pastoral de Martigny

Cette fameuse fable de Jean de La Fontaine que gamin nous déclamions à l’école sans en dis- cerner le sens profond, n’est-elle pas un peu d’actualité aujourd’hui ? Voyons comment !

PAR DOMINIQUE PERRAUDIN | PHOTO : LDD

Où sont les agneaux ? – La grande majorité silencieuse, les bénévoles 1, celles et ceux qui respectent la loi, qui aiment un tant soit peu leur prochain et qui partagent un peu de leurs biens avec les plus démunis, les déshérités, les pauvres, les réfugiés. Le petit peuple de Dieu qui chaque jour travaille sans trop se poser de questions afin de joindre souvent péniblement les deux bouts en fin de mois. Personne ne les remarque et pourtant sans tout ce petit monde que deviendrions nous ?

Où sont les loups ? – Les dirigeants de plusieurs grandes puissances infiltrent des nations pour contrôler des dissidents expatriés. Des entreprises importent des vêtements manufacturés depuis des Etats qui entretiennent sciemment la misère des ouvriers. Ouvriers par ailleurs affreusement mal payés. Ils travaillent dans des conditions insalubres dans des bâtiments qui, de temps en temps, s’écroulent en tuant de nombreux ouvriers. La pandémie que nous vivons a permis à certains de s’enrichir hors mesure sur le dos des citoyens. Des enfants paient de leur santé, voire de leur vie, le travail qu’ils doivent accomplir pour certaines multinationales.

Et si Jésus revenait parmi nous quel visage aurait-il ? – J’ose à peine l’imaginer. Ce ne serait certainement pas un chef d’Etat prenant la parole à l’Assemblée générale de l’ONU. Il ressemblerait plutôt, selon moi, à un père de famille au chômage, à un réfugié fuyant son camp dévasté par un incendie, à un drogué qui cherche l’abstinence, à cet homme que l’on torture en raison de sa foi ou à cette femme que l’on viole et maltraite. Mon cœur se retranche souvent derrière cette pensée : « Et moi, face à ces injustices que puis-je faire ? Je ne suis qu’une petite goutte d’eau. Mon attitude témoigne-t-elle clairement du camp où je veux me situer : agneau ou loup ? »

Vivre en chrétien ! – Trouvons des solutions pour apporter de la lumière à ce monde si souvent terne. Une prière confiante récitée avec foi et amour permet certainement au Créateur d’alléger le poids du fardeau de chacun. Rien n’est impossible à Dieu nous le savons, Jésus nous l’a enseigné. Soyons les bons Samaritains de la parabole ! Encourageons notre prochain angoissé, redonnons confiance aux désespérés, visitons les personnes seules. La paix de l’âme n’est pas facile à acquérir, c’est un cadeau de l’Esprit Saint ! Elle nous permet d’appréhender la vie avec un regard simple sans a priori sans porter de jugement et surtout elle nous apporte la joie de vivre.

Jésus souffre avec nous. Il vit avec nous. Il endosse nos joies, nos peines et les injustices. Bref, il est l’Agneau au milieu des loups que nous sommes tous peu ou prou…

1 Autrement dit les gens de bonne volonté !

 

 

L’Eglise persécutée en Chine

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

En Suisse, la télévision ou les journaux relatent de temps en temps des événements liés à la persécution des chrétiens. Ces situations nous paraissent très lointaines et peu sensibles. Et pourtant, la persécution des chrétiens existe réellement çà et là dans le monde. Le chanoine Joseph Yang est né en 1979 et est originaire de Chine: il a lui-même vécu personnellement la persécution dans son pays où « elle est partout et prend des formes différentes », explique- t-il.

PAR LE CHANOINE JOSEPH JINGEN YANG

PHOTOS : DR

La persécution des chrétiens en Chine n’a jamais cessé et je dirais surtout depuis que la Chine est sous le régime communiste. Pendant 40 ans, on aurait pu croire qu’avec l’ouverture économique, l’idéologie des communistes aurait évolué… Mais voilà ! Aujourd’hui, le peuple chinois a compris qu’il a eu tort…

Pour le communisme, la religion (sous-entendu « toute » religion évidemment), c’est toujours « l’opium du peuple » : il faut la supprimer. L’Etat exécute strictement ce projet au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire, autrefois discrètement et aujourd’hui ouvertement.

