« Je ne vous comprends pas ! »

Les agents pastoraux utilisent des mots et des phrases dont les fidèles ne comprennent plus vraiment le sens.

L’Eglise a perdu l’art de transmettre son message dans un langage compréhensible. Des expressions et des images intelligibles à l’époque de Jésus ne le sont plus aujourd’hui. Que signifient les mots que nous utilisons ? Essayons un « aggiornamento », c’est-à-dire une traduction des mots anciens dans une forme moderne.

Par Paul Martone | Photos : Unsplash, Pixabay, DR

« Comment l’Eglise va périr dans son langage. » C’est le titre provocateur qu’Erik Flügge a donné à son livre (Der Jargon der Betroffenheit : Wie die Kirche an ihrer Sprache verreckt, Kösel 2016). Il y écrit que dans sa prédication, l’Eglise utilise encore aujourd’hui des expressions et des images qui étaient compréhensibles à l’époque de Jésus, mais qui ne le sont plus pour les hommes modernes. Le réalisateur bavarois Christian Stückl dit lui aussi que l’Eglise a perdu l’art de traduire son message dans un langage accessible. Selon lui, l’Eglise a perdu le contact avec les gens, qui ne reviennent à la foi que lorsqu’ils traversent une période difficile, car ils ne connaissent plus le sens de cette institution.

« Aggiornamento » de la langue

Les deux auteurs ont en quelque sorte raison. Les agents pastoraux utilisent dans les sermons, les liturgies et les prières des mots et des phrases qui leur viennent sans peine aux lèvres, mais dont nous ne comprenons plus vraiment le sens. Dans cet article, explorons la question suivante : que signifient les expressions qu’on utilise dans l’Eglise et comment peut-on les rendre compréhensibles ? Ici, il ne s’agit ni de banaliser la langue ni d’une nouvelle interprétation, mais plutôt d’un « aggiornamento », c’est-à-dire d’une traduction sous une forme moderne. Le langage de l’Eglise doit être proche de tout le monde, il ne doit pas être parlé et écrit pour une petite élite. 

La conscience

La conscience est le for intérieur le plus secret de l’homme, où il se trouve seul avec Dieu. C’est la voix intérieure par laquelle Dieu se fait remarquer. Elle le pousse à toujours faire le bien et à s’abstenir du mal sans réserve. La conscience est un jugement de la raison par lequel l’homme reconnaît si un acte donné est bon ou mauvais. Elle peut toutefois être engourdie et induite en erreur. C’est pourquoi il est nécessaire qu’elle soit formée pour devenir un instrument intérieur toujours plus fin de l’action juste, ce qui est une tâche qui dure toute la vie. La première étape de la formation de la conscience est l’autocritique. En effet, nous avons tendance à juger en notre propre faveur. La deuxième étape consiste à s’orienter vers les bonnes actions des autres. La troisième étape, qui est sans doute aussi la référence pour cette école de vie, ce sont les Dix Commandements de la Bible, la Parole de Dieu, la prière quotidienne, ainsi que l’enseignement de l’Eglise. Il faut toujours obéir à une conscience bien formée, même au risque de commettre une erreur. L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience et de prendre ainsi des décisions morales personnelles. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas non plus être empêché d’agir selon sa conscience, en particulier dans le domaine de la religion.

L’être humain a le droit d’agir librement selon sa conscience.

La grâce

Le latin peut nous aider à comprendre ce mot, car dans cette langue, la grâce se
dit gratia. Ce mot nous rappelle le mot « gratuit ». On peut dire que la grâce est un don que Dieu nous fait, et ce gratuitement, sans condition ni contrepartie. Elle est « l’attention libre et aimante que Dieu nous porte, sa bonté secourable, la force de vie qui vient de lui. La grâce, c’est tout ce que Dieu nous donne sans que nous le méritions le moins du monde » (Youcat, catéchisme de l’Eglise catholique pour les jeunes. N o 338). La grâce nous rend capables de vivre dans l’amour de Dieu et d’agir à partir de cet amour. 

