C’est toujours pour l’ensemble de l’humanité, aujourd’hui et à travers tous les siècles, qu’une eucharistie est célébrée. Le sacrement revêt une portée vraiment universelle.
Dans le récit de l’institution selon le premier évangile (Matthieu 26, 26-29), Jésus prend le pain, le bénit, le rompt et le partage en s’identifiant à lui dans son corps. Puis il fait de même pour le vin en parlant du sang de l’Alliance nouvelle « répandu pour la multitude en rémission des péchés ».
Ainsi donc, lorsqu’il désigne les destinataires de cette offrande de lui-même, il englobe les êtres humains de toutes les générations : personne n’en est exclu. La remise des fautes ne connaît pas de limite ni de temps ni d’espace puisque le Christ s’est uni à tout homme et toute femme par la grâce de son incarnation, de son parcours de vie terrestre, de sa mort sur la croix et de sa Résurrection.
Quel sens cela a-t-il donc de formuler une « intention de messe » pour telle personne donnée ? C’est, d’une part, se focaliser sur l’effet salvifique et libérateur du don total de Jésus-Christ pour cet être précis et exprimer que l’amour infini du Seigneur l’enserre dans sa bienveillance.
C’est ensuite permettre à ses proches de manifester leur proximité particulière avec leur défunt en inscrivant en quelque sorte son nom sur les paumes des mains et dans le cœur de Dieu.
C’est également fournir l’occasion à la globalité de la communauté de faire mémoire de la personne décédée, de rendre grâce pour ce qu’elle a réalisé et la recommander à la tendresse du Père.
C’est aussi entretenir activement la foi en la communion des saint(e)s proclamée par le Credo, les vivants et les morts, de manière à ce qu’en Jésus se vive la plus intense des solidarités que rien ne peut arrêter.
C’est enfin donner un moyen concret et efficace de faciliter le chemin de deuil pour tous ceux et celles qui ont connu le défunt et baliser la prise de congé d’avec sa présence terrestre comme autant de petits cailloux semés sur son chemin vers la vie éternelle.
Parler d’une « intention », c’est manifester l’orientation conférée à l’acte d’offrande de la célébration et la confier totalement à la bonté divine qui seule en connaît la portée.
Lors de la récente messe à Saurimo, Léon soulignait notamment que le Seigneur nous demande « si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt ».
Par Thierry Schelling | Photo : Vatican News
Le saviez-vous ? Le Pape, qui célèbre quantité de messes, n’y applique jamais une intention tarifiée, comme ce numéro de L’Essentiel le thématise dans son Eclairage. Imaginez la cohue pour glisser le nom d’un proche, défunt ou malade, dans la poche du Pontife pour qu’il le « post-it » sur le maître-autel de Saint-Pierre !
Avec la bigoterie frisant l’indécence mercantile, qui pourrait s’y attacher ? Ce à quoi d’ailleurs Léon XIV vient de répondre lors de la messe à Saurimo (20 avril 2026) pendant son périple africain : « Le Seigneur […] nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. […] La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas. Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin et tant que l’on en a besoin. [La foule] ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt. »
Intentions de prière
Par contre, en 1844 déjà, un réseau de prière appelé Apostolat de la prière, qui aujourd’hui est présent dans 92 pays, compte 22 millions de participant.e.s catholiques. Que font-ils ? Au gré des mois et des années, les fidèles prient « aux intentions du Pape ».
Du coup, chaque année sont publiés non seulement les thèmes mensuels, mais également une vidéo de quelques minutes avec le Pape lui-même qui est mis en scène et / ou parle lui-même succinctement sur le thème retenu.
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Noemi Honegger-Willauer, représentante de l’évêque pour la pastorale de la santé du diocèse de LGF, est l’auteure de cette carte blanche.
Par Noemi Honegger-Willauer Photo : DR
Le philosophe Martin Buber a formulé cette phrase célèbre : « Toute vie véritable est rencontre. » Cette idée s’accompagne de la conviction que les êtres humains ne peuvent développer leur identité qu’au contact des autres.
C’est dans des rencontres authentiques qu’une personne devient elle-même. La pensée de Buber fait écho à mon expérience d’accompagnante spirituelle. Mon quotidien est marqué par les rencontres. Des rencontres courtes avec une profondeur parfois surprenante. Des rencontres longues et touchantes. Des rencontres régulières au fil des mois, voire des années, pendant lesquelles les personnes suivies subissent des thérapies et des traitements intensifs.
Ces rencontres ne témoignent pas seulement de la fragilité et de la vulnérabilité de l’être humain, mais aussi souvent de vies intensément vécues : de moments de bonheur, de ruptures difficiles à surmonter, d’opportunités manquées et de déceptions, mais aussi de rêves réalisés.
Au cours des échanges, les souvenirs sont réinterprétés et compris à la lumière de la biographie personnelle : le patient ou la patiente se découvre de manière nouvelle et inattendue. Et cela vaut aussi pour moi. Les rencontres à l’hôpital me touchent et me transforment.
Identifier craintes et espoirs
En tant qu’accompagnants spirituels en milieu de santé, nous sommes présents pour toute personne qui le souhaite, indépendamment de sa religion ou de ses convictions. Sans porter de jugement, notre accompagnement vise à ce que la personne suivie identifie ses émotions, ses craintes et ses espoirs ainsi que ses valeurs.
Ensemble, nous essayons de trouver des mots pour exprimer le vécu et de le mettre en relation avec le parcours de vie personnel. A la lumière de nos échanges, nous encourageons les patients à communiquer leur point de vue et leurs attentes auprès de l’équipe soignante.
Dans toutes ces démarches, nous gardons toujours à l’esprit l’autonomie du patient que nous souhaitons renforcer par notre accompagnement. Nous contribuons ainsi à un système de santé qui place l’être humain, les rencontres et donc la vie au centre.
Du grec Kharisma, « don gracieux ». Il s’agit d’un don spirituel, le don de prophétie comme le don de guérison sont des charismes. Nous trouvons un énoncé des principaux charismes dans les deux Epîtres de saint Paul aux Corinthiens. Ces dons sont accordés par l’Esprit Saint. Tout don est un charisme. Les prophètes de l’Ancien Testament, Jésus chassant les démons, les apôtres se mettant à parler en différentes langues le jour de la Pentecôte sont des personnages charismatiques. Directement lié à la Bible, le mot charisme n’est entré dans le langage courant qu’au début du XXe siècle. Aujourd’hui, il est surtout utilisé pour signifier l’influence suscitée par une personnalité d’exception.
