Souvenirs de notre ancienne chapelle

L’ancienne chapelle Saint-Jean Baptiste restera dans le cœur et la mémoire des anciens de la communauté. Voici son histoire racontée par une paroissienne fidèle et engagée.

PAR AGNÈS SCHILLIGER
PHOTOS : GEORGES GRANDJEAN, CHANTAL ZAPHIROPOULOS

A mon arrivée à Gland en 1954, j’ai trouvé un village très campagnard avec des vaches qui s’abreuvaient aux fontaines du village en rentrant des champs. Il y avait à Gland une épicerie, une boulangerie, une boucherie et une école avec deux instituteurs qui avaient chacun trois classes.

Avec ma famille, nous habitions au bord du lac. Nous avons décidé d’envoyer nos enfants à l’école catholique de Nyon, tenue par des sœurs. Aussi étions-nous très attachés à la paroisse de Nyon. A Gland ne se trouvaient ni église catholique ni temple protestant. Les familles catholiques organisaient tous les dimanches une messe dans une classe d’école.

Un groupe de dames dont faisaient partie Mme Nanzer, Mme Gillard, Mme Gaudin et Mme Régina Demière a exprimé le vif désir d’ériger une chapelle. Le curé Emil Haefliger et mon mari, conseiller de paroisse à Nyon, conscients de la nécessité pour ce village en croissance d’avoir un lieu de culte catholique, trouvèrent en toute discrétion un beau terrain au centre de Gland. Les fonds manquant pour le construire, nous avons trouvé une ancienne chapelle de chantier.

Des talents variés

Avec l’aide de M. Zimmermann, architecte, de MM. Cherix et Gaudin et de beaucoup de bénévoles, nous avons organisé la reconstruction de la chapelle. Les vitraux et le plafond en cuivre ont été créés par la maison Gehr.

La chapelle a été bénie par le vicaire épiscopal en 1973. Nous avions à cœur de créer une communauté vivante, priante et accueillante pour la région de Gland, Vich et Coinsins. Pour ce faire, le Conseil de communauté, dont je faisais partie, organisait par exemple un apéritif après la messe afin de fraterniser ou des repas dans le jardin de la chapelle parfois suivis d’un événement comme un rallye. Des conférences et des concerts ont aussi eu lieu.

Un événement important était la kermesse. Les dames se réunissaient chez moi dans ma grande cuisine pour préparer un buffet avec des met succulents. Ce moment convivial attirait des personnes de toutes confessions. Notre communauté s’est enrichie de personnes dotées de dons riches et variés. Nous avons été impressionnés par les nombreuses personnes venues offrir leurs talents.

Notre vie était rythmée par des moments heureux tels que les mariages et les baptêmes, mais aussi par des événements plus douloureux, surtout des décès de jeunes gens.

Croix et baptistère

Un dimanche, lorsque j’ai voulu préparer la chapelle pour la messe, j’ai eu un choc en découvrant qu’elle avait été incendiée. L’autel était très abîmé et les bancs noircis par la fumée. J’étais désemparée. Mais j’ai pu compter sur la gentillesse de jeunes passant par là pour nettoyer tous les bancs. Nous avons étendu une grande nappe sur l’autel et ainsi nous avons pu célébrer la messe.

L’autel défectueux a été remplacé par une ancienne table valaisanne. Sous l’impulsion de son fidèle et dynamique responsable Bernard Chevallay, le Conseil de communauté est allé chercher dans le monastère Notre-Dame des Voirons, chez les Petites sœurs de Jésus, un Christ sculpté par une des sœurs. Ce fut une rencontre inoubliable avec ces religieuses qui ont donné leur vie au Seigneur. Nous avions aussi besoin d’un baptistère. Nous avons fait un pèlerinage à Ars : nous y avons trouvé un pétrin qui nous semblait un beau symbole de l’eucharistie et du baptême. Les diaconesses de Reuilly, qui utilisaient pour leur chapelle des ustensiles de tous les jours, nous ont donné l’exemple.

Les salles sous la chapelle étaient d’une grande utilité pour le catéchisme. La cuisine, fonctionnelle, permettait aux paroissiens de célébrer des fêtes de famille.

Dans le cœur des anciens

Aujourd’hui la chapelle est devenue une vieille dame. Elle n’a toutefois rien perdu de son charme. Elle a encore attiré tous les jours des personnes venant s’y recueillir. Mais nous avons constaté avec regret qu’elle se faisait petite pour la ville de Gland avec ses 13’000 habitants et que nous ne pouvions plus la restaurer. Une nouvelle église, grande et claire, a pris sa place. Mais l’ancienne église survivra dans le cœur des anciens de la communauté.

Puisse saint Jean Baptiste, notre protecteur, nous aider à progresser sur le chemin du Seigneur.

Dieu au féminin ou au masculin

«Nous pouvons bien imaginer, sans nous tromper, qu’il y a bel et bien du masculin et du féminin en Dieu.»
Abbé Michel Ammann

PAR L’ABBÉ MICHEL AMMANN
PHOTO : DR

Ce qui est certain pour notre foi chrétienne, c’est que Dieu est amour et qu’il n’est qu’amour. Et, de ce fait, comment ne pas penser qu’il nous aime à la manière, non seulement d’un père mais aussi à la manière d’une mère ? Ne nous a-t-il pas créé à son image ? Nous pouvons bien imaginer, sans nous tromper, qu’il y a bel et bien du masculin et du féminin en Dieu.

La Bible contient de si belles images qui font référence à la tendresse de l’amour de Dieu pour ses enfants. Par exemple, dans le livre d’Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » Et, dans le livre d’Osée : « Je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue; je me penchais vers lui pour le faire manger. »

L’encyclique du pape saint Jean-Paul II ajoute un petit vocabulaire hébreu sur le mot que nous traduisons par « miséricorde ». Citons par exemple les deux principaux : « Rahamim » entrailles de mère. Dieu nous aime comme une mère. Et « Resed » qui exprime la bonté de Dieu. La bonté serait d’avantage un attribut masculin.

Dans les pages de notre journal, en complément du dossier sur le thème de ce mois « Dieu au féminin ou au masculin », nous découvrirons à nouveau, avec intérêt, la série de commentaires bibliques de l’abbé François-Xavier Amherdt si éclairants.

En outre, nous avons glanés çà et là, les avis de quelques personnes par un micro-trottoir. Nous vous les offrons avec plaisir : des perles à découvrir !

Bonne lecture !

Il y a de l’Esprit Saint là-dessous !

LE BILLET DE PASCAL DESTHIEUX, VICAIRE ÉPISCOPAL | PHOTOS : DR, CATH.CH / BERNARD HALLET

A l’invitation de nos sœurs et frères protestants, de nombreux catholiques genevois se sont rassemblés en la cathédrale Saint-Pierre, ce 5 mars, pour vivre une première messe historique depuis la Réforme. J’ai été profondément touché par la joie et l’émotion que l’on pouvait ressentir dans cette cathédrale archicomble. Parmi les nombreux témoignages reçus après cette messe, j’aimerais vous partager ces messages de deux participantes, une protestante et une catholique. Une paroissienne de la cathédrale a écrit à son pasteur : « Cet événement religieux est à jamais gravé dans ma mémoire. Notre cathédrale était belle, hier soir. Nous étions toutes et tous dans la même ferveur, dans le même Amour du Christ. Cette Foi, nous en avons tellement besoin dans ces tragiques moments que notre monde traverse. Genève a montré au monde chrétien que l’Œcuménisme existe et ce dernier a fait un grand pas en avant. Je suis contente d’avoir vécu ce moment. En rentrant, tous les passagers du tram parlaient de la messe et tous m’ont dit : merci à votre paroisse de nous avoir accueillis. Une religieuse de la Servette m’a dit qu’elle n’aurait jamais imaginé vivre ce moment. Si nous n’avions pas encore quelques restrictions sanitaires, elle m’aurait embrassée. » Et voici le témoignage d’une paroissienne catholique : « Comment décrire à la fois l’émotion, la joie, la simplicité, l’unité dans cette cérémonie historique empreinte d’œcuménisme, de ferveur, de prière, de respect et de délicatesse ? Tout respirait la beauté presque divine et cela portera ses fruits, j’en suis sûre ! Et si Dieu est avec nous au quotidien, cette démarche de l’Eglise protestante a permis de resserrer les liens entre nos deux communautés. A mon avis, bien humbles soient-elles, les prières pour l’unité des chrétiens servent à quelque chose et l’Esprit Saint travaille dans ce sens. »

J’ajoute encore ce message reçu de Fribourg : « C’est le Genevois en moi qui est venu à Genève. Je tenais à être présent (comme je l’aurais été il y a 2 ans). Toutefois, je dois avouer que je suis monté à la cathédrale un peu sceptique. Je m’attendais à tout… sauf à cette joie-là ! Il y a de l’Esprit Saint là-dessous ! »

Dieu au féminin

PAR FLORENCE CHERUBINI | PHOTOS : LDD

Dieu au féminin ! Voilà un sujet complexe, bien que pouvant sembler futile à plus d’un. Dans ces quelques lignes, je propose de vous partager ces quelques réflexions issues de quelques belles (re)-découvertes que j’ai faites en m’attaquant à ce texte. Non pour résoudre la question, ni pour la trancher de manière binaire et rassurante, mais pour essayer d’approfondir et surtout de mettre en pratique ce pour quoi la vie vaut la peine d’être vécue : notre mission de femmes et d’hommes appelés par Dieu à être les jardinières et jardiniers de sa création dans le respect mutuel de notre altérité !