L’herméneutique

L’herméneutique, dans le contexte ecclésial, désigne l’art et la science d’interpréter et de comprendre les textes bibliques. Elle cherche à saisir le message originel des Ecritures dans leur contexte historique, linguistique et culturel. En même temps, elle reconnaît que les lecteurs interprètent toujours à partir de leur propre époque et de leur expérience. Dans l’Eglise, l’herméneutique sert à rendre la Bible pertinente pour le présent sans en déformer le sens initial. La tradition, l’enseignement de l’Eglise et l’interprétation communautaire y jouent un rôle important. Son objectif est de rendre le message biblique compréhensible afin qu’il puisse orienter la foi et la vie aujourd’hui.

L’oblation

L’oblation est l’offrande faite à Dieu, souvent sous une forme matérielle ou symbolique. Elle peut se manifester dans la liturgie, notamment lors de l’offertoire, où le pain et le vin sont présentés. Au-delà du geste rituel, elle exprime aussi le don de soi du croyant à Dieu. L’oblation renvoie ainsi à une attitude intérieure de disponibilité et de dévouement. Dans la tradition chrétienne, elle est étroitement liée au sacrifice du Christ, compris comme offrande parfaite. Son but est d’inviter les fidèles à participer à ce mouvement d’offrande dans leur vie quotidienne.

La transcendance 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire. Elle renvoie principalement à Dieu, considéré comme infiniment au-delà de la création. Cette notion souligne que Dieu ne peut être pleinement compris ni saisi par l’intelligence humaine. En même temps, la transcendance n’exclut pas la proximité de Dieu, qui se révèle et agit dans le monde. Dans l’Eglise, elle invite à l’humilité et à l’adoration face au mystère divin. Son rôle est d’orienter les croyants vers une réalité ultime qui donne sens et profondeur à leur existence. 

La transcendance dépasse le monde sensible et l’expérience humaine ordinaire.
La transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

La transsubstantiation

Dans la conception catholique, la transsubstantiation désigne la transformation réelle du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie.

L’apparence extérieure (forme, goût, odeur) reste identique, mais l’essence intérieure – la substance – est entièrement changée. Selon la doctrine catholique, cette transformation s’opère par les paroles de consécration prononcées par le prêtre lors de la messe. Elle repose sur la foi en la présence réelle et permanente du Christ dans le sacrement. Cette doctrine a été élaborée de manière systématique, notamment au Moyen Age, entre autres par Thomas d’Aquin, et reste aujourd’hui encore au cœur de la doctrine catholique sur l’Eucharistie, qui se distingue sur ce point des autres confessions chrétiennes.

Une somme d’écrits

Par Thierry Schelling | Photo : vaticantickets

« Parole, parole, parole. » Ce refrain italien d’une chanson française bien connue permet de prendre conscience que chaque Pape écrit littéralement des tonnes de mots : encycliques, exhortations, lettres, homélies… Quand on y pense, il y a une somme incommensurable d’écrits, de mots donc, que les Papes ont couchés sur papier pour dire le message doctrinal, théologique, religieux. C’est leur tâche première en tant que garants de la charité universelle entre catholiques. 

On estime, pour donner un cas de figure, à près de 30’000 le volume d’écrits pontificaux avant… l’année 1200 ! Colossale masse inégalée, qui plus est, dépassée depuis Gutenberg ! Et indénombrable…

Verba volant

Sans compter les paroles papales : combien volent depuis que les Papes sont Papes ! La première voix enregistrée d’un pontife fut celle de Léon XIII (1878-1903). Et dès Jean XXIII – avec ses Fioretti, ses propres jeux de mots recueillis pour la postérité –, les mots a cappella des Papes ont été scrutés… Gare au faux mot, à l’impair diplomatique, à la langue qui fourche. L’ars diplomatica s’est développé avec rigueur depuis 1701 lorsque Clément XI fonde l’Académie Pontificale Ecclésiastique, l’école des nonces, ces ambassadeurs du Pape auprès des gouvernements du monde entier. On y apprend notamment la rhétorique, la didactique et même comment tenir son verre en société – c’est vrai que tout se fait au nom du Pape !