Par Véronique Benz
Humour
Dans un pays où sévissait une terrible sécheresse, des paroissiens allèrent trouver le curé pour lui demander de célébrer une messe pour que le Seigneur fasse pleuvoir sur leurs terres desséchées. Le curé leur répondit que la liturgie a prévu ce genre d’intention et fixa avec eux l’heure et la date. Le jour venu, l’église était bondée. Du haut de sa chaire, le prêtre posa cette question à l’assemblée : « Frères et sœurs, avez-vous la foi ? » Un grand oui s’éleva de toutes les lèvres des fidèles. Le curé reprit : « Eh bien, moi, je n’en suis pas si sûr ! En effet, je m’aperçois que personne d’entre vous n’est venu avec son parapluie ! »
Le Pape invitait, en avril dernier, à redécouvrir la vocation comme une expérience enracinée dans la rencontre personnelle avec Dieu. A cet effet, le Centre Romand des Vocations (CRV) lance un cycle de prière pour les vocations presbytérales et religieuses, afin de « préparer les cœurs à répondre généreusement à son appel ». Rencontre avec la coordinatrice du CRV, Mathilde Celeyron.
Depuis février 2025, Mathilde Celeyron est coordinatrice au CRV.
Par Myriam Bettens | Photos : Jean-Claude Gadmer
Le Pape parle de la vocation comme « un don reçu qui doit se nourrir de la relation quotidienne avec Dieu ». Ce déclin n’est-il pas d’abord lié à une crise de la transmission de la foi ? Il y a peut-être des choses à revoir dans notre manière de transmettre la foi, mais je pense surtout que nous n’osons plus interpeller les jeunes sur ce à quoi ils sont appelés. De plus, il y a une vraie incapacité contemporaine à « s’arrêter » et à accepter l’inactivité. Or, le Pape insiste sur la relation au Seigneur, le silence et l’écoute de la Parole de Dieu pour découvrir quelle est cette vocation. Un retour à cette possibilité de s’arrêter et de prier me semble plus que nécessaire.
Cette crise ne montre-t-elle pas aussi un « vide » dans notre compréhension de ce qu’est – et de ce que veut être – l’Eglise aujourd’hui ? Nous sommes dans une génération où les jeunes ont soif et cherchent des réponses. Ils reviennent toquer à la porte de l’église. Sommes-nous, en tant qu’Eglise, prêts à leur donner les réponses qu’ils cherchent ? En effet, l’Eglise a peut-être besoin de dire plus clairement ce à quoi nous sommes appelés [ndlr. la sainteté]. Ainsi, les catholiques n’auraient plus « peur » de dire ce qu’ils sont.
Depuis Vatican II, toutes les vocations ont la même dignité. Or, dans les faits, une hiérarchisation demeure. De mon côté, je ne pose pas le même constat. Je remarque plutôt l’inverse, où toutes les vocations ont subi un effet de lissage, alors que chacune garde sa spécificité. Hiérarchisation, non, mais pas d’excès inverse non plus. Cela ne doit pas conduire à « rabaisser » le prêtre, dont l’appel à célébrer la messe et à dispenser les sacrements demeure irremplaçable.
D’ailleurs, beaucoup de laïcs en Eglise se plaignent du manque de reconnaissance et de moyens. Il ne faut pas nier la réalité de ce sentiment et en faire quelque chose par le dialogue et la revalorisation mutuelle. Toutefois, le pape François a rappelé la pleine place des laïcs en Eglise dans un travail de collaboration, mais avec des rôles différenciés issus d’appels distincts.
Ne serait-ce pas aussi un moment opportun de redéfinition structurelle… voire théologique ? En temps de crise, nous sommes tous tentés de faire table rase pour recommencer. Même si c’est difficile, dans notre volonté de contrôler, je plaide pour un acte d’abandon. Le but de la prière est aussi de revenir à cet essentiel : la totale confiance en Dieu.
Remettre la prière au centre
Entre la Journée Mondiale des Vocations 2026 et celle de 2027, le Centre Romand des Vocations (CRV) lance une année de prière dédiée aux vocations presbytérales et religieuses. Celle-ci s’inscrit dans un cycle de quatre ans couvrant l’ensemble des vocations. Le projet veut replacer la prière – personnelle et communautaire – au cœur de la vie des fidèles et des jeunes, afin qu’ils retrouvent la relation au Christ et osent se poser la question de leur appel. Pour concrétiser cette démarche, le CRV propose des vidéos, publiées sur les réseaux sociaux, afin de nourrir la réflexion et le discernement, une chaîne de prière portée par plusieurs communautés religieuses de Suisse romande et un pèlerinage entre l’Abbaye d’Hauterive et Notre-Dame de Bourguillon. Le CRV propose aussi toute une série de camps pour les jeunes (Camps Voc’). Plus d’informations sur : www.vocations.ch
Bio express
Originaire de la région parisienne, Mathilde Celeyron a effectué des études de psychologie et philosophie à l’Institut de Philosophie Comparée (IPC), puis un master en communication à Angers. En 2022, elle s’installe à Fribourg avec son mari. Trois enfants viennent agrandir la famille. Entretemps, la trentenaire est gagnée par l’envie de s’engager pour les autres et en Eglise, elle rejoint bénévolement l’association Lazare, puis accepte de devenir référente suisse pour les Associations Familiales Catholiques (AFC). Deux fonctions qu’elle occupera jusqu’à sa nomination, début février 2025, en tant que coordinatrice du CRV. Elle partage cet engagement professionnel avec un emploi à l’Institut Philanthropos.
Dans sa jeunesse, bien avant de devenir saint, Augustin s’est égaré sur des chemins erronés sur le plan idéologique et moral.
Par Paul Martone | Photo : wikipédia
Saint Augustin compte parmi les plus grands docteurs de l’Eglise chrétienne.