Le gouvernement communiste demande à « la religion » de s’adapter au socialisme. C’est-à-dire d’accepter son idéologie : l’athéisme. Il considère toute religion comme une superstition et une erreur. Dans l’arrière-pensée communiste, tous les croyants doivent tôt ou tard se convertir au communisme. La pratique religieuse ne doit pas être vue dans le domaine public. Donc, les religions n’ont pas d’accès aux médias : il n’existe pas d’émissions religieuses et les chrétiens ne peuvent créer ni chaînes de télévision, ni émissions à la radio ni même écrire d’articles au sujet de la religion dans les journaux.

La Bible fait tellement peur à l’Etat que, depuis 2019, la Bible est interdite à la vente dans les librairies et à la vente en ligne. On ne la trouve plus partout dans les bibliothèques.

Le 7 décembre 2020, la responsable chrétienne de l’entreprise
qui produit la « Bible audio » pour les chrétiens malvoyants, Xuanjuan Fu, a été condamnée à cinq ans de prison ferme en raison de la production et de la diffusion de la « Bible audio » (voir illustration 1).

Dans un manuel scolaire destiné à l’enseignement professionnel à l’Ecole secondaire, le texte, publié pour enseigner « l’éthique professionnelle et le respect de la loi » aux élèves, on trouve un passage du récit évangélique de la femme adultère pardonnée. Le texte a été déformé et détourné à des fins politiques : « Jésus a lapidé la femme adultère à mort afin de respecter la loi de son temps ! » Cette affaire a suscité la désolation parmi la communauté catholique (voir illustration 2).

Evidemment, ces deux anecdotes ne disent qu’une toute petite partie des cas et des domaines touchés par la censure et la persécution des chrétiens. Vous n’imaginez même pas la largeur, la profondeur, les dimensions sociales et personnelles que peut prendre ce phénomène en Chine ! Il faudrait mentionner aussi l’accès interdit aux églises pour les chrétiens de moins de 18 ans ou même la destruction des églises.

Cependant, les chrétiens chinois gardent toujours l’espérance en Dieu dans leur cœur. Ils se souviennent toujours de cette parole de Jésus : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. » (Mt 5, 10-11)

 

 

Les aventures d’une paroissienne chanceuse…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

PROPOS RECUEILLIS
PAR PASCAL TORNAY | PHOTO : LDD

« Voyez-vous, récemment, j’avais décidé de faire mes paiements. J’en avais pour une jolie petite somme, environ Fr. 3500.–. Alors, comme d’habitude, je prépare mes bulletins de versement, puis je me rends à la banque pour y retirer la somme. Je me fais accompagner par un proche jusque devant la poste de la Ville où je descends de la voiture et me dirige aussitôt de l’autre côté de la rue. Ayant traversé, j’entends un homme murmurer à mi-voix. « Madame, Madame ! Vous avez perdu ceci ! » L’homme avait vu la scène, c’est-à-dire qu’il avait parfaitement vu mon portefeuille tomber de ma poche sur la route et avait immédiatement réagi pour me le rendre. J’étais sidérée ! Quoi ! Cet honnête homme venait me rendre l’intégralité du contenu de mon portefeuille ? Je me suis demandé : « Comment est-ce possible ? » Je manifeste alors à ce monsieur ma gratitude en lui offrant d’être récompensé sur-le-champ. Il rétorque : « Madame, tout ceci est à vous ! » et s’en va. J’en ai été bouleversée ! Ce monde de brutes renferme encore des individus exceptionnels ! J’en ai la preuve.

Je tenais à le raconter car, assaillis de mauvaises nouvelles et d’horreurs, je trouve qu’il fait bon partager ces petits signes car je trouve qu’ils viennent du Seigneur. Je lui rends grâce car ce n’est pas la première fois : je suis protégée, m’explique-t-elle en embrassant sa main et en la tournant vers le ciel.

Ne dit-on pas que la chance, c’est Dieu qui se promène dans nos vies incognito ?

 

La justice climatique se joue à 1,5° C près

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

La Campagne de Carême 2021 braque les projecteurs sur la justice climatique. Le thème de cette Campagne révèle la face cachée de nos comportements et attire l’attention sur les consé- quences qu’ils entraînent dans d’autres régions du monde.