La question du « genre » de Dieu n’est donc pas une question farfelue ou futile propre à notre troisième millénaire et portée par quelques théologiennes éco-féministes. Dans les années 1970, une théologie féministe chrétienne (la plupart de ces théologiennes sont catholiques 1) revendiquait déjà l’utilisation d’un langage épicène pour parler de Dieu, parce que ce langage permettait peut-être d’aller au-delà de nos représentations visuelles du Dieu masculin tout-puissant véhiculées par une pensée ambiante à dominante patriarcale.

Nous pouvons remonter encore beaucoup plus loin au cours des âges pour rencontrer des femmes qui priaient Dieu au féminin ! Au Moyen-Age, des mystiques, comme Hildegarde de Bingen, considérée comme la patronne des écologistes, ou des femmes issues des béguinages ont prié ou invoqué un Dieu-Mère. Ecoutons ce que nous dit l’une d’elle, Mechtilde de Magdebourg (1210-1252) : « Père n’est pas suffisant pour contenir le Dieu de mon être. Profondément en mon être, je sais que Dieu est plus, plus qu’un Père. Je connais maintenant mon Dieu comme Mère. J’ai trouvé un habitat dans son cœur, j’ai appuyé ma tête sur sa poitrine, j’ai touché les traits de son visage, regardé dans ses yeux et connu Dieu comme une Mère. Dieu Mère, Dieu Père, garde-moi dans ton étreinte. » 2

Ces femmes engagées s’appuient sur leurs expériences comme femmes pour se mettre en relation avec le divin ou le sacré. Et les qualités, dites féminines servent alors à parler d’un Dieu bon, plutôt que sévère, et qui agit plutôt comme une mère. 3 Mais d’où vient la spiritualité empreinte de liberté et d’audace de toutes ces femmes ? Quelle voix les a guidées pour découvrir cette image féminine de Dieu ?

Peut-être est-ce celle de la Sagesse présentée dans les livres sapientaux sous les traits d’une sœur, d’une mère, d’une compagne, médiatrice et source de vie, qui recherche en premier lieu le bien de la société et de ses membres?

Alors, avec la vigueur créatrice de Dame Sagesse, entrons à notre tour, telles et tels que nous sommes, dans une participation active qui donne au monde le message d’amour « inclusif » d’un Dieu au-delà du masculin et du féminin, d’un Dieu qui est Celui / Celle qui EST 4

1 Mary Daly, Elisabeth Schüssler Fiorenza, Elizabeth Johnson, Rosemary Radford Ruether,…

2 Malone, « Praying with the Women Mystics », traduit dans « Une Bible des femmes »,
Elisabeth Parmentier, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy, Labor et Fides, 2018, p. 28

3 Louise Melançon, « Je crois en DIeue… la théologie féminine et la question du pouvoir »,
https://id.erudit.org/iderudit/005016ar

4 Elisabeth A. Johnson, « Dieu au-delà du masculin et du féminin Celui / Celle qui est », éd. Du cerf, 1999

Un nouveau lecteur à la Colombière souriant et décontracté

Camerounais de 40 ans, Charles-Olivier Ngono a décidé de quitter son pays natal après des années de vie professionnelle à Douala pour faire un master à l’EPFL. Parallèlement à sa vie d’étudiant, il a intégré notre vie paroissiale en tant que lecteur. Nous avons voulu faire plus ample connaissance avec cet homme de foi souriant.

RECUEILLI PAR OLIVIER CAZELLES PHOTOS : CHARLES-OLIVIER NGONO

Charles-Olivier, vous avez longtemps vécu en famille au Cameroun. Comment était ta vie là-bas ?
Charles-Olivier Ngono:
Sixième d’une fratrie de neuf enfants, j’ai bénéficié d’une vie de famille accomplie. Papa était comptable et maman était à la maison. Nous avons tous pu aller à l’école et suivre des études universitaires. J’ai travaillé pendant douze ans dans la maintenance des équipements aéroportuaires à Douala et Yaoundé. Puis j’ai voulu renforcer mes capacités en ingénierie en suivant une formation en logistique à l’EPFL.
C’est une belle aventure, et je n’ai jamais été inquiet pour l’avenir. C’est vrai que j’ai dû démissionner, mais j’ai la chance que Cécile, mon épouse, travaille. Enfin, j’aimerais faire partager cette expérience à ma famille: mon épouse et mes deux filles, Mickaëla, 13 ans, et Manuela, 7 ans.

Vous quittez Douala et votre famille et vous atterrissez seul à Lausanne: quel choc !
Et je suis arrivé en pleine pandémie ! Ainsi, l’intégration sociale a été très difficile du fait de l’observation des gestes barrières qui freinaient tout contact humain. J’ai été cantonné dans ma chambre et à la bibliothèque. Dans ces conditions, je n’ai pas pu visiter la région.

Vous avez vécu le contraste des cultures: au regard des valeurs africaines, com- ment voyez-vous la Suisse?
A mon arrivée, j’ai dû entreprendre des démarches administratives. Quel contraste! Alors qu’au Cameroun il y a toujours des accompagnateurs (appelés «démarcheurs»), ici, les démarches sont impersonnelles, tout le monde est censé savoir ce qu’il faut faire. Les gens sont serviables et compétents, mais c’est un peu distant et moins chaleureux.
J’observe cette même froideur dans les lieux publics tels que les quais de gare: chacun a les yeux fixés sur son téléphone portable et les écouteurs sur les oreilles. On ne se parle pas. Par contre, à la gare de Douala, la conversation est spontanée et habituelle entre les passagers même s’ils ne se connaissent pas.

La vie paroissiale à Nyon est bien diffé- rente de celle du Cameroun. Qu’est-ce qui est important pour vous?
Dans l’ensemble, il y a beaucoup de ressemblances. Mais il vaudrait mieux parler des différences qui constituent des richesses pour chaque culture.
Au Cameroun, la «mise en scène» des célébrations du dimanche est très importante: les enfants de chœur sont particulièrement bien habillés, ils ont répété les déplacements et les gestes pour que ce soit beau; les chanteurs portent la tenue de la chorale; les paroissiens viennent en famille, les jeunes sont très nombreux et les messes durent plus longtemps, jusqu’à deux heures.
A la Colombière, les célébrations sont plus sobres et brèves et les paroissiens plus âgés. J’apprécie la participation des enfants à la procession de communion. Ils accompagnent leurs parents et ceux qui n’ont pas commencé à communier s’avancent bras croisés sur la poitrine pour recevoir la bénédiction du prêtre. Au Cameroun, seuls les enfants qui ont le droit de communier participent à la procession de communion ; les autres restent assis.

Que représente pour vous le fait d’être lecteur à la Colombière ?
A la sortie d’une messe, le curé modérateur, l’abbé Jean-Claude Dunand, m’a proposé de lire à la messe. Cela m’a agréablement surpris puisque je n’avais jamais lu en public. J’ai intégré le groupe des lecteurs et j’ai été rapidement mis en confiance pour pratiquer cet exercice. Progressivement, je découvre les détails du service de la sacristie.
Depuis que je suis lecteur, je reçois des retours favorables des paroissiens. A leurs yeux, je ne suis plus un individu lambda qu’on salue de loin, mais le paroissien Charles-Olivier; et j’aime bien cela. Merci pour cette considération.

Etiez-vous engagé en paroisse au Cameroun?
Depuis mon plus jeune âge, je vais à l’église tous les dimanches en famille. Mais dans mon pays, je n’avais jamais consacré de temps à une activité paroissiale. Une seule fois j’ai fait une tentative, ratée, de devenir servant de messe. Ici à Nyon, c’est la toute première fois que je participe activement à la vie de l’Eglise.

Un passage biblique vous marque-t-il ?
Un passage biblique en particulier me parle: c’est dans l’évangile de Luc, au chapitre 6, où Jésus dit à ses disciples: «Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou? […] Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? […] Comment peux-tu dire à ton frère: « Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil » alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien?»
Ce message me fait penser au monde actuel. Nous observons des Etats donneurs de leçons qui se proclament libérateurs et disent aux autres comment résoudre leurs problèmes alors qu’ils connaissent les mêmes difficultés chez eux.