Il est né en 354 à Tagaste (Afrique du Nord), sans être encore saint. Son père était fonctionnaire municipal, sa mère était sainte Monique. Cependant, au cours de sa formation, Augustin s’égara sur des chemins erronés sur le plan idéologique et moral. Jusqu’en 384, il a entretenu une relation amoureuse dont est né un fils qu’il a appelé « Adeodatus ». Etudiant, Augustin a adhéré au manichéisme. Ce mouvement religieux conçoit le monde comme une lutte entre deux principes éternels : la lumière et les ténèbres ou le bien et le mal. Après avoir terminé ses études, Augustin enseigna à Tagaste et à Carthage, puis fut professeur de rhétorique à Milan. C’est grâce aux épîtres de saint Paul et surtout aux sermons de l’évêque de Milan, saint Ambroise, qu’il trouva le chemin du christianisme. Dans un jardin de Milan, il entendit une voix qu’il interpréta comme la voix de Dieu. Elle lui dit : « Prends et lis ! » Augustin se plongea alors dans l’étude de la Bible et se fit baptiser avec son fils lors de la veillée pascale de 387.
Quelques mois plus tard, il quitta Milan pour retourner dans sa patrie africaine. Augustin devint prêtre et évêque d’Hippone, qui était alors la deuxième ville la plus importante d’Afrique. C’est là qu’il devint un grand prédicateur à l’éloquence remarquable et un éminent auteur théologique. Il prit une part active à tous les grands conflits qui secouèrent l’Eglise d’Afrique du Nord. Parallèlement, il produisit une œuvre philosophique et théologique colossale, grâce à laquelle il influença la théologie pendant des siècles. Son autobiographie compte parmi les textes les plus influents de la littérature universelle. Il mourut le 28 août 430 et fut proclamé docteur de l’Eglise en 1294.
Bon nombre de ses citations restent d’actualité aujourd’hui encore : « Dieu entend mieux un sanglot qu’un appel. » « La vie des parents est le livre que lisent les enfants. » « Vous dites que nous vivons une époque difficile et misérable. Vivez bien, car c’est en menant une vie vertueuse que vous changerez le cours des choses. »
L’ouïe est l’un de nos cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher). Entendre suppose qu’il y ait du son dans notre environnement.
Dans les Ecritures, le son est très présent, il symbolise la création, la présence divine, l’appel, la transformation, le jugement, l’harmonie, la révélation. Le son devient ainsi une passerelle entre matière et esprit, visible et invisible, humain et divin.
Pour la Physique, le son est une vibration mécanique qui se propage dans un milieu matériel comme l’air (plus généralement un gaz), l’eau ou les solides ; si ce milieu matériel est absent, il n’y aura pas de son : entre les planètes et les étoiles, la densité de particules est si faible que les vibrations sonores ne peuvent pratiquement pas circuler. Contrairement aux scènes de science-fiction, une explosion dans l’espace serait visuellement spectaculaire, mais silencieuse pour une oreille humaine. Le son naît lorsqu’un objet entre en vibration : une corde de guitare, une membrane, les cordes vocales ou même les plaques tectoniques. Ces vibrations déplacent les particules du milieu environnant sous forme d’ondes successives de compression et de dilatation. Plus le milieu dans lequel la vibration est générée est dense, plus rapide sera la vitesse de propagation du son (343 m/s dans l’air à 20° C, dans l’eau 1480 m/s, dans l’acier 5900 m/s, dans le vide 0 m/s).
Notre cerveau interprète ces vibrations grâce à un mécanisme complexe. Les ondes sonores pénètrent dans l’oreille, font vibrer le tympan puis sont transformées en signaux nerveux transmis au cerveau. Celui-ci analyse alors la hauteur, la distance et l’origine des sons et induit alors une réaction de notre corps.
Le son joue un rôle fondamental dans la communication, la musique et la perception de l’espace. Scientifiquement, il révèle aussi la structure du monde invisible : les ultrasons explorent le corps humain, les ondes sismiques étudient l’intérieur de la Terre et les vibrations cosmiques permettent d’observer l’univers.
Ce rôle fondamental du son nous explique pourquoi il est si présent dans les Ecritures et possède tant de signification symbolique. Jean-Marie Pelt aimait le son, le bruit de la nature : dans son livre Les langages secrets de la nature, il nous expliquait que les sons naturels comme le chant des oiseaux, le meuglement d’une vache, le bruit d’une rivière, le bruit du vent dans un arbre par exemple, constituent une forme d’équilibre vivant qu’il faut absolument protéger.
Assis dans un café, en face de moi, Pierre Vianin parle aisément. Je perçois directement l’enseignant et le pédagogue. Il me raconte sa vie, ses engagements, sa passion pour la lecture et pour l’écriture… Le fil rouge de son histoire est sans aucun doute le verbe. Le verbe comme parole, comme mot, mais aussi le Verbe de Dieu.
Par Véronique Benz | Photo : DR
Marié à Ursula et parent de trois filles adultes, Pierre prendra officiellement sa retraite à la fin juin. Après une formation en pédagogie curative à Fribourg, Pierre a d’abord travaillé dans l’enseignement spécialisé. Puis pendant près de 24 ans à la HEP du Valais tout en gardant un 30 % pour l’appui scolaire. Pour cet homme très investi dans son travail, la retraite représente une période particulière. « J’ai beaucoup prié pour savoir ce que j’allais faire de ma retraite et j’ai eu une réponse ! Comme quoi c’est bien de prier ! » Pierre Vianin a décidé de consacrer une « bonne partie » de sa retraite à l’Eglise. Cela semble couler de source pour quelqu’un qui s’est engagé sans relâche.
Pierre est né dans une famille croyante. Il a reçu une éducation chrétienne. « J’ai toujours été croyant et je le suis de plus en plus, même si parfois j’ai douté. » Comme croyant, il dit s’être investi un peu dans l’Eglise. Lorsqu’il m’énumère ses engagements, je trouve le « un peu » superflu. Pierre a été servant de messe et lecteur. Il a fait partie, avec l’abbé François-Xavier Amherdt, de la commission qui a lancé L’Arc-en-Sierre (ndlr. L’Essentiel de Sierre). Avec son épouse, il a suivi la formation aux ministères et service en Eglise (FAME) qui s’appelle aujourd’hui le parcours Théodule. Puis, il fut pendant dix ans le rédacteur responsable du journal paroissial de Sierre. Pendant une dizaine d’années, en lien avec un prêtre, Pierre et son épouse Ursula se sont occupés de la préparation des jeunes au mariage.