PAR LE COMITé DE LA CAMPAGNE DE CARêME | PHOTO : DR

Les populations de plusieurs pays du Sud souffrent déjà cruellement des conséquences des changements climatiques. […] Pour préserver la Création, il est nécessaire que nous adoptions un mode de vie plus sobre. Nous devons limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5° C. Pour que la justice climatique soit rendue, il est devenu indispensable que nous aspirions à consommer « moins » de ressources et que nous fassions preuve de « plus » de solidarité envers les populations qui subissent les conséquences des changements climatiques. Si, en tant qu’individus, nous sommes capables d’agir dans ce sens, les secteurs de l’économie et de la politique, ainsi que les Eglises sont, eux aussi, appelés à faire de même.

Nous, les humains, avons déjà réchauffé le climat d’1° C depuis la révolution industrielle. Et les conséquences sont graves : nombreuses sont les populations des pays du Sud qui subissent aujourd’hui les effets du dérèglement climatique. Les événements météorologiques extrêmes sont de plus en plus fréquents. Dans les régions rurales du Kenya, des champs entiers s’assèchent. Les conflits liés aux pâturages se multiplient. Les cyclones tropicaux, les pluies extrêmes occasionnelles et les crues en Haïti ou en Indonésie inondent les champs, les récoltes et les maisons, entraînant par là même des maladies, la faim et la pauvreté.

Et chez nous ? – Dans nos régions alpines, nous mesurons déjà un réchauffement moyen de 2° C et constatons la fonte de plus en plus rapide des glaciers. Le Co2 est le principal gaz à effet de serre à l’origine de ce dérèglement. Il est produit, entre autres lors de la combustion de combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole ou le gaz naturel. Les populations des pays riches et les personnes appartenant aux classes sociales aisées en particulier consomment une quantité excessive d’énergie fossile ce qui constitue la principale cause du dérèglement climatique. A cela s’ajoute le fait qu’elles consomment énormément de viande. Pour nourrir les animaux desquels provient cette viande, d’immenses étendues de forêt ont été défrichées et servent maintenant de pâturages et à cultiver du fourrage.

Des conséquences pour tous… – Le dérèglement climatique affecte tous les habitants de la Terre. C’est précisément en cela que consiste la grande injustice. Bien qu’ils n’aient que peu participé aux émissions de Co2 à l’échelle mondiale, les habitants des pays les plus défavorisés sont les premiers à en subir les conséquences. En effet, ils ne sont pas en mesure de s’adapter aux nouvelles conditions. En raison d’événements météorologiques extrêmes qui dévastent de nombreuses régions, les populations touchées migrent des zones rurales vers les zones périurbaines, surtout des hommes. Les personnes âgées sont laissées pour compte, les femmes et leurs enfants s’occupent des tâches ménagères et travaillent dans les champs. Vivant dans la précarité, ces personnes n’ont d’autre choix que de travailler davantage pour obtenir de l’eau dans les zones qui se dessèchent ou pour restaurer les champs à la suite d’inondations.

Proposer une aide concrète. – Les acteurs de la Campagne 2021 accompagnent leurs organisations partenaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine pour traiter les problématiques liées au dérèglement climatique. Des ateliers sont proposés aux Philippines pour apprendre à réagir rapidement aux ouragans annoncés et aux inondations. Les paysannes et paysans indonésiens peuvent apprendre à s’adapter aux nouvelles conditions climatiques grâce à des méthodes de culture agro-écologiques, au reboisement et à la culture de variétés plus résistantes à la sécheresse. Si de tels projets portent leurs fruits, ils ne suffisent toutefois pas pour combattre les symptômes. En effet, il importe également de résoudre la cause première. Et c’est là que la Suisse a un rôle à jouer […].

Tenir nos promesses. – Action de Carême et Pain pour le prochain s’engagent à fond pour que la Suisse tienne les promesses qu’elle a faites dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat et qu’elle ait de plus grandes ambitions. L’accord stipule que le réchauffement climatique doit se limiter à 2° C, ou mieux encore à 1,5° C. Le GIEC estime à 1,5° C la limite maximale du réchauffement que peut supporter l’écosystème, et donc l’humanité, sans risquer des conséquences imprévisibles telles que la mortalité massive d’espèces animales et végétales.