En quoi le fait d’être séparé de votre famille pour les études influence-t-il votre foi ?
Le fait d’être séparé de ma famille et de mes amis me donne du temps pour m’impliquer davantage dans la vie de l’Eglise et m’y intéresser. Je prends plus de temps pour prier ; en particulier, je suis fidèle aux neuvaines mensuelles. Au Cameroun, la tradition des neuvaines de prière à l’occasion de certaines fêtes est très vivante. Malgré les difficultés, je garde une foi solide. Je crois que Dieu m’accompagne chaque jour même s’il m’arrive de douter et de me poser des questions.

Jeux, jeunes et humour – mai 2022

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi fête-t-on l’Ascension un jeudi ?
Tout simplement parce qu’elle est célébrée 40 jours après Pâques qui tombe sur un dimanche. Je vous laisse faire le calcul ; on arrive forcément sur un jeudi. Derrière cela, il y a toute la symbolique du nombre 40, temps d’attente et de rencontre avec Dieu au désert – pensons au Carême ou à Moïse – revivifié ici par la Résurrection de Jésus qui apporte du neuf dans notre relation à Dieu.

par Pascal Ortelli

Humour

Un handicapé sur chaise roulante conversait avec ses amis d’infortune au sujet d’une innovation dernier cri rajoutée sur sa chaise roulante électrique. Elle était en effet équipée d’un GPS. 
– Vous voyez, dit-il, si je me trompe de rue, automatiquement, comme pour les voitures, j’entends une voix qui me dit : « Faites demi-tour, dès que possible. »
– Génial ! répartit l’un d’eux.
Quelque temps plus tard, un ami rencontre l’heureux propriétaire de cette chaise révolutionnaire et lui lance : 
– Alors, ton GPS, toujours au point ?
– Non, je l’ai enlevé !
– Ah bon, pourquoi ?
– Chaque fois que je passais devant le cimetière, j’entendais : « Vous êtes arrivé, vous êtes arrivé… »

par Calixte Dubosson

En librairie – mai 2022

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Je me suis laissé aimer…
Brigitte Bédard

« Nous n’incarnons en rien l’image du bon chrétien, si cela signifie être parfait, sans faille et marcher droit. Hugues et moi, nous nous savons profondément pécheurs – la lecture de ce livre vous en convaincra – incapables d’aimer et de se laisser aimer, comme Dieu nous y invite. Ce que nous savons cependant, et qui fait que, finalement, nous sommes de bons chrétiens, dans le vrai sens du terme, c’est l’expérience d’être au quotidien démesurément et infiniment aimés de Dieu. En voici les preuves… » Avec une joie de vivre et un humour débordants, Brigitte Bédard nous entraîne dans le ménage à trois que forme son couple avec le Seigneur. 

Editions Artège

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Pourquoi Padre ?
Les prêtres de Padreblog

Qu’arrivera-t-il aux non-croyants après leur mort ? Pourquoi les prêtres ne sont-ils pas mariés ? Comment parler de la Providence de Dieu avec tout le mal qui arrive en ce monde ? Toutes ces questions et bien d’autres, les prêtres de Padreblog (des prêtres actifs sur les réseaux sociaux) y répondent de façon claire et précise chaque semaine sur KTO, avec un succès d’audience qui ne se dément pas. Nombreux sont ceux qui souhaitaient voir ces questions-réponses mises à l’écrit. C’est chose faite : voici un formidable outil de formation personnelle et d’évangélisation !

Editions Artège

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Zita, courage et foi d’une impératrice
Gaëtan Evrard

Le destin de la dernière impératrice d’Autriche, qui, à la suite de son mari, pourrait être béatifiée est conté avec bonheur dans cette BD. Traversant tout le XXe siècle avec un courage édifiant, Zita seconda d’abord son époux l’empereur Charles d’Autriche dans son combat pour sortir l’Europe du premier conflit mondial. Veuve à 30 ans, pauvre et exilée, elle se voua à l’éducation de ses huit enfants et soutint la résistance antinazie lors du second conflit mondial. Après un très long exil, le retour de Zita en Autriche, en 1982, fut un triomphe. Une figure de femme à la foi exemplaire qui peut susciter des actions héroïques en ces temps troublés par la guerre.

Editions du Triomphe

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Je ne les ai pas laissés seuls
Nicole Gillouard

Dans ce lieu de soins tendu vers l’efficacité qu’est l’institution hospitalière, Nicole Gillouard tente de faire entendre sa note discrète. Elle n’est ni soignante ni prêtre. Sa mission est d’être là, sans objectif, disponible pour celles et ceux qui le souhaitent, à l’écoute de leur demande et de leurs capacités. Avec pudeur et tact, elle dévoile les visages de celles et ceux qu’elle a accompagnés pendant ses dix années de mission au sein du CHU de Rennes. Une expérience humaine intense au contact de la fragilité et de la souffrance, mais aussi teintée d’instants d’une beauté lumineuse.

Editions Nouvelle Cité

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Chrétien dans un monde qui ne l’est plus ?

La société de consommation, les nouvelles technologies, mais surtout le relativisme font qu’il est de plus en plus difficile de diffuser la vérité chrétienne. Dans un monde gouverné par l’émotion, le chrétien peut-il proposer une sagesse qui demande du recul par rapport au vécu?

PAR CALIXTE DUBOSSON | PHOTOS : PIXABAY, PXHERE, FLICKR, DR

«Etre dans le vent: une ambition de feuille morte!» Cette métaphore de Gustave Thibon, écrivain et philosophe français, signifie qu’être informé de la dernière mode et la suivre est une recherche, un désir de quelqu’un vide et sec intérieurement. Autre citation, celle de Sören Kierkegaard, écrivain, poète et théologien danois: «Qui épouse l’esprit du temps sera vite veuf!» Enfin: «A force d’être dans le vent, on finit par attraper des rhumes», ajoute l’écrivain français Jean Dutourd.

Ces auteurs me sont venus à l’esprit en voyant l’évolution des phénomènes sociétaux dans le monde et en Suisse. Lors des votations qui concernent les mœurs (solution des délais, fécondation in vitro, mariage pour tous), il apparaît que l’Eglise ou ses représentants sont systématiquement désavoués. Ce qui donne l’impression que le chrétien qui suit les orientations et les recommandations des autorités de son Eglise vit dans un monde étranger à la société actuelle. Il se sent désorienté et tombe souvent dans un profond désarroi. Est-il en phase avec les réalités du moment? Est-il dans l’erreur quand il affirme ses convictions qu’une étude attentive de la Bible et de la tradition lui ont léguées? Malgré les désillusions et les déconvenues, aurait-il raison contre tous?

Toutes ces questions taraudent l’esprit de celles et ceux qui vont à l’encontre des idées reçues, ce qui fait dire à un paroissien: «L’opinion publique majoritaire regarde les choses de façon superficielle. Prenez l’exemple du mariage pour tous. Il est évident que les gens ne se sont posé qu’une seule question: doit-on permettre aux couples homosexuels de se marier civilement? Bien sûr que oui. Comment répondre non dans un monde qui veut l’égalité à tous les niveaux? Par contre le droit de l’enfant, la PMA et bientôt la GPA demandaient une vraie réflexion que peu ont entreprise.»

«Un abîme plutôt qu’un fossé»

Commentaire de calixte dubosson

Souvent dans mes allées et venues au village, je rencontrais une jeune fille fraîchement majeure. Un jour, nous avons bu un café ensemble au bistrot du coin. La conversation nous amena à parler de la gestation pour autrui.

Je lui parlai de l’animateur français Marc-Olivier Fogiel qui s’est marié avec son compagnon et qui a «commandé» deux enfants nés aux Etats-Unis, d’une mère porteuse, pratique illégale en France. Avant que je puisse dire ma totale réprobation de la GPA, elle m’adressa cette parole qui me laisse sans voix encore aujourd’hui: «C’est inadmissible que la France interdise cette pratique!» J’ai immédiatement compris que nous n’étions plus du même monde et que le fossé qui me séparait d’elle était plutôt un abîme.

Le courage d’être chrétien

«Défendre les principes fondamentaux demande aujourd’hui du courage.»