Pierre a coécrit avec l’abbé Amherdt un livre sur la pédagogie du Christ (voir ci-contre). Depuis une petite année, il est membre de l’équipe de rédaction de la page Eglises du Nouvelliste.
Enfin, avec son épouse et grâce à une copine, « j’ai découvert il y a cinq ans les écrits de Maria Valtorta, une mystique italienne. Cartésien de nature, j’ai été plutôt sceptique au départ. Puis j’ai lu les dix volumes et j’ai trouvé cela magnifique. Ces ouvrages m’ont aidé à approfondir ma foi. Lorsque j’en ai parlé autour de moi, j’ai constaté que personne ne connaissait Maria Valtorta. » Conscient que ces écrits ne sont pas reconnus officiellement par l’Eglise, Pierre, avec son épouse et trois autres personnes, a fondé l’Association Maria Valtorta, dont le but est de promouvoir la lecture de ses œuvres. « L’expérience me montre que les gens qui lisent Maria Valtorta approfondissent les Evangiles et se rapprochent de l’Eglise. Et ce fut en effet mon cas. »
A travers tous ses engagements, Pierre approfondit sa foi et comble sa passion pour l’écriture. Il trouve également les rencontres très enrichissantes. Bonne retraite au service du Christ et de sa mission !
Un souvenir marquant de votre enfance ?
Dès l’âge de 10 ans, je savais que je voulais devenir enseignant. Lorsque j’ai passé l’examen pour entrer à l’Ecole Normale, une de mes tantes a prié sainte Rita. J’ai appris des années plus tard que c’était la sainte des causes désespérées ! Vous imaginez la confiance de ma tante dans mes capacités à m’en sortir tout seul !
Votre moment préféré de la journée ?
Après une journée bien chargée, se retrouver le soir dans sa chambre, tranquille, avec un bon bouquin dans les mains. C’est le bonheur absolu !
Votre principal trait de caractère ?
Calme, très calme et lent, très lent. J’ai la chance d’être quelqu’un de passionné. Je suis aussi un peu naïf !
Le livre que vous avez lu plusieurs fois ?
Naturellement, les livres de Maria Valtorta, mais il y a également deux livres de François Varone qui m’ont transformé : Ce Dieu absent qui fait problème et Ce Dieu censé aimer la souffrance.
Une personne qui vous inspire ?
Le Christ. Je suis admiratif du sens de la répartie du Christ, par exemple quand il dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Une citation biblique qui vous anime ?
J’aime beaucoup le prologue de saint Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. » (Jean 1, 1)
Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin
Des livres
Convertissons-nous ! Guillaume Soury-Lavergne
Comme paroissiens, face aux crises et à l’ampleur des défis à relever, nous pouvons être tentés de nous démobiliser, voire de désespérer. Pourtant, pour que Dieu puisse agir dans notre faiblesse et faire advenir son Royaume, il nous faut prier ensemble et convertir nos habitudes. Le père Soury-Lavergne, fort de vingt années de vie sacerdotale, nous souffle une réflexion parfois audacieuse, souvent drôle et toujours concrète sur la vie paroissiale, fondée sur la parole de Dieu et le magistère de l’Eglise. S’adressant à tout baptisé, il dresse un état des lieux réaliste, illustré par son expérience, et détaille avec enthousiasme cette mission que Jésus nous a confiée. Ses conseils pratiques nous encouragent à poursuivre la conversion pastorale et personnelle pour renouer enfin avec la victoire de la vie !
Renaître et Vivre Thibaud Guespereau – Henri Vallançon – Thibaud Collin
Quelle joie de voir aujourd’hui tant d’adultes demander le baptême ! Ce signe d’espérance est aussi un appel pressant pour les pasteurs et les accompagnateurs : aider ces nouveaux croyants, souvent jeunes, à enraciner leur foi afin qu’elle grandisse et porte du fruit jusqu’à la vie éternelle. Comment soutenir ces commencements fragiles ? Comment conduire les catéchumènes vers une foi solide et vivante ? En prenant appui sur des contributions scientifiques, théologiques et philosophiques, ce livre donne des repères pour comprendre le temps présent, accueillir l’action de la grâce et entrer avec réalisme dans le combat spirituel. A l’écoute de l’histoire et des maîtres de la vie intérieure, il ouvre des pistes permettant de renouveler l’accompagnement des catéchumènes.
Si l’on devait compter toutes les sollicitations qui jalonnent nos journées, nous pourrions aisément nous sentir submergés, voire perdre le sens de l’orientation. Prêter attention à chacune d’elles est impossible : notre esprit trie sans cesse entre des courants qui s’entrechoquent et s’entremêlent. Ce livre s’adresse à celles et ceux qui souhaitent interroger leur rapport à la société actuelle. Dans un monde qui questionne la place des religions et bouscule nos repères, il n’est pas toujours simple d’ancrer sa vie et de tenir une direction. La multiplication des sollicitations et la course en avant éprouvent aussi notre capacité, en tant que disciples du Christ, à assumer notre véritable identité.
Et si chaque repas était l’occasion de se tourner ensemble vers Dieu, dans la gratitude et la confiance ? Ce livre propose des bénédicités pour chaque jour de la semaine, mais aussi pour les grandes étapes de l’année liturgique et les moments forts de la vie familiale : anniversaires, fêtes, examens, sacrements, sans oublier les périodes plus douloureuses. Puisées dans la Parole de Dieu ou inspirées de paroles de saints, ces courtes prières invitent à placer Dieu au cœur du quotidien.
Quels sont les ingrédients d’une Patronale réussie ? Puplinge nous l’a démontré, samedi 25 avril, à l’occasion du Dimanche du Bon Pasteur. Photos à l’appui, voici quelques pistes de réponse.
Rassembler. Une Patronale est l’occasion rêvée pour rassembler plus large que son petit cercle de connaissances. C’est l’occasion d’inviter large et le fait qu’il n’y ait qu’une seule messe dans l’UP contribue à cela, laissant libres les personnes qui ne voudraient pas participer à cette invitation de venir ou pas. C’est sûr que c’est triste de se dire que pour je ne sais quelle raison, d’aucun.e.s rechigneraient à « faire le déplacement », si court soit-il.