Sans oublier que le polyglottisme des épiscopes de Rome s’est élargi avec un Jean-Paul II lisant en phonétique des dizaines de langues du monde. Mais qui se rappelle de tout ce qui a été dit ? Qui va relire ce qui a été écrit ?

Scripta manent

On ferait bien : car la mémoire oublie vite. Heureusement, les archives sont accessibles, et sur Internet, le site du Vatican donne accès à tout ce que le Pape a dit depuis l’an 2000 tout de même. On peut y surfer par mots et ainsi retracer son flux au travers de tous les documents papaux… Et se rappeler que « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit », parole de Pontife !

Miséricorde (Luc 1, 50, Magnificat)

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

La Bible ne recourt à aucun jargon ecclésiastique car elle est Parole de Dieu rédigée par des écrivains sous l’impulsion de l’Esprit.

C’est plutôt à redécouvrir les beaux mots scripturaires dans leur étymologie hébraïque, grecque (et latine) que nous devons nous employer. Comme à raboter de vieux meubles recouverts par la patine du temps, afin de leur redonner toute leur splendeur.

Ainsi, le terme « miséricorde » qui provient du latin « miser – pauvre » et « cors – cœur », le cœur pour notre misère. Plutôt que de le déclarer vieillot, il s’agit de le resituer dans le cadre de sa signification originaire.

Il désigne d’abord la tendresse infinie du Seigneur qui s’étend d’âge en âge sur ceux et celles qui l’adorent (Psaume 104(103), 17) et que chante la « petite Marie » fille d’Israël dans son cantique d’action de grâce (Luc 1, 46-55). Car elle expérimente elle-même, en tant que servante du Très-Haut, la proximité divine envers son abaissement. Le Puissant se souvient de sa « miséricorde », c’est-à-dire de ce qu’il a déjà réalisé pour son peuple Israël. Comment pourrait-il l’oublier, alors que c’est son être d’être Père et que son pardon fait tressaillir ses entrailles maternelles ? 

Puis la « miséricorde » est exercée par tout être humain qui, à l’exemple du Samaritain de la parabole, se laisse émouvoir au tréfonds de lui-même par la souffrance de ceux qu’il croise. C’est par elle que nous nous montrons le prochain de ceux qui sont rejetés dans le fossé de l’indifférence (Luc 10, 29-37).

Le terme correspond aux sentiments du Père de l’histoire des deux fils quand il aperçoit de loin son cadet perdu revenant à lui (Luc 15, 11-32). C’est tout le langage du sacrement de la réconciliation et du signe de l’amitié qui nous prend aux tripes, dès le moment que nous changeons notre cœur de pierre en cœur de prière. Heureux sommes-nous si nous savons pleurer devant la détresse d’autrui et ne pas avoir un front dur comme du caillou (Matthieu 5, 5) !

Ce n’est donc pas par hasard ni par maladresse que le pape François avait décrété une « année sainte de la miséricorde » (en 2016), lui qui nous appelle à être une Eglise pauvre avec les pauvres !


Dénombrement du roi David

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Alexandre Ineichen, Père-Abbé de l’Abbaye de Saint-Maurice, est l’auteur de cette carte blanche. 

Père-Abbé Alexandre Ineichen
Photos  : Olivier Roduit, DR

Les Ecritures racontent en détail l’histoire du Salut, de la création du monde à la vie de Jésus. Cependant, cette longue histoire bien connue contient d’innombrables épisodes secondaires, beaucoup moins illustres. La lecture continue des Ecritures nous en découvre toujours de nouveaux, même après une longue pratique de cet exercice.

Dans deux passages de l’Ancien Testament, – 2 Sm 24 et 1 Ch 21 – dans l’épopée du grand roi David, il est mentionné que celui-ci a effectué un recensement du peuple élu et que Dieu en prit ombrage, mais laissa au roi le choix de la punition à infliger. Finalement, David offre un holocauste comme en conclusion de toute l’affaire.