 

Pour vos dons en faveur des projets de la Campagne :

Action de Carême

Av. du Grammont 7, 1007 Lausanne

IBAN PostFinance

CH31 0900 0000 1001 5955 7

 

 

La création, un spectacle permanent…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), février 2021

Bon nombre sont celles et ceux qui admirent la beauté d’un paysage, l’immortalise avec leur téléphone et la partage rapidement avec leurs proches. Perdue entre d’autres photos, la valeur du moment se dilue malheureusement au milieu de multiples clichés, devenus banals par leur nombre.

TEXTE ET PHOTO PAR CARMEN LONFAT

En revanche, rares sont celles et ceux qui vivent l’instant pour eux et ressentent la puissance de la nature. Pourtant, il suffit de prendre le temps de contempler ce qui nous entoure pour assister à un véritable spectacle. De la complexité d’une fleur aux montagnes majestueuses chapeautées de nuages et aux ombres mouvantes, la combinaison de couleurs et de formes est infinie et devrait nous émerveiller constamment. Tous les jours, nous avons la chance de voir un nouveau tableau se dessiner devant nos yeux et même changer au fil de la journée selon la luminosité et la chaleur.

Quiconque s’attarde sur ces détails ressent de la sérénité face à la parfaite harmonie nous entourant. Prendre conscience d’être une partie de ce tout est puissant puisque nous sommes toutes et tous connecté·e·s. Le lien entre les êtres humains est évident. Aristote affirmait déjà que « l’homme est un animal social », et rien n’est plus vrai aujourd’hui. Nous remarquons avec cette pandémie qu’on a profondément besoin du toucher des autres et de se sentir écouté. En bref, les contacts sociaux sont vitaux.

Néanmoins, on oublie facilement qu’il en est de même avec la nature ; nous puisons toutes nos ressources en son sein. La nourriture, les vêtements, les matériaux nécessaires à toute construction ou objets manufacturés proviennent de notre environnement. Nos besoins vitaux sont satisfaits grâce à la nature mais nous n’en sommes pas assez conscient·e·s puisque nous l’exploitons sans respecter sa valeur. D’ailleurs cette irresponsabilité nous conduit au drame du réchauffement climatique. Il est temps de mettre de côté son confort et de penser en termes de bien-être collectif mais aussi de préservation de la nature. Son accueil ici sur cette terre en vaut bien la peine ; nous sommes chanceux·euses de pouvoir bénéficier d’une vie magnifique qu’il nous faut lui rendre la pareille en vivant de la façon la plus juste et consciente possible. Prendre conscience de cette valeur est déjà le premier pas vers des actions plus responsables.

Finalement, si nous étions plus attentif·ive·s à ce qui nous entoure, nous grandirions spirituellement, nous agirions avec davantage d’éthique et contribuerions à combattre le réchauffement climatique. Alors, il ne suffit pas de se contenter de clichés majestueux de la nature, il faut la ressentir, l’écouter et la protéger.

 

 

L’Espérance envers et malgré tout

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Aigle (VD), janvier 2021

Par Jean-Marc Nemer | Photo: Sylvain Vauthier

Nous voici au début d’une nouvelle année. De quoi sera-t-elle faite ? Prenons le temps de rêver et, sur cette page blanche que nous offre 2021, écrivons nos souhaits les plus chers. Vœux de bonheur et de paix, d’amour et de santé – c’est ce que nous vous souhaitons. C’est ce que souhaite l’humanité entière. Pourtant, tant de personnes souffrent tout autour du globe ! Laissons-nous interpeller par nos frères et sœurs orientaux, qui nous offrent un beau témoignage d’espérance au milieu de leurs tribulations.

Parmi les chrétiens persécutés dans le monde, les plus connus sont ceux d’Orient, ceux-là même qui habitent la terre que le Christ a foulée il y a 2000 ans. Il semble pour beaucoup qu’ils appartiennent à un autre monde. C’est vrai en quelque sorte. Nombre d’Orientaux les considèrent comme des étrangers dans leurs propres terres. Nombre d’Occidentaux les considèrent simplement comme « ceux de l’Orient ». Des chrétiens d’ailleurs. Souvent incompris. Fréquemment aimés et soutenus.