Réjouir. La liturgie, simple, chantante et joyeuse, n’a pas souffert d’arabesques interminables ou de chichis baroques. Non. La chorale de Chêne-Thônex a prêté son concours, et même si réduite ce jour-là, a animé l’assemblée… qui a cherché un peu son unisson vocal avant de trouver le ton juste. C’est exactement cela, le sens de l’eucharistie : trouver ensemble la note commune pour moduler sa voix dans le concert des chantres de Dieu.
Régaler. L’homélie de notre Père Sviatoslav, la concélébration des trois prêtres de la Région, rejoints par nos collègues laïcs au moment de la communion, puis le buffet dressé dehors – merci Sieur Soleil – ont régalé. Pas seulement de l’eucharistie, pain de vie, mais grâce au savoir-faire libanais de nos amphitryonnes efficaces et modestes. A observer discrètement, tout le monde s’est resservi au moins deux fois ! Autant à l’eucharistie – Parole et Pain – qu’auprès des plats savamment préparés à l’apéro sur le parvis.
Rassembler, réjouir, régaler. Et repartir. Oui, une messe, un apéro, tout ce qui sert la convivialité entre disciples du Christ a un but missionnaire : repartir avec la joie au cœur, l’estomac plein, le cœur rempli, et ma foi (ce n’est pas peu dire !), la joie d’être témoins du Christ le Bon Berger. Qui ne nous tient pas servilement sous sa houlette, mais nous appelle à devenir à notre tour bergères et bergers là où nous vivons, aimons, travaillons, souffrons, rêvons, croyons…
Le trio local !Apéro approuvé !Merci à Flavia et Yona et aux bergères et bergers au service de tous !Eglise du Bon Pasteur illuminée.
Par Thierry Schelling Photo : Chrystophe Rakotondranaivo
Why so ? Une messe en anglais à Saint-Joseph ne vient-elle pas contredire le plan diocésain de réduction des « prestations liturgiques » dans un esprit de regroupement communautaire ?
Eh bien… oui et non. Il n’empêche, c’est à la demande de nombreux paroissiens anglophones que cette messe a été proposée, et tend à se pérenniser. Pourquoi ? Parce que les fidèles sont en majorité philippins, ont des horaires de travail – pas toujours déclaré d’ailleurs par leurs employeurs ! – infernaux, des emplois aux quatre coins du canton, et peinent à se rassembler dans la sérénité sur la Rive gauche. Nombreux sont celles et ceux qui fréquentent… fréquentaient la messe de 18h à St-Jo et en français.
Cette messe en anglais est mensuelle, et donc, le reste du mois, ces fidèles participent à l’habituelle messe du samedi soir. C’est un compromis : desservir une communauté qui a besoin de se retrouver et de comprendre « de A à Z » les paroles de la messe, de l’homélie, des prières, etc., et pouvoir s’exprimer tout pareillement. Puisque le reste du temps, c’est le français qui domine à la célébration. Leurs emplois du temps, leurs vies parfois clandestines, leurs employeurs n’aident en rien à ce qu’ils et elles apprennent le français, tant il est vrai que l’on peut vivre à Genève des décennies sans devoir parler le français ! C’est le paradoxe des villes internationales…
In any case, un chœur anime ces célébrations, une team, Marlene et Lynette aux commandes, coordonne le tout, notamment lectrices et autres. Et c’est une joie pour le curé de célébrer et prêcher in English « pour le bien des âmes », spécialement pour ces croyant.e.s pas toujours bien considéré.e.s par le tout-venant qui sont si grand.e.s aux yeux de Dieu !
A quand une messe bilingue dans un horaire déjà existant à St-Jo ? Ce sera peut-être la prochaine étape…
Ce n’est pas qu’ils ne nous intéressent pas, mais à force de croiser ces petites mains, on finit par ne plus les voir. De plus, ils et elles sont souvent timides et discrets. Pourtant, ces personnes ont un passé, une histoire. Et qui pourrait bien nous inspirer. Si vous êtes encore avec nous, c’est que cela vous intéresse aussi. Alors allons-y.
Claude Amstutz, notre sacristain, a été touché par une conversion disons… tardive. Son retour à l’Eglise s’est fait à quarante ans passés. En découvrant l’église de Sainte-Thérèse en 1978, ce fut le coup de foudre. Il le dit lui-même : « Je me suis senti chez moi. » Et il a rejoint notre communauté, apportant son bagage acquis lors de son ancien métier de libraire. Vous savez, ce métier qui consiste à « tout » lire, même ce qui ne correspond pas à vos valeurs, simplement par curiosité et respect. Une belle leçon de tolérance et d’ouverture d’esprit. Mais Claude a été plus loin : sa soif de connaissances, il a aussi voulu transmettre. Les réflexions suggérées par ces lectures ne pouvaient pas rester lettre morte. Il lui fallait être le passeur. Non pas le prosélyte, mais le témoin. Dans le domaine littéraire, mais également en musique et en spiritualité. Consultez son blog JUBILATE DEO : c’est éclairant, rafraichissant et profond. De la profondeur qu’on retrouve chez certains religieux. Vocation à laquelle il a pensé très fort. Mais un père carme l’a en dissuadé avec comme argument : « Vous posez beaucoup trop de questions. Pour une vocation réussie, on fonce… » A méditer.
Mais tout engagement n’est que partiel s’il n’est pas suivi par les actes du quotidien. Claude l’a très bien ressenti. Et à la suite d’une rencontre porteuse de sens avec l’abbé Thierry Fouet, il accompagne spirituellement les résidents de l’EMS des Bruyères. Apportant son vécu de converti et de proche aidant. Contrairement à Obélix qui est tombé dedans tout petit, il a gardé le questionnement de sa vie d’avant. Voilà pour les activités hors les murs.
Intra muros, il a endossé les responsabilités de la sacristie, de la gestion des lecteurs, du mouvement chrétien des retraités et la participation au conseil pastoral. Aujourd’hui, son souhait le plus cher reste de continuer à partager foi, valeurs et connaissances. En un mot, ne pas cesser de témoigner…
Le blog Jubilate Deo a vu le jour en décembre 2013 et se veut le reflet des beautés immuables de Dieu, du monde et des hommes.