Mgr Jean-Marie Lovey

«Défendre les principes fondamentaux demande aujourd’hui du courage. Ce n’est pas parce que le vent souffle dans telle direction que toute la barque doit suivre le mouvement»: ainsi s’exprimait Mgr Jean-Marie Lovey lors d’un entretien au Nouvelliste1. Le chrétien serait-il donc un être courageux? Si l’on prend pour modèle le Christ, la réponse ne fait pas de doute. L’épisode de la femme adultère, par exemple, où il fait front contre toute l’intelligentsia de l’époque. Plus encore quand le Seigneur met les pieds dans le plat : « Au temps du prophète Elie, il y avait beaucoup de veuves en Israël. Pourtant, Elie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles mais bien à une veuve étrangère de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.»
(Lc 4, 25-28)

A la suite de son maître, le chrétien est amené à défendre des valeurs. Mais il faut d’abord dire qu’il y a une distinction essentielle à faire avant d’aller plus loin. Le chrétien d’aujourd’hui est très divers. Il y a celui qui se rend à l’église pour baptiser ses enfants ou pour se marier, mais qu’on ne revoit plus dans les autres évènements de la vie ecclésiale. Il y a celui qui s’informe sur les valeurs du christianisme en développant une conscience chrétienne éprouvée. Il y a celui qui s’engage sur le plan social ou sur le plan politique et qui vit sa foi dans un rapport direct avec Dieu sans médiation ecclésiale. Il y aurait encore tant d’autres catégories que l’on ne peut évoquer dans un si bref article. Il semble toutefois que d’après les statistiques, les opinions minorisées par les résultats des votations se trouvent dans le camp des pratiquants réguliers compris ici en tant que fidèles à la messe du dimanche et aux sacrements. Nous ne sommes plus à l’époque où le curé dictait les intentions de vote aux fidèles et c’est tant mieux. Ce n’est donc pas de lui que viendrait l’inspiration principale. D’ailleurs, une de mes connaissances m’a reproché mon silence en vue de la votation du mariage pour tous. Je lui ai répondu que dans mes conversations, j’ai clairement affirmé mon opinion, mais que le faire du haut d’une chaire serait pour moi une sorte de violation des consciences en profitant d’une audience qui n’est pas faite pour ça. Ce serait d’ailleurs plus contre-productif qu’autre chose.

1 NF 08.09 2021.

Le monde actuel

Maintenant que nous avons mieux défini l’adjectif de chrétien, il convient de le situer dans la perspective qu’il vit dans un monde qui ne l’est plus. La philosophe française Chantal Delsol n’y va pas par quatre chemins. Pour elle, nous assistons à la fin de la chrétienté. Le constat est sans appel. Et pourtant, il est teinté d’espoir ou d’espérance pour les chrétiens. Je ne parle pas du christianisme, qui n’est pas une religion perdue et qui continue à se déployer. La chrétienté, c’est la civilisation dans laquelle le christianisme apporte ses lois et ses mœurs. Et c’est ça qui est effacé depuis les années 50… D’après elle, au fil des ans, la chrétienté aurait été remplacée par le cosmothéisme: «Il s’agit d’une nouvelle croyance. Lorsque la chrétienté s’efface, elle n’est pas remplacée par rien. Il reste un pourcentage non négligeable de chrétiens. Mais les autres ne tombent pas dans le néant, ils se mettent à croire en d’autres choses. C’est une adoration du monde. C’est ce qui se développe avec l’écologie, qui est en train de devenir une religion. Cela fait partie des nombreuses tendances qui tendent à remplir le vide.»2

Ce constat semble se vérifier dans les conversations du «Café du commerce». J’entendais mes voisins de table disserter sur l’écologie. Aujourd’hui, ce n’est plus les dix commandements qui nous aident à faire un examen de conscience. Il faudra s’examiner sur le nouveau dogme qui a lui aussi ses règles: tu ne voyageras plus en avion, tu ne laisseras plus couler l’eau quand tu te laves les dents, tu n’imprimeras plus tes documents numériques, etc. Voilà les nouveaux péchés et pour ceux-là il n’y aura aucune absolution. Par contre, tricher, mentir, tromper son conjoint deviennent des péchés secondaires!

2 Chantal Delsol, La fin de la Chrétienté, octobre 2021.

«La chrétienté est finie en tant que civilisation. Je ne parle pas du christianisme, qui n’est pas une religion perdue et qui continue à se déployer. La chrétienté, c’est la civilisation dans laquelle le christianisme apporte ses lois et ses moeurs.»

Chantal Delsol

Relativisme et émotion

Selon le philosophe Zygmunt Bauman, il n’y plus de bien commun, ce qui gouverne la politique est désormais l’émotion.

Un autre constat est posé par Rod Dreher, journaliste et écrivain américain dans son livre Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus?3 L’auteur affirme que le monde n’est plus chrétien à cause de l’avènement de la société de consommation, des nouvelles technologies et du relativisme. «Tout cela fait qu’il est de plus en plus difficile de vivre avec la vérité chrétienne dans le monde. Dans une société de plus en plus individualiste coupée de la tradition, la seule autorité qui apparaisse comme justifiée est le moi. C’est ce que le philosophe Zygmunt Bauman appelle la société liquide. Il n’y a plus de bien commun, ce qui gouverne la politique est désormais l’émotion.»

Combien de fois n’entendons-nous pas dans les interviews, le mot relativement? «Le taux de probabilité est relativement faible. La tendance est relativement en hausse. » Et la réponse aux questions est souvent: «Oui et non.» Difficile dans ces conditions de faire émerger une vérité! Pourtant, si l’on prend la question de l’existence de Dieu, il faudra dire oui ou non. L’un aura tort, l’autre raison. Il n’y aura pas de juste milieu.

Rod Dreher affirme que le monde n’est plus chrétien à cause de l’avènement de la société de consommation.

Rod Dreher ajoute: «Je crois que les chrétiens doivent aller dans le monde. Mais dans un monde postchrétien, hostile au christianisme, je crois qu’il faut avoir une foi solide, appuyée sur une formation intellectuelle. On ne peut pas aller au combat désarmé!»

«Soit on est dans le vent, soit on crée le courant», disait souvent le regretté Mgr Joseph Roduit. N’y a-t-il pas ici un
vent d’optimisme que tout baptisé conscient de sa responsabilité dans l’avènement d’un monde plus juste et fraternel est invité à faire souffler? Comme le dit le psaume 36, 3-4: «Fais confiance au Seigneur, agis bien, habite la terre et reste fidèle; mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur.»


3 Artège.

Parcours Théodule… un sacré chemin !

Trois personnes de la paroisse de Martigny, Fabienne Seydoux, Stéphanie Fracheboud et Rafaela Nigg vont terminer bientôt la formation Théodule qui prépare ceux et celles (celles surtout !) qui vont collaborer dans les paroisses du diocèse pour la catéchèse et la diaconie. Fabienne et Stéphanie nous partagent leurs impressions et leurs expériences.

PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOISE BESSON
PHOTOS : DR

Pourquoi j’ai commencé cette formation ?

Fabienne : Je suis ce que l’on appelle une « recommençante ». Après m’être éloignée de la religion catholique pendant près de 30 ans, une expérience très particulière m’a ramenée vers Dieu et donnée un désir ardent de le connaître davantage. De plus, comme bien souvent avec les recommençants, la vie ecclésiale ne semblait pas répondre à mes attentes. Ainsi au lieu de continuer à me plaindre des manquements que je constatais, j’ai décidé de me mettre au service de ma paroisse. Le parcours Théodule s’est présenté comme la formation idéale pour moi, car elle me permettait non seulement d’acquérir des notions théologiques de base, mais également de la pratique.

Comment se déroule cette formation ?

Cette formation est assez exigeante, car elle se déroule sur trois ans. Elle est constituée de cours (un soir par semaine durant les périodes scolaires), de journées d’approfondissement et d’un stage pratique réalisé dans un domaine pastoral particulier. Mais l’investissement en vaut la peine, car cette formation est passionnante et très enrichissante.

Ce que cela m’a apporté

En tant qu’enseignante au cycle d’orientation depuis plus de 20 ans, j’aurais pu opter pour la catéchèse, mais je me sentais appelée à autre chose. Mon désir de découverte a été plus que comblé ! Mon stage pratique ayant pris une tout autre tournure que prévu, je me suis retrouvée à m’engager dans divers secteurs, ce qui m’a permis de découvrir ma paroisse, d’apprendre son fonctionnement et de faire connaissance avec ses paroissiens qui, soit dit en passant, sont charmants et attachants. J’ai donc eu l’occasion de m’occuper du groupe des BCBG (des jeunes de 12 à 16 ans ayant fait leur confirmation), des servants de messe, d’un atelier pour les plus petits au Bourg, de l’atelier de la Parole. J’officie également comme aide-sacristine, auxiliaire de l’eucharistie, lectrice et suis secrétaire du Conseil de communauté. Le fait de m’être engagée dans des domaines que je ne maîtrisais absolument pas, m’a fait sortir de ma zone de confort. Certaines expériences n’ont pas toujours été faciles à vivre, mais elles constituent une belle école de vie qui m’ont permis de travailler le savoir-être en plus du savoir-faire…

Les ateliers de la Parole

Stéphanie : Je me suis engagée dans le parcours Théodule pour faire de la catéchèse dans le cadre de la paroisse. J’avais commencé à en faire avec la première de mes filles puis j’ai eu envie de continuer et je suis restée dans l’équipe… Actuellement, j’anime les ateliers de la Parole. C’est vraiment riche, on prépare les textes et on se laisse surprendre par les questions ou les réflexions des enfants… Ils ne voient pas du tout les choses comme nous ! Je me souviens de la discussion autour de la parabole « des ouvriers de la onzième heure » : pour les enfants, c’était normal que ce soit le chef qui décide et si celui qui n’a travaillé qu’une heure a faim, il doit recevoir ce qu’il faut pour manger ! Ils ont le don de comprendre et ils ne se rendent pas forcément compte de la profondeur de leur réflexion… J’ai beaucoup de plaisir à animer ces ateliers !