Ces faits interrogent, car ils mettent en relation un acte administratif, un malheur – présenté dans le texte comme une calamité divine – et une offrande finale. Comment Dieu refuse-t-il à David, le roi qu’il a lui-même choisi et soutenu, de connaitre l’importance du peuple de Dieu ? Pourquoi lui inflige-t-il une punition comme une vengeance d’un Dieu jaloux ? Il va même jusqu’à demander à David de choisir la punition. Enfin, tout cela s’achève par une célébration à la gloire de Dieu et par une offrande. Comment comprendre ce sacrifice ? « Le Seigneur redevient favorable au pays et le fléau s’écarta d’Israël. » conclut le texte biblique.

Je mentionne ce passage curieux et mystérieux parce que, quelles que soient nos fonctions, nos responsabilités dans l’Eglise ou dans la société, nous cherchons toujours des chiffres – souvent contradictoires – afin de regretter un passé que nous embellissons, de nous enorgueillir de ce que nous accomplissions ou de prévoir un avenir que nous imaginons soit radieux, soit apocalyptique. 

A la lumière de cet épisode, dont je ne peux donner ici qu’un bref aperçu, il nous faut reprendre avec humilité – sans chiffre, presqu’à l’aveugle – l’histoire du salut, les yeux fixés sur Jésus Christ : rendre grâce pour les biens reçus dont nous n’avons jamais fini de mesurer l’ampleur ; agir en acte et en vérité à chaque instant ; et espérer contre toute espérance l’héritage que Jésus nous a promis.

Jeunes, humour et mot de la Bible – juin 2026

Par Marie-Claude Follonier

Mot de la Bible

Le bouc émissaire

Le bouc émissaire est celui que l’on accuse à tort et qui paie pour la faute des autres. Chez les Hébreux, lors de la fête des Expiations (en hébreu : Yom Kippour), conformément aux prescriptions du livre du Lévitique, le grand prêtre envoyait vers le désert un pauvre bouc chargé symboliquement de tous les péchés d’Israël et de toutes les malédictions. Pour les chrétiens, cet animal préfigurait le Christ, mort sur la croix, chargé des péchés de l’humanité.

Par Véronique Benz

Humour

La supérieure d’une congrégation religieuse vit ses derniers instants. Ses sœurs la veillent et lui proposent un verre de lait chaud. Elle refuse. Celles qui l’entourent, se souvenant des origines irlandaises de leur supérieure, ajoutent une goutte de whisky dans le lait. Doucement, une sœur humecte les lèvres de la mère supérieure qui se met tout à coup à vider le verre de lait. Une des religieuses lui pose la question suivante : « Ma Mère, auriez-vous une dernière volonté à nous confier ? » « Oui, surtout ne vendez jamais la vache ! »

Par Calixte Dubosson

Une lumière diffuse

Marylise Pesenti est nageuse en eau glacée.

Entre quête d’identité, cancers et retrouvailles inattendues, Marylise Pesenti, nageuse en eau glacée de l’équipe de Suisse, « avoue » que sa relation avec Dieu a été passablement écornée. Toutefois, elle le retrouve là où elle ne l’attendait pas…

Par Myriam Bettens
Photos : J.-Claude Gadmer, Marylise Pesenti

En relisant votre parcours de vie, on se dit que cela fait beaucoup pour une seule femme… Où avez-vous trouvé les ressources pour surmonter tout cela ?
En effet (rires)… C’est grâce à l’amour de ma famille et au soutien de mon mari, qui a toujours été présent. Il m’a accompagnée dans les démarches pour retrouver ma famille biologique. Ensuite, la maladie est arrivée… et là, c’était soit ça passe, soit ça casse. Il est resté à mes côtés, alors que même moi, je ne me reconnaissais plus !