Proche de la spiritualité du Carmel, il s’efforce néanmoins d’être ouvert aux interrogations et aspirations qui traversent la terre que nous foulons, tantôt d’un pied léger et la joie au cœur, tantôt accablés par ce qui nous dépasse, nous échappe ou semble se dissoudre dans les fissures du Temps.
A découvrir sur le site internet jubilate-deo.com où vous pourrez également vous inscrire pour recevoir la newsletter par courrier électronique : www.jubilate-deo.com
Certaines légendes affirment que le Léman serait né d’un reste du Déluge. Nulle Arche de Noé ici, ni Léviathan tapi dans la rade, mais une exposition temporaire installée sur la jetée des Bains des Pâquis. Léman sacré explore les liens entre le lac, la spiritualité et les pratiques religieuses qui s’y sont développées au cours de l’histoire.
Par Myriam Bettens Photos : Denis Ponté, Marcel Bolomey, Musée du Léman, Myriam Bettens
Alors que Genève émerge à peine de sa torpeur, une dizaine d’habitués, bonnets en néoprène vissés sur la tête, se retrouve chaque matin, et par tous les temps, aux Bains des Pâquis, pour débuter la journée par une baignade dans le Léman. La nage en eau froide réunit, depuis quelques années, un nombre d’adeptes grandissant. Pour eux, les bienfaits sont autant physiques que spirituels. De là à parler d’une immersion dans la transcendance, il n’y a qu’une brasse.
L’eau, substance primordiale, occupe une place particulière dans l’imaginaire mythologique et la pratique religieuse, et le Léman n’est pas en reste. On peut même dire qu’il déborde de multiples légendes ! Il ne s’agit pas ici de mythes entourant ce lac, mais bien de réalités tangibles attestées par des documents, des lieux ou des objets historiques inventoriés à l’occasion d’une exposition sur le caractère sacré du Léman et attestant qu’une intense activité religieuse s’y est développée. Installée sur la jetée de ces mêmes thermes publics, l’exposition Léman sacré vous met directement dans le bain.
Inaugurée à l’été 2025, elle explore plus de deux mille ans d’histoire du sacré autour du Léman. Née de la collaboration entre l’Association d’usagers des Bains des Pâquis (AUBP) et le Musée du Léman à Nyon, elle est le fruit d’une longue enquête. Des musées aux bibliothèques, en passant par les archives, la récolte de témoignages et la consultation de multiples articles de presse, l’exposition balaie un large champ de domaines. Cette investigation documentaire est complétée par la recherche dans les églises et les temples des communes qui bordent le lac, en Suisse comme en France, d’artéfacts religieux tels que vitraux, statues et fresques.
On y rencontre des divinités tutélaires, des dieux romains, des Vaudois (pas nos voisins…mais les autres), des papes qui nous mènent en bateau et même quelques anguilles excommuniées ! Le Léman n’est, certes, pas le Jourdain, pourtant ce plan d’eau a longtemps été utilisé comme « baptistère ». La visite pourrait donc (théoriquement) se clôturer par un baptême de nage en eaux froides… ou pour les plus frileux, du côté de la buvette pour plonger sa fourchette dans un caquelon fumant.
Notre-Dame des Naufragés. Peinture exposée à la Chapelle de Notre-Dame du Lac à Nernier (FR).Les fautives anguilles excommuniées.La jetée des Bains.
Herméneutique, rédemption, Trinité, transcendance, oblation… Ok, j’arrête les « gros mots » de la foi chrétienne. Ces concepts résonnent-ils encore dans le Peuple de Dieu d’aujourd’hui (je m’y inclus, tout prêtre que je suis) ? Demandez aux fidèles leur compréhension de la transsubstantiation… et nous sommes tous hérétiques ! J’ai bien dit « compréhension », pas « définition ».
Tout le monde n’a pas fait « Fac de théo » pour jongler avec ces mots ! Mais de la jonglerie à la pitrerie verbale, il n’y a qu’un pas : dès 10h20, un œil se ferme, puis deux ; un bâillement est retenu… On a perdu le Peuple de Dieu.
Sans parler des sciences bibliques : le péché originel n’est pas dans la Bible. Ah bon ? Mais alors… Le lexique chrétien évolue, comme les langues vernaculaires. Paul, avec ses Lettres, a initié en grec raffiné une première réflexion théo-logique, dans un contexte où les esclaves et la deuxième place des femmes, c’était ok… Mais aujourd’hui ? On me susurre que Paul n’est probablement pas l’auteur de toutes « ses » Lettres ! Quoi ?
Heureusement que l’immanence de la Trinité, où la Seconde hypostase s’est incarnée par pathogénèse, n’empêche en rien la consubstantialité de la divinité par périchorèse tendant à la parousie… Capito ?
Les agents pastoraux utilisent des mots et des phrases dont les fidèles ne comprennent plus vraiment le sens.
L’Eglise a perdu l’art de transmettre son message dans un langage compréhensible. Des expressions et des images intelligibles à l’époque de Jésus ne le sont plus aujourd’hui. Que signifient les mots que nous utilisons ? Essayons un « aggiornamento », c’est-à-dire une traduction des mots anciens dans une forme moderne.
Par Paul Martone | Photos : Unsplash, Pixabay, DR
« Comment l’Eglise va périr dans son langage. » C’est le titre provocateur qu’Erik Flügge a donné à son livre (Der Jargon der Betroffenheit : Wie die Kirche an ihrer Sprache verreckt, Kösel 2016). Il y écrit que dans sa prédication, l’Eglise utilise encore aujourd’hui des expressions et des images qui étaient compréhensibles à l’époque de Jésus, mais qui ne le sont plus pour les hommes modernes. Le réalisateur bavarois Christian Stückl dit lui aussi que l’Eglise a perdu l’art de traduire son message dans un langage accessible. Selon lui, l’Eglise a perdu le contact avec les gens, qui ne reviennent à la foi que lorsqu’ils traversent une période difficile, car ils ne connaissent plus le sens de cette institution.
« Aggiornamento » de la langue
Les deux auteurs ont en quelque sorte raison. Les agents pastoraux utilisent dans les sermons, les liturgies et les prières des mots et des phrases qui leur viennent sans peine aux lèvres, mais dont nous ne comprenons plus vraiment le sens. Dans cet article, explorons la question suivante : que signifient les expressions qu’on utilise dans l’Eglise et comment peut-on les rendre compréhensibles ? Ici, il ne s’agit ni de banaliser la langue ni d’une nouvelle interprétation, mais plutôt d’un « aggiornamento », c’est-à-dire d’une traduction sous une forme moderne. Le langage de l’Eglise doit être proche de tout le monde, il ne doit pas être parlé et écrit pour une petite élite.