Richesse du parcours Théodule

Le parcours Théodule m’a apporté un certain « bagage » car j’ai vraiment démarré cette formation avec l’enseignement catéchétique de mon enfance. Pour moi tout était nouveau et enthousiasmant : les cours de liturgie, les cours bibliques donnés par des intervenants formidables comme Monique Dorsaz ou Vincent Lafargue… Vraiment, ces personnes sont de « l’or en barre » !

Moi qui ai une formation de libraire, je me suis passionnée pour l’étude des textes bibliques et quand on y ajoute la dimension de la foi, c’est magnifique ! Il y a des textes sur lesquels on aurait pu rester des mois… Ce qui est génial avec la Bible, c’est qu’on ne pourra jamais se dire : « C’est bon, il n’y a plus besoin de creuser, on a fait le tour ! » Il n’y a pas beaucoup de livres qui peuvent se targuer de ça…

Dans la formation, on est presque toutes des mamans et c’est souvent le parcours de nos enfants qui nous ont « ramenées » à l’église, c’est grâce à eux qu’on fait un bout de chemin en plus… Entre nous, dans nos rencontres, on discute beaucoup et c’est une chance, on échange sur nos expériences, nos pratiques qui peuvent être différentes d’une paroisse à l’autre, c’est très enrichissant !

Et vous ?

S’il y a des personnes qui souhaitent s’engager dans ce parcours, je peux leur dire qu’il faut oser ! Le parcours est exigeant, nourrissant, mais il n’est pas hors de portée, il est accessible à tous. De plus, on se sent en Eglise, on a en commun d’avoir beaucoup reçu et de souhaiter redonner quelque chose. J’encourage vraiment celles et ceux qui hésitent à faire le pas !

Plus d’informations sur cette formation sur https://www.catesion.com/theodule/

L’appel du curé

par Jean-Pascal Genoud

C’est pour moi un profond motif de joie et de reconnaissance de voir des personnes qui disent « oui » à un appel à s’engager en Eglise et à accepter de se former. Dans le contexte difficile d’une prise de distance de beaucoup de baptisés par rapport à la communauté chrétienne, comment ne pas être réjoui (et presque étonné !) qu’il soit possible, pour un secteur pastoral comme le nôtre, d’accompagner trois étudiantes au parcours de formation que le diocèse a mis en place ?

Le parcours Théodule offre un long chemin de trois ans, un chemin de découverte et d’approfondissement de la foi, par des cours du soir où peuvent être réexplorées les ressources que sont la Parole de Dieu et la pensée de l’Eglise. Les étudiants voient s’ouvrir des fenêtres sur d’immenses champs de connaissance, mais ils peuvent aussi faire l’expérience, dans une ambiance fraternelle et joyeuse, d’une équipe qui partage et où l’on se porte les uns les autres pour mieux avancer.

Membre du comité de la formation Théodule, je peux voir de près le soin avec lequel les formateurs font tout pour s’adapter aux besoins des personnes. C’est une recherche constante, appliquée pour établir les passerelles entre les personnes qui se forment et le passionnant dépôt dont dispose l’Eglise.

Mon vœu le plus cher serait de trouver à nouveau trois ou quatre candidats pour le prochain parcours qui commencera en 2024. Il est vital pour notre communauté paroissiale d’investir dans la formation. L’appel est lancé !

La foi au service de la vie

Avec une option pédagogique enracinée dans l’incar­nation du Christ, l’équipe de la Formation de l’ECR, a rejoint la catéchèse et le catéchuménat dans une seule entité depuis septembre 2021. Elle contribue activement au développement des compétences des agents pastoraux, prêtres, laïcs et bénévoles œuvrant au service de l’Eglise, ainsi que de toute personne désireuse d’en apprendre davantage sur la foi et l’Eglise.

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTO : SERVICE FORMATION ECR

«Le profil des gens à qui s’adresse la Formation a beaucoup évolué et les demandes sont aujourd’hui plus spécifiques», indique Bruno Fuglistaller. Alors qu’à l’origine il s’agissait surtout de former les agents pastoraux, prêtres et laïcs tout en offrant quelques propositions ouvertes à tous, actuellement le panel de formations proposées s’est élargi, tout comme le public à qui elles s’adressent.

«Nous rencontrons de plus en plus de participants qui désirent connaître les fondements de la foi chrétienne, car il n’y a pas eu de “socialisation ecclésiale” préalable. D’autres sont bouleversés parce que l’Eglise, en tant qu’institution, n’a pas accompagné le changement sociétal. Dès lors, ils demandent s’ils veulent continuer à être chrétiens. Il y a quelque chose de l’ordre de la foi personnelle, mais il y a aussi un vrai questionnement sur l’appartenance institutionnelle», poursuit Guillermo Kerber. Ils ont, par exemple, organisé des parcours de formation pour les auxiliaires de l’eucharistie, sur l’histoire des Eglises genevoises ou encore des ateliers pour approfondir les structures de l’Eglise dans le diocèse et le rôle que chaque chrétien peut y jouer.

Les deux théologiens sont également actifs dans l’enseignement à l’Atelier œcuménique de théologie (AOT) dont chaque volée accueille une soixantaine de participants. Ils suivent, durant deux ans, des cours donnés par des enseignants catholiques, protestants et orthodoxes. « A l’AOT et dans d’autres formations théologiques que nous proposons, nous enseignons la manière de susciter les bonnes questions. Faire théologie c’est ça ! » lance Guillermo Kerber avec emphase. La théologie n’est pas destinée uniquement aux académiciens et aux religieux, bien au contraire. Bruno Fuglistaller abonde : « L’expérience humaine peut à la fois témoigner et découvrir la présence de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. »

Au service, mais comment ?

Qu’est-ce que l’« option pédagogique enracinée dans l’incarnation du Christ » ?

Bruno Fuglistaller : La foi ne se situe pas en dehors de la vie. Le Christ s’est incarné, il a accepté de courir le risque d’être un Homme, d’entrer dans l’Histoire. L’expérience humaine peut à la fois témoigner et découvrir la présence de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. Cette option pédagogique essaie d’établir le lien entre la foi et la vie. Cela, en portant un regard sur le monde qui révèle la présence de Dieu, son action, l’attente que cette présence suscite et la manière d’y répondre.

Quel « service » apportez-vous aux catholiques genevois dont on ne se rend pas compte ?

BF : Il permet ou aide des femmes et des hommes à prendre des responsabilités pour que l’Eglise soit présente dans différents lieux, tels que les aumôneries ou lors de funérailles, par exemple. Cela leur permet d’être une présence d’Eglise autre que des prêtres ou des agents pastoraux professionnels.

Guillermo Kerber : Le Service de formation n’est pas limité aux frontières cantonales. Nous avons de nombreuses collaborations en dehors de Genève et de Suisse. C’est aussi une façon de montrer la catholicité de l’Eglise, à comprendre dans son sens premier d’universalité.

« Qui dites-vous que je suis ? »

La manière dont je considère la personne de Jésus détermine la manière dont je vis ma vie, opère des choix, prends des décisions, appréhende les relations, affronte les difficultés, mais aussi la façon dont je conçois la mort, la vie éternelle. Il s’agit de la question la plus importante. Jésus interpelle ses disciples: «Qui dit-on que je suis?» Puis, il s’intéresse à connaître leur propre perception: «Et vous, qui dites-vous que je suis?» (Mt 16, 15)

TEXTE ET PHOTO PAR OLIVIER TARAMARCAZ

De quelle manière connais-tu Jésus ? Je peux dire ce que les autres disent, penser ce que les autres pensent, reproduire ce que j’entends autour de moi. Je peux avoir une représentation de Jésus nourrie par la culture, par une religion, par une tradition. Je peux me contenter de présupposés, de vagues pensées. C’est ma décision de choisir de me contenter d’une opinion sur la personne de Jésus ou d’incorporer un regard en extériorité. C’est ma décision de prendre au sérieux ses paroles ou d’y rester indifférent. Jésus ne s’intéresse pas seulement à savoir ce que tu sais de lui, ce que tu as cru bon d’intégrer comme imagerie au sujet de sa personne, faisant tiens les propos entendus ici et là. Les religieux censés être porteurs de la Parole de Vie, ne se sont approchés de Jésus que pour le prendre en défaut, dans le but de l’accuser, de le condamner. Ils ont rejeté le Messie. Les religieux ont défendu leur religion, qui s’est au final substituée à la Parole vivante. « La pierre angulaire a été rejetée par ceux qui bâtissaient. » (Ps 118, 22)

Jésus veut me sortir de ma tombe

Jésus veut me faire sortir de ma tombe religieuse, de mon piédestal philosophique, de ma prétention culturelle, de mon voile artistique, dans la mesure où ils forment des feuilles de figuier couvrant mon désarroi d’une couche de vernis. Il veut me faire connaître la vie que je ne peux connaître par moi-même.