Pourtant, ils sont sur cette terre d’Orient depuis la nuit des temps. En dépit des vicissitudes de la vie sociale, culturelle et politique à travers les siècles, ils tiennent bon. Ils ont pris l’habitude, après chaque calamité, chaque exode, chaque vague d’immigration forcée ou voulue, de continuer avec ceux qui restent. Le petit reste.

Qu’est-ce qui anime ce petit reste ? Leur fidélité au Christ. Mon confrère et ami en Christ, Mgr Traboulsi, vicaire général au diocèse Chaldéen de Beyrouth, nous le rappelle : « alors que toutes les portes sont closes… Voir et toucher l’humanité réelle de Jésus, son humanité crucifiée mais ressuscitée ; telle est l’admirable audace des chrétiens d’Orient » (voir pp. 7-9 L’espérance chrétienne au Moyen Orient).

Pour les chrétiens persécutés, il y a une seule « porte » de sortie : celle de la « foi » (Ac 14, 27) en un Christ mort et ressuscité pour tous. Conscients qu’ils sont en pèlerinage sur la terre, comme tous les humains, ils sont épris de liberté. Mais leur liberté émane du Christ. A travers Lui, de génération en génération, ils expérimentent la liberté : celle des enfants de Dieu. Leur liberté est intrinsèque à leur fidélité, à une foi qui est trois fois sainte. Cette liberté pour les frères de Jésus s’exprime en faveur de la solidarité intracommunautaire, mais aussi et surtout avec les déshérités. L’espérance des chrétiens provient de la miséricorde enseignée par le Christ : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » (Luc 6, 36-37a) Mais œuvrer à cette liberté fondée sur un Dieu miséricordieux et libérateur est, hélas pour beaucoup, une source de malheur qui pousse à leur persécution. Car l’amour vrai, l’amour qui se donne gratuitement et qui libère, est souvent mis à mal par l’inimitié qui sévit dans le monde. Pour comprendre pourquoi les chrétiens sont persécutés, écoutons Patrice de la Tour du Pin s’inspirant de la spiritualité christique orientale : « La lumière de Dieu veille ses germes, dans le Souffle de Dieu. Ils croissent et respirent, ils reproduisent la Parole et la transmettent. » Vivre par et à travers la Parole, la respirer et la transmettre, c’est là que résident le malheur et l’Espérance des Chrétiens persécutés.

Le Notre Père: sa transmission

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), janvier-février 2021

Par Pascal Gondrand | Photos: Unige, DR

Dans le cycle de cours publics de la faculté de théologie de l’Unige, Anne-Catherine Baudoin, maître d’enseignement et de recherche en Nouveau Testament et christianisme ancien, a proposé une lecture du Notre Père sous trois angles : la transmission, la traduction et la transposition. Voici un bref aperçu de sa vision de la transmission de cette prière aux premiers siècles de notre ère.Anne-Catherine Baudoin a tout d’abord rappelé le statut particulier du Notre Père qui est à la fois un passage biblique et une prière chrétienne. Le Notre Père préexiste aux Evangiles. Il est enseigné par Jésus à ses disciples qui le mettront ensuite par écrit. Aujourd’hui, il est connu et récité par les communautés chrétiennes indépendamment de sa position dans le Nouveau Testament. Lorsque l’on récite le Notre Père, on ne pense pas à son contexte dans Matthieu ou dans Luc. Le Notre Père appartient autant à la culture orale qu’à la culture écrite, à la vie liturgique et spirituelle, que la Bible.

On se souviendra de cette enluminure tirée de la Bible illustrée, œuvre des scribes du monastère Saint-Bertin de Saint-Omer (F), qui date de la fin du XIIe siècle (voir photo page 3). Jésus prend ses disciples au « lasso » avec le Notre Père et ceux-ci se laissent enlacer. Le Notre Père est à la fois un texte et une prière, un prière orale devenue écrite, et un fait cultuel. Dans le phylactère que tient Jésus « Pater Noster qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum, adveniat regnum tuum », le texte est en latin. Alors que les Evangiles l’ont transmis en grec et que Jésus l’a probablement enseigné en araméen. 