La conscience
La conscience est le for intérieur le plus secret de l’homme, où il se trouve seul avec Dieu. C’est la voix intérieure par laquelle Dieu se fait remarquer. Elle le pousse à toujours faire le bien et à s’abstenir du mal sans réserve. La conscience est un jugement de la raison par lequel l’homme reconnaît si un acte donné est bon ou mauvais. Elle peut toutefois être engourdie et induite en erreur. C’est pourquoi il est nécessaire qu’elle soit formée pour devenir un instrument intérieur toujours plus fin de l’action juste, ce qui est une tâche qui dure toute la vie. La première étape de la formation de la conscience est l’autocritique. En effet, nous avons tendance à juger en notre propre faveur. La deuxième étape consiste à s’orienter vers les bonnes actions des autres. La troisième étape, qui est sans doute aussi la référence pour cette école de vie, ce sont les Dix Commandements de la Bible, la Parole de Dieu, la prière quotidienne, ainsi que l’enseignement de l’Eglise. Il faut toujours obéir à une conscience bien formée, même au risque de commettre une erreur. L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience et de prendre ainsi des décisions morales personnelles. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas non plus être empêché d’agir selon sa conscience, en particulier dans le domaine de la religion.
L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience.
La grâce
Le latin peut nous aider à comprendre ce mot, car dans cette langue, la grâce se dit gratia. Ce mot nous rappelle le mot « gratuit ». On peut dire que la grâce est un don que Dieu nous fait, et ce gratuitement, sans condition ni contrepartie. Elle est « l’attention libre et aimante que Dieu nous porte, sa bonté secourable, la force de vie qui vient de lui. La grâce, c’est tout ce que Dieu nous donne sans que nous le méritions le moins du monde » (Youcat, catéchisme de l’Eglise catholique pour les jeunes. N o 338). La grâce nous rend capables de vivre dans l’amour de Dieu et d’agir à partir de cet amour.
L’herméneutique
L’herméneutique, dans le contexte ecclésial, désigne l’art et la science d’interpréter et de comprendre les textes bibliques. Elle cherche à saisir le message originel des Ecritures dans leur contexte historique, linguistique et culturel. En même temps, elle reconnaît que les lecteurs interprètent toujours à partir de leur propre époque et de leur expérience. Dans l’Eglise, l’herméneutique sert à rendre la Bible pertinente pour le présent sans en déformer le sens initial. La tradition, l’enseignement de l’Eglise et l’interprétation communautaire y jouent un rôle important. Son objectif est de rendre le message biblique compréhensible afin qu’il puisse orienter la foi et la vie aujourd’hui.
L’oblation
L’oblation est l’offrande faite à Dieu, souvent sous une forme matérielle ou symbolique. Elle peut se manifester dans la liturgie, notamment lors de l’offertoire, où le pain et le vin sont présentés. Au-delà du geste rituel, elle exprime aussi le don de soi du croyant à Dieu. L’oblation renvoie ainsi à une attitude intérieure de disponibilité et de dévouement. Dans la tradition chrétienne, elle est étroitement liée au sacrifice du Christ, compris comme offrande parfaite. Son but est d’inviter les fidèles à participer à ce mouvement d’offrande dans leur vie quotidienne.
La transcendance
La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire. Elle renvoie principalement à Dieu, considéré comme infiniment au-delà de la création. Cette notion souligne que Dieu ne peut être pleinement compris ni saisi par l’intelligence humaine. En même temps, la transcendance n’exclut pas la proximité de Dieu, qui se révèle et agit dans le monde. Dans l’Eglise, elle invite à l’humilité et à l’adoration face au mystère divin. Son rôle est d’orienter les croyants vers une réalité ultime qui donne sens et profondeur à leur existence.
La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire.
La transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.
La transsubstantiation
Dans la conception catholique, la transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.
L’apparence extérieure (forme, goût, odeur) reste identique, mais l’essence intérieure – la substance – est entièrement changée. Selon la doctrine catholique, cette transformation s’opère par les paroles de consécration prononcées par le prêtre lors de la messe. Elle repose sur la foi en la présence réelle et permanente du Christ dans le sacrement. Cette doctrine a été élaborée de manière systématique, notamment au Moyen Age, entre autres par Thomas d’Aquin, et reste aujourd’hui encore au cœur de la doctrine catholique sur l’Eucharistie, qui se distingue sur ce point des autres confessions chrétiennes.
« Parole, parole, parole. » Ce refrain italien d’une chanson française bien connue permet de prendre conscience que chaque Pape écrit littéralement des tonnes de mots : encycliques, exhortations, lettres, homélies… Quand on y pense, il y a une somme incommensurable d’écrits, de mots donc, que les Papes ont couchés sur papier pour dire le message doctrinal, théologique, religieux. C’est leur tâche première en tant que garants de la charité universelle entre catholiques.
On estime, pour donner un cas de figure, à près de 30’000 le volume d’écrits pontificaux avant… l’année 1200 ! Colossale masse inégalée, qui plus est, dépassée depuis Gutenberg ! Et indénombrable…
Verba volant
Sans compter les paroles papales : combien volent depuis que les Papes sont Papes ! La première voix enregistrée d’un pontife fut celle de Léon XIII (1878-1903). Et dès Jean XXIII – avec ses Fioretti, ses propres jeux de mots recueillis pour la postérité –, les mots a cappella des Papes ont été scrutés… Gare au faux mot, à l’impair diplomatique, à la langue qui fourche. L’ars diplomatica s’est développé avec rigueur depuis 1701 lorsque Clément XI fonde l’Académie Pontificale Ecclésiastique, l’école des nonces, ces ambassadeurs du Pape auprès des gouvernements du monde entier. On y apprend notamment la rhétorique, la didactique et même comment tenir son verre en société – c’est vrai que tout se fait au nom du Pape !