La foi en Christ n’a rien à voir avec une morale religieuse, ni avec la pratique de rites traditionnels. La foi chrétienne révèle qui est Jésus-Christ, ce qu’il a accompli. En ouvrant la Bible, le Livre par lequel Dieu parle, je prends conscience de mon état d’être humain marqué par la Chute, mais aussi de la Bonne Nouvelle de la justice de Dieu qui répond lui-même au problème, et le résout, en me rachetant, prenant sur lui mes fautes et les effaçant. Jésus ne me laisse pas dans le doute. Il affirme qui il est : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14, 6) « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra. » (Jn 11, 25)

Affirmation tranchante

En dehors de Jésus-Christ, Il n’y a pas de chemin, pas de vérité, pas de vie. Chacun demeure libre de l’accueillir ou de s’inventer des fables, de construire un système de rédemption, de rester dans l’état de la chute d’Adam et Eve. Jésus nous dit de manière franche : « Si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Jn 8, 23-24) Cette affirmation est tranchante. Il n’y a pas d’alternative. Le péché entache notre nature humaine du sceau de la mort, nous entraîne inéluctablement dans son sillage sans espoir d’en sortir. Bertrand Russell, athée, l’a reconnu, confessant son désespoir : « Brève et impuissante est la vie de l’homme. Sur sa course et sur toute sa course, le destin lent et sûr tombe, impitoyable et sombre. » Russell a saisi une vérité proclamée par Jésus-Christ : par lui-même, l’homme est impuissant à vaincre la mort. Il n’a cependant pas saisi la Bonne Nouvelle qui suit le constat : « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rm 6, 23) La croix est un carrefour dans la vie de chaque personne. La Bible indique la direction, affirme l’autorité unique de Jésus : « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jn 5, 11) Celui qui dit qu’il croit en Dieu, mais qui rejette le Fils, ne croit pas Dieu, et n’a pas en lui la vie de Dieu.

Jésus veut me ressusciter

La vie réelle c’est de connaître intimement, personnellement celui qui m’a créé. « La vie éternelle c’est te connaître toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3) Jésus m’associe à sa vie et à sa résurrection, dans la mesure où je place toute ma confiance en lui. La foi en la personne de Jésus me ressuscite, me fait découvrir ma vraie identité. Il me justifie, me restaure, me guérit. Jésus veut me ressusciter avant ma mort. Je peux expérimenter l’action libératrice de Dieu en recevant la vie nouvelle qu’il veut me donner en Christ.

L’apôtre Paul l’a expérimenté lui-même : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Co 5, 17) Cette promesse est sans pareille. Elle est unique dans l’histoire de l’humanité. Jésus n’a cessé de l’affirmer. Ses disciples également ont annoncé la voie de la délivrance, la libération de la prison du péché : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » (Rm 8, 1) Il ne s’agit dès lors pas de religiosité, ni d’appartenance à une Eglise, à une confession, mais bien de foi personnelle en la personne de Jésus-Christ et dans l’acte qu’il a accompli. Jésus s’adresse à toi aujourd’hui : « Qui dis-tu que je suis ? » ; « Qui suis-je pour toi ? »

Le sujet est difficile

« Ah mais en fait vous aussi vous croyez en Dieu ?! »

Il y a peu j’ai appris lors de retrouvailles entre amis qu’en fait, sans qu’aucun de nous soit au courant, nous étions tous croyants. Je ne l’aurais jamais pensé, et pour cause, nous avions toujours évité le sujet. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’affirmer sa foi, dans la vie de tous les jours.

Il y a la peur d’être pris pour un extraterrestre.

La flemme de devoir répondre pour la énième fois à : « Qu’est-ce que tu penses des croisades ? »

Alors, peut-être qu’on peut essayer de témoigner de notre foi par une vie exemplaire.

Mais il faut se rendre à l’évidence si on n’en parle jamais nous sommes invisibles.

Le fait de l’avoir dit une fois ne fait pas tout non plus, une fois le moment de surprise passé l’affaire est en général rapidement enterrée. La plupart des discussions sur le sujet se terminent par : « On veut bien que tu sois croyant, mais nous ça ne nous intéresse pas ».

Jusqu’au jour où l’on est consulté, à propos d’une vidéo YouTube sur une communauté Mennonites en Bolivie: «Toi qui es croyant tu en penses quoi ?»

Le point d’accroche est maigre, le sujet difficile, mais avec de la patience, à force d’en parler, peut-être un jour arrivera-t-on à quelque chose.

«Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’affirmer sa foi, dans la vie de tous les jours.»

Simon Moerschell

Une petite bougie en union de prière avec l’Ukraine

A nos portes le peuple ukrainien fait face à l’absurdité et à la violence d’une guerre fratricide. Face au raz de marée médiatique, on aurait tendance à se dire que plus rien d’autre n’existe. Et pourtant, tant d’autres peuples sont en grande détresse aujourd’hui. En fait, le mal fait grand bruit, on le sait. Il faut un cœur de chair pour découvrir les perles qui brillent comme un trésor d’espérance et de résurrection dans les mains, les yeux, le cœur d’une petite fille de 4 ans qui demande à sa maman d’aller à l’église allumer une bougie pour l’Ukraine. Acte qu’elle va désirer renouveler.

PAR VALÉRIE PIANTA
PHOTO : DR

A l’heure où j’ai réfléchi à ces lignes, puis à celles où je vous les écris, les bombes pleuvent sur l’Ukraine ; et avec les bombes, les tirs en rafale. C’est la terreur et le règne de la mort qui s’installent sous nos yeux atterrés. Une hémorragie de la vie se produit à travers les gens tués ou fuyant leurs terres. Nous assistons impuissants à cette nouvelle prise de pouvoir du mal et de la mort, aux portes de notre continent.

Ici, à nos côtés, se tiennent nos enfants et nos petits-enfants, comme de véritables petites éponges qui absorbent nos paroles, nos discussions, nos expressions effarées et qui voient, pour certains, des images – alors que d’autres plus petits, peut-être, les imaginent ! Dès lors que cette terrible réalité est là et qu’elle envahit d’inquiétude nos foyers à travers le débordement d’informations qui submerge tant les réseaux sociaux que les moyens de communications, comment ne pas expliquer avec nos mots à nos petits ce qui se passe ?

Et voilà qu’une petite fille devient signe de Résurrection parce qu’elle veut allumer une flamme dans cette nuit que nous, adultes, voyons menacer le monde. Une petite fille qui vient nous dire avec peu de mots, mais avec le puissant symbole pascal de la Lumière, qu’elle croit que sa prière va monter vers Jésus et vers Marie !

L’être humain porte en lui cet espace spirituel mystérieux : il est dessiné dans son ADN. C’est si puissant qu’une petite fille au cœur en alerte peut le découvrir et le révéler pour en extraire un signe de Lumière sur un chemin obscur. Elle pose une petite pierre pour construire la paix, pour ébaucher le chemin qui conduit vers Pâques, le grand passage de la mort à la vie en Jésus, le Christ, qui est venu défier le mal et la mort et en est sorti victorieux !

Tout cela, elle ne le sait pas (encore) ! Mais c’est un trésor caché en elle dans cet espace où Dieu se dessine, et l’appelle. Et nous, adultes, le mesurons-nous vraiment lorsque nous sommes nous aussi, par nos tout petits gestes, des témoins du Christ-Paix ?

Cette (ma) petite fille est un témoin de Pâques, une étincelle de vie qui participe au feu de la Résurrection ! Le croirez-­vous ?

 

Chrétien ? Comment, dans un monde qui ne l’est plus ?

PAR JEAN-FRANÇOIS DELÉAVAL
PHOTO : JEAN-MARC SUDAN

La crise de la modernité touche aussi bien la politique que la spiritualité. L’obéissance aux lois civiles s’impose de plus en plus au détriment de l’Evangile et de son esprit. Les églises se vident et le message chrétien est altéré.