Ce que nous appelons le Notre Père est une prière bien enracinée dans le judaïsme, qui en utilise les termes, les images et les notions. Avec notre regard rétrospectif, il est évident que les formulations présentes dans cette prière se sont transmises du judaïsme au christianisme. Sa première transmission est celle de Jésus à ses disciples. Dans l’évangile de Matthieu comme dans celui de Luc, la prière est présentée comme un enseignement explicitement transmis par Jésus. Le Notre Père est transmis comme une prière reçue du Seigneur, et l’on fait mémoire de cette transmission par Jésus. « La doctrine du Seigneur transmise aux nations par les douze apôtres », en grec la « didachè », est le plus ancien texte qui nous soit parvenu contenant les règles de vie des communautés chrétiennes. Y est inséré le Notre Père, entre les prescriptions sur le baptême et celles relatives à l’eucharistie, sans toutefois être mentionné comme appartenant à l’une ou à l’autre. Le Notre Père ressortit donc plutôt de la pratique individuelle comme, par exemple, le jeûne auquel il est associé. Cette prière est le plus long texte qui soit commun avec les évangiles de Luc et de Matthieu. La transmission du Notre Père se trouve ainsi en lien avec la pratique religieuse, comme le montre la « didachè », et parole de Jésus rapportée dans les Evangiles.

Transmettre, c’est aussi expliquer
Les premiers commentaires chrétiens de l’Ecriture datent de la deuxième moitié du IIIe siècle mais c’est vers 200 qu’est écrit le premier commentaire d’un passage des Evangiles. Il est fait par Tertullien dans son traité « Sur la prière ». Il est ainsi apparu un premier commentaire du Notre Père avant même que ceux – nombreux – des Evangiles soient établis. Le traité de Tertullien s’intitule « De oratione », soit en français « De l’oraison dominicale », mais, erreur de traduction, ce n’est pas la prière du dimanche. Retenons cependant que le traité de Tertullien n’est pas une réflexion théorique sur la prière mais rappelle que c’est le Seigneur qui a enseigné aux chrétiens cette nouvelle formule de prière. Le Notre Père a donc répondu à une exigence catéchétique. La quatrième demande, par exemple, a pour Tertullien un sens autant spirituel « Donnez-nous notre pain de chaque jour », le pain c’est le Christ, que littérale car « … l’interprétation littérale, d’ailleurs parfaitement d’accord avec la discipline, est aussi admissible ; elle nous ordonne de demander du pain… ». En filigrane on devine que dans sa brièveté et dans son apparente simplicité, le Notre Père est un texte complexe et les demandes qu’il contient peuvent être comprises de différentes manières. Tertullien va jusqu’à dire qu’il s’agit d’un « abrégé de l’Evangile ».

Cette prière, telle qu’elle apparaît dans les textes les plus anciens, est bien le fruit d’une transmission orale. Le Notre Père n’apparaît jamais comme un texte théorique. Retenons qu’au IIIe siècle, trois traités sur la prière sont des commentaires du Notre Père. Celui de Tertullien déjà cité, et ceux d’Origène d’Alexandrie, « Sur la prière » (v. 234-235), et de Cyprien de Carthage, « Sur la prière du Seigneur » (v. 250). A propos de ceux-ci, on pourrait se référer à Hilaire de Poitiers, dans son « Sur Matthieu », qui date des années 350. Au moment de commenter le Notre Père, l’auteur se défile en renvoyant son lecteur à Cyprien, « homme de sainte mémoire, qui nous a dispensés de l’obligation de faire un commentaire ». Et il déconseille de suivre le commentaire de Tertullien qui, à sons sens, a fini sa vie dans l’erreur, en dehors de la droite route de l’Eglise.

Voyons encore : si ce n’est dans les com­mentaires des Evangiles, où peut-on en trouver aux IVe et Ve siècles, soit à l’âge d’or de la patristique ? Dans les homélies, bien sûr ! Au IVe siècle, qu’il s’agisse de Cyrille de Jérusalem, dans ses « Catéchèses mystagogiques » (v. 350), en grec, ou de Am­-broise de Milan, dans « Sur les sacrements » (v. 380), en latin. 