C’est un peu la même chose avec Dieu, soit cela passait, soit cela cassait…
Ma foi a été bousculée, je l’avoue. Un sentiment d’injustice m’habitait. Alors que j’étais croyante et pratiquante, Dieu venait de me « lâcher ». Où est-ce que j’avais fait faux pour devoir subir tout ça ? Et ce sentiment a encore été exacerbé lorsque mon papa a développé la maladie d’Alzheimer suite à l’annonce de son premier cancer. Je suis entrée dans une forme de rébellion contre Dieu.

Pourquoi « avouer » que toutes ces épreuves ont ébranlé votre relation à Dieu…
Parce que, malgré tout, je ne me sens pas très à l’aise par rapport à cela. J’ai été élevée dans la foi, j’allais à la messe et je priais. J’ai mis tout cela de côté, car aujourd’hui, je me sens en décalage avec la foi que j’avais avant. Mais il est vrai que lorsque je me retrouve à l’église pour des enterrements, des mariages, des baptêmes, il y a quelque chose d’inexplicable qui monte en moi et me fait dire qu’« Il » est là malgré tout.

En même temps, on a aussi le sentiment que toute votre histoire est parsemée de « bénédictions ». Pourriez-vous dire que Dieu est là où vous ne l’attendiez pas ?
(Rires). Oui, c’est tout à fait vrai. Il y a cette lumière, cette présence diffuse à plusieurs endroits de mon parcours. En même temps, je pense avoir « provoqué » certaines de mes bénédictions, comme les retrouvailles avec ma famille biologique… 

Aujourd’hui, où en est votre relation ?
(Hésitation)… Je n’irais pas jusqu’à dire que tout est rétabli, mais je me sens réconciliée avec Lui et surtout beaucoup plus apaisée. Après, cela fait aussi partie de mon caractère d’avoir cette capacité d’accepter les épreuves sans colère ni rancœur. On peut vivre des choses très difficiles, se disputer, sans toutefois rompre la relation de manière définitive. Je renoue prudemment avec une présence qui m’accompagne… cela même si nous ne sommes pas toujours copains.

Marylise, ici aux championnats du monde de nage en eaux froides à Oulu en Finlande, en mars 2026.

Sacré Léman !

« Ce n’est certainement pas un hasard », lance Marylise Pesenti en pointant du doigt un des panneaux de l’exposition installée sur la jetée des Bains des Pâquis (Genève) décrivant le caractère sacré du Léman. Comme d’autres lève-tôt, elle est adepte de la nage en eaux froides, voire glacées, et cela par tous les temps. « Nous sommes une dizaine à venir ici vers six heures du matin pour nager. » Cette pratique a commencé comme un défi, alors que ce corps avait décidé de lui « faire tellement mal », elle a décrété que c’était elle qui allait le « gérer ». Lors de son deuxième cancer, elle se lance le défi de nager entre Saint-Gingolph et la plage de Vevey et s’entraine donc en conséquence. Un ami d’enfance lui propose de participer à la Coupe de Noël 2018, une compétition de nage en eau libre dans le Léman au mois de décembre. D’abord réticente, elle finit par accepter et y prend goût. Elle se lance ensuite dans la compétition et intègre en 2023 l’équipe de Suisse de Winter swimming (ndlr. nage en eaux froides) et participe à plusieurs championnats du monde, dont le dernier en mars 2025, en Finlande, avec une eau à – 0.7°…

Bio express

Marylise Pesenti est née à Estavayer-le-Lac en 1968. Elle arrive à Genève deux ans plus tard, adoptée par une famille aimante. Mariée en 1990 à Giovanni, son indéfectible soutien, ils ont eu deux filles. Après de nombreuses recherches, son foyer s’agrandit suite aux retrouvailles avec sa famille biologique. Un premier cancer du sein lui est diagnostiqué en 2006, puis un second en 2014. Suite à ces « tsunamis », elle redéfinit ses priorités : « Maintenant, elle veut vivre ! » La maladie la contraint aussi à se reconvertir professionnellement. Infirmière de formation, elle travaille aujourd’hui comme conseillère en appareils auditifs.

Saint Antoine de Padoue

Saint Antoine vu par l’artiste gruyérien Abraham Llucia Lopez.