Pourtant, l’heure n’est pas au découragement. « Il faut simplement se convertir pleinement au Christ et s’inspirer de saint Benoît pour bâtir des communautés ouvertes, engagées et solidaires au milieu du monde. » (Rod Dreher, journaliste)

Il est évident que l’on ne peut plus se contenter d’aller à la messe le dimanche. Il faut que le choix des loisirs, des moyens de communication, de la profession, du lieu et de la manière de vie soit subordonné à l’engagement chrétien. Il faut que chaque famille ne vive pas sa foi de manière isolée mais qu’elle s’agrège en communauté de foi au sein de ce monde.

Ne l’oublions pas : les chrétiens ont mission d’évangéliser et le levain ne peut faire lever la pâte s’il ne s’y plonge pas.

Résister à l’esprit de ce monde, matérialiste, technologique, suppose un christianisme, bien sûr, personnel mais aussi communautaire.

Je me souviens, il y a de cela fort longtemps, que l’on avait des gestes, discrets, mais qui montraient notre foi. Mon père faisait toujours un signe de croix avec son couteau au dos du pain avant de l’entamer.

Vous rappelez-vous, pour les plus anciens, la prière avant les repas : silence ! Puis le père de famille remerciait Dieu pour le repas qu’Il nous prodiguait et la cuisinière pour son travail.

Et la prière du soir ou du matin ? Qui la récite encore de nos jours ?

Lors des orages, une branche de buis, glissée sur le crucifix, ou l’eau bénite à l’entrée de la chambre devaient nous protéger du mauvais temps.

C’étaient des gestes, simples, visuels, mais qui rappelaient au monde que nous sommes chrétiens à tout moment de la journée.

Ainsi, l’Eglise se perpétuera par des gens convaincus qui agiront, dans le monde, selon leur foi, par des gestes qui exprimeront leur croyance.

Chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

Catholique pratiquant, Martin, 16 ans, témoigne pour nous de son vécu dans notre société déchristianisée.

TEXTE ET PHOTO PAR MARIE-PAULE DÉNÉRÉAZ

En tant que jeune chrétien, ressens-tu un décalage dans certains milieux ?

Oui, quotidiennement et un peu partout : à l’école, dans les transports publics, sur les réseaux sociaux. Dans le sport, c’est un peu moins marqué.

Comment ce décalage se manifeste-t-il ?

J’entends beaucoup de moqueries et de clichés sur l’Eglise, par exemple sur les prêtres pédophiles. Des jeunes qui disent : « Je crois en la science, pas au christianisme » ; « Aller à l’église, c’est faire partie d’une secte ». Dans les transports publics et ailleurs, je suis témoin de blasphèmes proférés par des groupes sataniques comme : « C’est Satan qui fait des miracles, pas Dieu. » Je vois des jeunes qui ont un look inspiré du rock sataniste et qui proclament : « Le satanisme c’est notre religion ! » ou « Satan est dans l’Eglise ! ». Ce genre de provocations est très courant sur les réseaux sociaux. Ces outrages au sacré et à l’Eglise me font mal au cœur.

Qu’est-ce qui t’aide à tenir face à cette réalité ?

Ma relation personnelle avec Dieu dans la prière. Mes hobbies : le basket, le vélo, sont des activités qui me permettent d’échapper à cette réalité et de faire de nouvelles rencontres. Je pratique volontiers le ski et la marche en montagne où je peux rencontrer de bonnes personnes.

Dans quels groupes te sens-tu soutenu ou encouragé ?

Les membres de ma famille sont croyants et pratiquants et j’ai confiance en eux, je sais que je peux leur poser des questions en cas de doutes. Dans ma paroisse, j’apprécie les homélies de notre curé qui m’apprennent beaucoup et je peux servir la messe. Dans ces moments-là, je ressens une grande joie dans le cœur. Par ailleurs, je fais partie de l’association du Scoutisme européen suisse. Le but de ce mouvement est l’éducation du corps, de l’âme et de l’esprit. Je m’y sens libre et bien entouré. J’apprends à vivre des valeurs telles que la discipline, l’autonomie et la solidarité. Nous y pratiquons des activités de découverte et d’endurance dans le respect les uns des autres et en accord avec le nature. Je suis aussi membre du groupe OAFJ (Tout pour Jésus) lié à la fraternité Eucharistein. J’y approfondis ma foi avec des jeunes de mon âge. Nous y apprenons à mieux connaître Jésus.

Qu’espères-tu pour l’avenir de l’Eglise ?

Que les églises se remplissent, aussi de jeunes, comme à la soirée de louange du 19 février. Que les chrétiens soient moins tièdes et vraiment pratiquants.

Merci Martin. Bon vent dans le souffle de l’Esprit Saint.

Comment se réjouir de Pâques ?

Dans cette rubrique, L’Essentiel propose aux Evêques des diocèses de Sion et de Lausanne-Genève-Fribourg,
à l’Abbé territorial de Saint-Maurice et à leurs représentants de s’exprimer sur le sujet de leur choix. Ce mois, c’est Céline Ruffieux qui prend la plume.

PAR CÉLINE RUFFIEUX, REPRÉSENTANTE DE L’ÉVÊQUE À FRIBOURG
PHOTO : CATH.CH

A peine sortis de la pandémie, nous voilà confrontés à une autre violence, celle de la guerre, à deux pas de chez nous. Des temps de désert qui semblent se superposer les uns aux autres, qui semblent s’éterniser, sans porte de sortie. Que faire alors du Carême, cet autre temps de désert? Comment se réjouir de Pâques?

Notre foi et nos rites sont notre essentiel, c’est ce qui nous «reconnecte» à ce qui fait de nous des femmes et des hommes debout, capables de laisser passer la lumière de Dieu à travers soi, capables de vivre chaque nouveau jour comme une Pâques où la vie l’emporte sur la mort. Face à la peur et aux angoisses, face à la violence des hommes, nous sommes pleins d’Espérance et d’Amour. La force de la solidarité, de la prière et de la compassion sont forces de vie toujours renouvelées.

Jour après jour, pas après pas sur ce chemin vers Pâques, nous pouvons changer le monde. Par un regard plein de bienveillance, posé sur cet autre qui pense ne rien mériter, par un sourire gratuit à ce passant ou ce collègue, par un mot qui va relever celui qui est tombé. Changeons le monde! Le Carême ne se comprend qu’en regard de Pâques. Rappelons-nous: «La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours.»1

Malgré les violences du monde et les difficultés de la vie, nous avons reçu ce don ineffable de pouvoir se laisser sauver par le Christ. Qu’en faisons-nous alors? Pouvons-nous en témoigner dans chacun des actes que nous posons, dans chaque décision que nous prenons? Savons-nous être dans la gratitude et l’émerveillement?

«Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts.» (1 Pierre 1, 3)

Pape François. La joie de l’Evangile – Exhortation apostolique. 2013.

Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus?

PAR LE CHANOINE PHILIPPE AYMON
PHOTO : BENOIT BRUMMER

Ne faudrait-il pas d’abord se poser la question: ce monde n’est-il vraiment plus chrétien? Qu’il y ait des régions qui ne l’ont jamais été, c’est une évidence. Mais sommes-nous bien d’accord pour dire que l’Occident, l’Europe, le Valais ne sont plus chrétiens? Ne pensons-nous pas que les reliquats culturels du christianisme font encore de notre société «un monde chrétien»?

En décembre, j’ai commis un sermon qui abordait justement cette question et dont le refrain était : « Le christianisme est mort, mais il ne le sait pas encore. » Le christianisme non pas comme foi et conviction personnelle, mais comme phénomène social. Mort, comme l’était le communisme du début des années 80, alors que l’URSS avançait par la force de l’inertie avant de s’écrouler complètement. Une inertie qui est certainement le « moteur » du catholicisme d’aujourd’hui.

Chantal Delsol, Professeure de Philosophie, a publié un livre intitulé : « La fin de la chrétienté » (Le Cerf 2021), qui dresse un tableau douloureux du fait religieux dans nos sociétés. Guillaume Cuchet, dans une interview qui traite du même sujet, a cette phrase terrible : « Les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent les derniers chrétiens de la famille. » N’oublions pas qu’il est inutile de s’en prendre à l’infirmière et de casser le thermomètre, sous prétexte que l’on refuse de reconnaître que l’on a de la fièvre !

Pour notre diocèse, la lettre pastorale de Mgr Brunner : « Rencontrer le Christ aujourd’hui », publiée en 2003, nous interpellait sur le même sujet. Comment avons-nous répondu aux réflexions de l’ancien évêque de Sion ? Vingt ans plus tard, force est de constater que la fièvre n’a pas baissé et que le malade attend toujours un remède…

N.B. : Pour aller plus loin dans la réflexion, on trouvera sur le site des paroisses de Sion (https://paroisses-sion.ch), à la page Cathédrale :

– La lettre pastorale de Mgr Brunner.