Un incontournable : Augustin
Dans son commentaire du Sermon sur la montagne, il propose une mise en parallèle des sept dons du Saint-Esprit, des sept demandes du Notre Père, des sept degrés de la vie spirituelle et des sept Béatitudes – huit en fait, mais pour lui, la huitième renvoie au point de départ dont elle montre l’achèvement et la perfection. Son commentaire a tellement plu dans l’Antiquité tardive et au Moyen Age qu’il a été repris par la plupart des commentateurs carolingiens.

Il est possible qu’Augustin ait été à l’origine du développement d’une pratique particulière en Afrique, qui a pénétré à Rome au VIe siècle, avant de gagner toute l’Eglise d’Occident, à savoir que dans l’initiation chrétienne le Notre Père ne soit plus enseigné aux néophytes après le baptême mais que son explication et son apprentissage fassent partie des étapes de la préparation au baptême, avec la confession de foi.

Le Notre Père est donc perçu autant comme un passage de l’Ecriture, commenté dans le cadre d’une lecture des Evangiles, que comme un élément autonome. A ces titres, Anne-Catherine Baudoin a fait valoir que cette prière fait à la fois partie de la vie des fidèles et de la vie liturgique ainsi que du texte biblique.

Trésor iconographique de l’église des Cordeliers

Illustration 3: Détail retable ouvert, Nativité.
Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), janvier-février 2021

Par Danièle Moulin | Détail de photos de Jean Mülhauser, Fribourg

Entrons aujourd’hui dans l’église du couvent des Cordeliers, traversons sa longue nef et arrêtons-nous dans le chœur pour y découvrir le retable du maître-autel, appelé également le « retable du Maître à l’œillet » considéré comme une des plus belles œuvres d’art suisses du XVe siècle.

Fribourg est, à cette période, une ville d’églises et de couvents. Ce n’est pas pour rien que certains la prénomment encore de nos jours « la petite Rome ». À cette période de l’Histoire, Fribourg jouit d’une grande prospérité économique et peut donc se permettre la construction de nombreux édifices religieux. Cet essor est dû en majeure partie à l’exportation de l’industrie de la draperie. C’est bel et bien le cas pour l’église du couvent des Cordeliers, qui abrite aujourd’hui encore un trésor artistique considérable, dont trois retables gothiques.

Quelle est donc la fonction d’un retable ?
À l’origine, le retable, du latin retro tabula, qui signifie « en arrière de la table d’autel », est un simple meuble de bois ou de pierre dont la fonction semble avant tout utilitaire ; on y dépose de petits objets liturgiques. Petit à petit, on place des images, des panneaux au-dessus de ce mobilier. La fonction du retable devient alors décorative – rien n’est trop beau pour Dieu et l’on n’hésite pas à recouvrir de feuilles d’or certaines parties – mais également didactique, à la manière d’un grand livre illustré instruisant le peuple chrétien. Un retable peut comporter un ou plusieurs volets repliables que l’on ouvre les jours de fêtes et les dimanches, et que l’on referme les jours « ordinaires ».  

Un retable à deux volets
Le retable du maître à l’œillet comporte deux volets. Fermé, il représente la scène de l’Annonciation. L’archange Gabriel semble tout juste arriver devant la Vierge, en témoignent les plis de son ample manteau, encore soulevé par l’air environnant. Au-dessus du visage de la Vierge, une colombe suivie d’un tout petit enfant sont transportés par des rayons émanant du ciel (illustration 2). Sur les deux panneaux extérieurs, deux saintes, Claire à gauche et Élisabeth de Hongrie sur la droite, toutes deux ayant appartenu à l’Ordre franciscain, à l’instar des Cordeliers. Ces deux saintes symbolisent l’amour de la pauvreté et la foi. En observant le paysage dans l’encadrure de la fenêtre droite, dans la « cellule » de sainte Élisabeth, apparaissent un homme et son chien, un chasseur, qui rappelle les plaisirs mondains desquels la princesse de Hongrie s’est détournée afin de consacrer pleinement sa vie à Dieu et aux œuvres de miséricorde (illustration 1).

Un fois ouvert, trois scènes s’offrent au fidèle : la Crucifixion au centre, la Nativité sur le panneau extérieur gauche, l’Adoration des Mages sur le volet droit. Entourant le Christ en croix, nous reconnaissons Marie et Jean, mais également d’autres saints : tout à droite l’évêque saint Louis de Toulouse, à ses côtés, saint François. À droite de saint Jean, saint Bernardin et saint Antoine de Padoue. Ici encore, tous ont appartenu à l’Ordre franciscain. La naissance du Christ et l’Épiphanie se font écho, les visages des protagonistes y sont davantage apaisés et reflètent la tendresse des scènes liées à celle de la toute petite enfance du Christ.