Par Paul Martone | Photo : Claude Marguet

Saint Antoine de Padoue compte parmi les saints les plus populaires de l’Eglise. Nombreux sont ceux qui ont déjà invoqué son aide après avoir perdu quelque chose, ce qui lui vaut parfois d’être affectueusement surnommé « le saint des étourdis ». Mais Antoine est aussi un docteur de l’Eglise.

Antoine était originaire de Lisbonne, où il fut baptisé en 1195 sous le nom de Fernando. A l’âge de 15 ans, il entra au monastère des chanoines augustins près de Lisbonne. A peine deux ans plus tard, Antoine rejoignit leur monastère à Coimbra, l’un des plus prestigieux centres de formation théologique du Portugal, où il étudia la science biblique et la patrologie avant d’être ordonné prêtre en 1219. La même année, cinq franciscains furent envoyés au Maroc pour y répandre le christianisme, mais ils y furent torturés et finalement décapités. Le rapatriement de leurs dépouilles, à Coimbra, bouleversa tellement le chanoine Fernando qu’il entra dans l’ordre des franciscains. Ce n’est qu’alors qu’il reçut le nom de « Antoine ». 

En 1220, il obtint l’autorisation de partir en mission au Maroc, mais il y tomba si gravement malade qu’il dut rentrer au Portugal ; une tempête le fit toutefois dévier vers la Sicile. De là, il se rendit à Assise où ses confrères reconnurent son talent d’orateur. Le supérieur de l’ordre le chargea donc de lutter contre les hérésies des cathares et des valdésiens. 

Sa pauvreté franciscaine conférait de la crédibilité à ses discours, son immense connaissance de la Bible lui valait l’admiration, il était si convaincant qu’on le surnommait le « marteau des hérétiques » ; de nombreux miracles accompagnaient ses prêches. Dans un sermon, Antoine conseilla à ses disciples : « Notre vie est si pleine de belles paroles et si vide de bonnes œuvres… Je vous conjure donc de faire taire votre bouche et de laisser vos actes parler ! » 

Ses discours et ses sermons révélaient une grande érudition et une grande éloquence, mais aussi une richesse intérieure et une profondeur. Une intelligence supérieure et une érudition étonnante s’unissaient à l’expérience de Dieu d’un mystique profond.

Antoine mourut le 13 juin 1231 à Padoue. En 1946, le pape Pie XII le proclama docteur de l’Eglise. Sa fête est célébrée le 13 juin.

La réponse à un appel

Elle est toujours aussi souriante et avenante. J’éprouve une grande joie à revoir Karin Hämmerli. Nous nous connaissons depuis fort longtemps. Nous nous sommes croisées pour la première fois lors d’un pèlerinage avec les jeunes à Lourdes en 1995 ! Rencontre avec une femme très investie au sein de son unité pastorale (UP) de Notre-Dame de La Brillaz, dans le canton de Fribourg.

Karin Hämmerli est infirmière de formation. Elle a débuté son engagement en répondant à un appel. « La cousine de Bruno (ndlr. son compagnon) est venue me voir en me disant que l’unité pastorale cherchait des catéchistes. J’ai d’abord travaillé en binôme avec une ancienne catéchiste, puis je me suis lancée toute seule avec une classe de 3H. Actuellement, j’ai quatre heures de catéchèse par semaine. Par la suite, je me suis mise au service du parcours de préparation à la première communion. Cette année, je suis responsable du nouveau parcours de préparation au sacrement de la réconciliation. »

Depuis peu, Karin Hämmerli est  engagée à 20 % pour le catéchuménat dans son UP. Elle est membre du Conseil de communauté et s’occupe des servants de messe. Depuis 2023, elle siège également au Conseil de paroisse de Cottens, sa commune de domicile.

Karin donne généreusement de son temps pour l’Eglise, mais également pour la société comme assistante parentale pour Famiya. 