– Une brève vidéo qui est une interview de Mme Chantal Delsol.

– Une interview de Guillaume Cuchet intitulée : « Quel avenir pour le catholicisme ».

Et alors ?

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTOS : CATH.CH / GRÉGORY ROTH, DR

«Un changement d’époque», plutôt qu’«une époque de changement», voilà le constat du pape François. L’écroulement – accéléré par le tsunami de la révélation (enfin !) des abus par le clergé – de l’institution Eglise et de ses codes est bien visible dans notre hémisphère: logiquement, moins de prêtres (même en Pologne qui s’en lamente !).

Alors soit on rafistole à coup d’«Année du prêtre», de veillées de prière pour des vocations sacerdotales et religieuses, de cybercurés (à la gamme de pertinence fort discutable d’ailleurs…), soit on change de lunettes, voire de «logiciel intérieur», et on relit: alentour (par les périphéries d’abord), le monde entier (et pas juste notre nombril centre-européen), et… l’Evangile. Et c’est plus que réjouissant!

«Le monde nouveau» promis par l’Apocalypse est déjà en route, avec le timonier François: ces milliers de jeunes engagés pour la défense des humains, des migrants, des bannis de la société, de la nature, des animaux, de la mer… ; ces milliers de femmes qui gouvernent, décident, commandent, rassemblent, bénissent, prêchent au sein de maintes communautés spirituelles et pas que chrétiennes ; etc. Ces fameux « signes des temps » invoqués déjà par Jean XXIII en 1958: ils sont là, bien visibles, inexorables! L’Eglise, c’est le «laios tou theou», le Peuple de Dieu – les laïcs! – au service du monde.

Dans quel monde vivons-nous ?

PAR L’ABBÉ JEAN-MICHEL MOIX
PHOTO : EXTRAIT DE LA REVUE CATÉCHÉTIQUE

«À LA RENCONTRE DE DIEU», TRANSMETTRE, ANNÉE 3, 2016, PP. 8-9

Nous vivons dans une société en pleine mutation, où les progrès technologiques changent notre mode de vie et promettent un avenir enchanteur… où l’homme est défini désormais comme un «objet interconnecté», où l’on parle de l’homme «augmenté».

Mais reprenons. «Hier» une révolution industrielle s’est opérée lorsque l’on a réussi à convertir de la vapeur d’eau bouillante en énergie pour faire fonctionner des trains ou des bateaux à vapeur… Par la suite, une seconde révolution industrielle s’est opérée lorsque l’on a produit une nouvelle source d’énergie : l’électricité, à partir d’une chute d’eau ou d’un moteur à explosion (pour les voitures). Puis, vint la 3e révolution industrielle avec le développement de l’informatique, des ordinateurs. A présent, nous sommes entrés dans une 4e révolution industrielle : celle de l’intelligence artificielle, celle de la numérisation, celle de la nanotechnologie (avec le développement notamment de nouveaux « vaccins »…).

Bref ! La tentation est grande de demander à la technologie ce que la foi nous faisait demander à Dieu : parvenir à l’immortalité, accéder à un bonheur (terrestre) qui rappelle l’Eden de nos premiers parents Adam et Eve…

Mais n’est-ce pas la grande illusion, le grand mensonge de notre temps ? Se passer de Dieu, vivre comme si Dieu n’existait pas, reléguer la foi dans le domaine privé, définir soi-même ce qui est bien et ce qui est mal ? N’est-ce pas une utopie vouée à la ruine, à l’échec ? Sous couvert de société parfaite ou de race supérieure, le nazisme ou le communisme s’y sont essayés et ils ont échoué… Est-ce que l’humanité a appris de ses erreurs ?

Dans la conception chrétienne du Moyen Age, il y avait la conscience que le monde dans lequel nous vivions était issu de Dieu, était Sa création, l’homme y compris. Il y avait la foi que si Dieu avait créé le monde pour l’homme, l’homme devait ensuite rapporter toute chose à Dieu. Aujourd’hui, dans un monde qui a perdu la foi, dans un monde qui se veut être connecté à tout, le drame c’est que l’homme s’est « déconnecté » de Dieu. L’homme renie son état de créature vis-à-vis de Dieu. L’homme nie ainsi sa dépendance à Dieu, oublie qu’il a besoin d’entrer en relation avec Dieu, pour l’aimer, pour le prier, pour l’adorer. L’homme contemporain qui vit comme si Dieu n’existe pas réalise ainsi la parole que Dieu adresse à l’église de Laodicée, dans le livre de l’Apocalypse : « Tu dis : – je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien – et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3, 17)

La tendresse du Père

Elisabeth Parmentier a pris ses fonctions de doyenne de la faculté de théologie de Genève en juillet dernier. Rencontre avec la première femme nommée à la tête de cette vénérable institution depuis sa création.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER

Elisabeth Parmentier

En tant que première doyenne de la faculté, quels sont les projets que vous souhaitez particulièrement mettre en œuvre?

Que la théologie devienne accessible et compréhensible par tous. C’est un concept que la plupart de nos contemporains ne comprennent plus, car ils ne savent pas ce que cela recouvre. Mon premier but et celui de tous les enseignants de la faculté est de montrer la pertinence de la théologie aujourd’hui dans les questions du monde. Toutes les questions qui «agitent» l’être humain touchent à la théologie.

Comment ramener la théologie au cœur de la société et ne pas la confiner aux auditoires universitaires?

On pense souvent que les facultés de théologie sont des lieux pour former des pasteurs ou des catéchètes, alors que nous nous adressons à un auditoire bien plus large. Les gens cherchent un sens au monde, à leur vie. Toute cette catégorie de personnes est en recherche de réflexion de qualité par rapport à la vie. Pour former les esprits à l’interprétation du monde d’aujourd’hui, nous proposons tout un éventail de disciplines pour montrer en quoi la théologie a toujours sa pertinence.

Pourquoi un tel besoin de sacré, aujourd’hui, dans nos sociétés laïques?
Le monde de plus en plus rationalisé, tourné vers la réflexion cartésienne et technologique, pousse l’être humain à rechercher quelque chose de plus profond. Cette quête spirituelle habite l’être humain. Les religions traditionnelles ont souvent été décevantes du fait de leur institutionnalisation. Malheureusement, ce besoin de spirituel étant souvent identifié aux Eglises, il y a rejet. Les gens pensent alors qu’il n’y a plus rien d’intéressant à rechercher dans cette direction. Les Eglises sont comme les êtres humains, avec leurs limites, mais cela n’amoindrit pas la qualité de leur message.

En tant que spécialiste de théologie féministe, quel est le rôle de la théologie dans la place accordée aux femmes ?

La théologienne a pris ses fonctions de doyenne en 2018.

La transmission du christianisme a été adaptée aux cultures en place. Pour être accepté, le christianisme a coupé le côté nouveau et révolutionnaire du message de Jésus-Christ. Dans la plupart des sociétés dans lesquelles le christianisme s’est développé, les hommes étaient dans la vie active et les femmes au foyer et il s’est accommodé à cela. Les lectures féministes des textes bibliques essaient de les relire au-delà de ce que la tradition a «enrobé» autour. En regardant vraiment les mots et les expressions utilisées, le texte est réellement plus ouvert que ce que la tradition en a fait. Elle a polarisé sur un seul aspect alors que les textes, dans leur sens premier, brisent les stéréotypes.

Que pensez-vous de l’idée de l’Eglise protestante de Genève de «démasculiniser» Dieu ?
Je pense que la question centrale est mal comprise du grand public. En réalité, il ne s’agit pas de caser Dieu dans un attribut masculin ou féminin. Dès le début de la tradition chrétienne et de l’Ancien Testament, il a toujours été clair qu’Il est au-delà de toutes les images. Ce qui se trouve derrière cette demande, du côté catholique comme protestant, est d’insister sur la relation aimante de Dieu avec les humains, avec des analogies comme la miséricorde et la tendresse, classiquement attribuées au féminin, peut-être à tort. Certaines femmes expliquent qu’être absentes du langage condamne à l’invisibilité. Il est important qu’il n’y ait pas de polarisation entre le féminin et le masculin, mais que cette diversité de langage soit présente. Et cette diversité est nécessaire, car aucune comparaison ne veut «décrire» Dieu, mais est langage de relation. Malheureusement avec des titres comme «démasculiniser Dieu» nous nous trouvons en plein dans les clichés.

Biographie express

Née en 1961 à Strasbourg, Elisabeth Parmentier est une théologienne protestante française et professeure de théologie pratique à l’université de Genève. Spécialiste d’œcuménisme et de théologie féministe, elle a pris ses fonctions de doyenne en 2018.

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