Sans oublier que le polyglottisme des épiscopes de Rome s’est élargi avec un Jean-Paul II lisant en phonétique des dizaines de langues du monde. Mais qui se rappelle de tout ce qui a été dit ? Qui va relire ce qui a été écrit ?
Scripta manent
On ferait bien : car la mémoire oublie vite. Heureusement, les archives sont accessibles, et sur Internet, le site du Vatican donne accès à tout ce que le Pape a dit depuis l’an 2000 tout de même. On peut y surfer par mots et ainsi retracer son flux au travers de tous les documents papaux… Et se rappeler que « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit », parole de Pontife !
La Bible ne recourt à aucun jargon ecclésiastique car elle est Parole de Dieu rédigée par des écrivains sous l’impulsion de l’Esprit.
C’est plutôt à redécouvrir les beaux mots scripturaires dans leur étymologie hébraïque, grecque (et latine) que nous devons nous employer. Comme à raboter de vieux meubles recouverts par la patine du temps, afin de leur redonner toute leur splendeur.
Ainsi, le terme « miséricorde » qui provient du latin « miser – pauvre » et « cors – cœur », le cœur pour notre misère. Plutôt que de le déclarer vieillot, il s’agit de le resituer dans le cadre de sa signification originaire.
Il désigne d’abord la tendresse infinie du Seigneur qui s’étend d’âge en âge sur ceux et celles qui l’adorent (Psaume 104(103), 17) et que chante la « petite Marie » fille d’Israël dans son cantique d’action de grâce (Luc 1, 46-55). Car elle expérimente elle-même, en tant que servante du Très-Haut, la proximité divine envers son abaissement. Le Puissant se souvient de sa « miséricorde », c’est-à-dire de ce qu’il a déjà réalisé pour son peuple Israël. Comment pourrait-il l’oublier, alors que c’est son être d’être Père et que son pardon fait tressaillir ses entrailles maternelles ?
Puis la « miséricorde » est exercée par tout être humain qui, à l’exemple du Samaritain de la parabole, se laisse émouvoir au tréfonds de lui-même par la souffrance de ceux qu’il croise. C’est par elle que nous nous montrons le prochain de ceux qui sont rejetés dans le fossé de l’indifférence (Luc 10, 29-37).
Le terme correspond aux sentiments du Père de l’histoire des deux fils quand il aperçoit de loin son cadet perdu revenant à lui (Luc 15, 11-32). C’est tout le langage du sacrement de la réconciliation et du signe de l’amitié qui nous prend aux tripes, dès le moment que nous changeons notre cœur de pierre en cœur de prière. Heureux sommes-nous si nous savons pleurer devant la détresse d’autrui et ne pas avoir un front dur comme du caillou (Matthieu 5, 5) !
Ce n’est donc pas par hasard ni par maladresse que le pape François avait décrété une « année sainte de la miséricorde » (en 2016), lui qui nous appelle à être une Eglise pauvre avec les pauvres !
Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Alexandre Ineichen, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice, est l’auteur de cette carte blanche.
Père-Abbé Alexandre Ineichen Photos : Olivier Roduit, DR
Les Ecritures racontent en détail l’histoire du Salut, de la création du monde à la vie de Jésus. Cependant, cette longue histoire bien connue contient d’innombrables épisodes secondaires, beaucoup moins illustres. La lecture continue des Ecritures nous en découvre toujours de nouveaux, même après une longue pratique de cet exercice.
Dans deux passages de l’Ancien Testament, – 2 Sm 24 et 1 Ch 21 – dans l’épopée du grand roi David, il est mentionné que celui-ci a effectué un recensement du peuple élu et que Dieu en prit ombrage, mais laissa au roi le choix de la punition à infliger. Finalement, David offre un holocauste comme en conclusion de toute l’affaire.
Ces faits interrogent, car ils mettent en relation un acte administratif, un malheur – présenté dans le texte comme une calamité divine – et une offrande finale. Comment Dieu refuse-t-il à David, le roi qu’il a lui-même choisi et soutenu, de connaitre l’importance du peuple de Dieu ? Pourquoi lui inflige-t-il une punition comme une vengeance d’un Dieu jaloux ? Il va même jusqu’à demander à David de choisir la punition. Enfin, tout cela s’achève par une célébration à la gloire de Dieu et par une offrande. Comment comprendre ce sacrifice ? « Le Seigneur redevient favorable au pays et le fléau s’écarta d’Israël. » conclut le texte biblique.
Je mentionne ce passage curieux et mystérieux parce que, quelles que soient nos fonctions, nos responsabilités dans l’Eglise ou dans la société, nous cherchons toujours des chiffres – souvent contradictoires – afin de regretter un passé que nous embellissons, de nous enorgueillir de ce que nous accomplissions ou de prévoir un avenir que nous imaginons soit radieux, soit apocalyptique.
A la lumière de cet épisode, dont je ne peux donner ici qu’un bref aperçu, il nous faut reprendre avec humilité – sans chiffre, presqu’à l’aveugle – l’histoire du salut, les yeux fixés sur Jésus Christ : rendre grâce pour les biens reçus dont nous n’avons jamais fini de mesurer l’ampleur ; agir en acte et en vérité à chaque instant ; et espérer contre toute espérance l’héritage que Jésus nous a promis.
Le bouc émissaire est celui que l’on accuse à tort et qui paie pour la faute des autres. Chez les Hébreux, lors de la fête des Expiations (en hébreu : Yom Kippour), conformément aux prescriptions du livre du Lévitique, le grand prêtre envoyait vers le désert un pauvre bouc chargé symboliquement de tous les péchés d’Israël et de toutes les malédictions. Pour les chrétiens, cet animal préfigurait le Christ, mort sur la croix, chargé des péchés de l’humanité.
Par Véronique Benz
Humour
La supérieure d’une congrégation religieuse vit ses derniers instants. Ses sœurs la veillent et lui proposent un verre de lait chaud. Elle refuse. Celles qui l’entourent, se souvenant des origines irlandaises de leur supérieure, ajoutent une goutte de whisky dans le lait. Doucement, une sœur humecte les lèvres de la mère supérieure qui se met tout à coup à vider le verre de lait. Une des religieuses lui pose la question suivante : « Ma Mère, auriez-vous une dernière volonté à nous confier ? » « Oui, surtout ne vendez jamais la vache ! »
Par Calixte Dubosson
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