Deux œillets
Approchons-nous d’ailleurs de l’Enfant-Jésus déposé sur un drap blanc à même le sol et pour lequel un concert de mini-angelots est en cours (illustration 3). À gauche de la harpe sont déposés sur le sol deux œillets blanc et rouge ; deux autres œillets sont aussi représentés aux pieds de l’archange Gabriel au moment de l’Annonciation. Ces fleurs dépeintes au premier plan du retable sont considérées comme les signatures de l’artiste ; mais « toutefois, ces insignes, certainement de signification symbolique, se trouvent si souvent sur des peintures contemporaines qu’il pourrait s’agir d’un moyen d’identification, peut-être l’appartenance à une corporation ou à une confrérie ». 1

Cette œuvre monumentale (7 mètres de longueur sur plus de 2 mètres de hauteur) est donc le fruit du travail de différents peintres, en témoigne la différence de style dans la composition des panneaux. Ces artisans sont tous restés anonymes, mais proviennent sans doute d’un atelier soleurois. Le retable du Maître à l’œillet est également fortement influencé par la peinture des Pays-Bas. À cette période, des gravures commencent à circuler un peu partout en Europe et permettent aux artistes d’y puiser leur inspiration. 

1 Renaissance de l’église des Cordeliers, Pro Fribourg, nº 90-91. Trimestriel juin 1991, p. 34.

Illustration 1 : Détail du retable fermé, sainte Élisabeth de Hongrie, le chasseur et son chien.
Illustration 2 : Annonciation, détail.

Pour aller plus loin :
Renaissance de l’église des Cordeliers, Pro Fribourg, no 90-91. Trimestriel juin 1991.
P. M. Moullet, G. de Reynold, L. Schwob, A. Cingria, E. Dominique, Les retables de l’église des Cordeliers, Trois chefs-d’œuvre de l’art suisse à Fribourg, 1943, Zurich.

Saint Pierre, vitrail de Paul Monnier

Eglise du Sacré-Cœur, Lausanne

Par Amandine Beffa
Photo: Jean-Claude Gadmer

Avec son vitrail, Paul Monnier nous présente saint Pierre dans sa force (il porte les clefs), mais aussi dans ses faiblesses (le coq qui rappelle le reniement).

Nous avons parfois une image parfaite des saints. Et parmi tous ceux qui ont fait des choses remarquables et dont l’exemple nous semble inaccessible, saint Pierre tient une place particulière. Il s’agit tout de même de la personne à qui Jésus a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19)

Le vitrail de Paul Monnier nous invite toutefois à ne pas trop vite déclarer que la sainteté n’est pas pour nous. En effet, saint Pierre est peut-être représenté avec les clefs, mais aussi avec le coq. Bien sûr, Pierre est celui qui répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16) lorsque Jésus demande qui les disciples disent-ils qu’il est. Mais, il est aussi celui qui le renie trois fois (Mt 26, 69-75). 

Ces deux épisodes font de l’apôtre notre compagnon de foi par excellence. Ils nous rappellent que Dieu fait avec ce que nous sommes : le vitrail représente un homme qui tient fermement les clefs dans ses mains, comme quelque chose qu’il protégera et ne laissera pas tomber, tout en ayant derrière lui un coq qui rappelle ses doutes et ses manques. 

La pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie est la confession de foi de Pierre. Et lorsque l’on bâtit sur la foi, le vent et la pluie peuvent assurément s’abattre sur la maison, elle ne vacillera pas. L’apôtre a certes eu peur pour sa vie et a préféré prétendre ne pas connaître cet homme qui allait être condamné, mais c’est sa foi qui l’a ramené au Christ après la résurrection.

Et c’est là que Pierre est un exemple : être saint, ce n’est pas être parfait comme une statue d’albâtre. C’est avoir la foi comme GPS, c’est laisser cette foi recalculer notre itinéraire vers Dieu lorsque nous nous éloignons un peu trop.

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