Pour elle, c’est un vrai bonheur de rencontrer des enfants et de voir leur désir d’apprendre à connaître Jésus. « Les enfants sont généralement très motivés et très curieux. Souvent ils nous disent qu’ils ne peuvent pas venir à la messe parce qu’ils n’ont pas le temps. Dans la société actuelle, les familles et les enfants font tous énormément d’activités. Pourtant, 60 minutes sur une semaine qui en compte plus de dix mille, ce n’est pas grand-chose ! »

Pour devenir catéchiste, Karin Hämmerli a suivi le parcours Galilée puis la formation Emmaüs. « Ce furent des moments très enrichissants tant au niveau du contenu que des rencontres que j’ai faites. »

Le quotidien de Karin Hämmerli est fait de multiples entrevues avec des enfants, des adultes ou des personnes âgées. Dans son engagement ecclésial, elle retrouve le côté social de son métier d’infirmière et c’est ce qui la motive. Son sourire est le reflet d’une joie profonde, une joie qui va à la
rencontre de l’autre pour être partagée.

Karin avec les enfants lors de leur entrée en catéchuménat.

Un souvenir marquant de votre enfance ?

Le pèlerinage à Lourdes, en 1995, avec mon frère, un copain et une copine. J’avais 16 ans, j’ai rencontré le groupe des jeunes de Lourdes. C’est un souvenir mémorable.

Votre moment préféré de la journée ou de la semaine ?

Je n’ai pas de jour ou d’heure préféré dans la journée. Mais dès que les beaux jours sont là, je sors ma moto et je m’en vais là où la route me mène. C’est une passion que je partageais avec mon papa et qui continue actuellement avec mon compagnon et mes enfants. 

Votre principal trait de caractère ?

La générosité et le fait d’être toujours souriante.

Un livre que vous aimez particulièrement ?

J’aime beaucoup les livres d’Eric-Emmanuel Schmitt. Je citerai également celui d’une amie : L’invisible de Danielle Dousse. 

Une personne qui vous inspire ?

Mes grands-mères ont été pour moi des modèles. Je me souviens aussi des années de MADEP, avec notre accompagnateur Frère Charles et Solange qui jouait de la guitare et chantait.

Votre citation préférée ?

J’aime particulièrement cette phrase de Mère Teresa : « Nous savons bien que notre action n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, mais sans notre action, cette goutte manquerait. »

Karine Hämmerli

• Karin Hämmerli habite Cottens. En couple avec Bruno depuis près de 30 ans, elle est maman de trois grands garçons qui ont 16, 18 et 20 ans. 

• Infirmière de formation, elle a arrêté son métier après la naissance de son troisième enfant. Elle est assistante parentale pour Famiya, l’Association d’accueil familial de jour de la Sarine.

• Elle est catéchiste et depuis peu, elle est engagée pour le catéchuménat des adultes en lien avec la Région diocésaine Fribourg francophone. 

• A l’automne 2026, Karin reprendra la responsabilité du parcours de confirmation sur l’UP Notre-Dame de La Brillaz et augmentera son pourcentage de travail à 50 %.

En librairie – mai 2026

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Cheminer vers la Lumière
Valérie Mazeau

A 53 ans, Valérie Mazeau entame son itinéraire de catéchumène en lisant les Evangiles. Elle y découvre le Christ. Pour elle, c’est une révélation, une déflagration en plein cœur. Une expérience intime qu’elle restitue avec beaucoup de sensibilité et d’allégresse, heureuse de partager cette aventure qui a bouleversé sa vie. Ce livre retrace son cheminement spirituel commencé à l’adolescence, alors qu’elle cherchait Dieu à travers les récits chrétiens et les lieux sacrés.

Editions Salvator

Acheter pour 27.60 CHF

La vie de Jésus commentée par le pape François
Andrea Tornielli

Qui est Jésus ? Que savons-nous de lui, de sa vie, de sa mort ? Qu’en disent les évangiles ? De Bethléem à Jérusalem en passant par le sermon sur la montagne, la résurrection de Lazare et la trahison de Judas, cet ouvrage sans précédent nous fait vivre page après page dans l’intimité, la destinée et l’épopée de celui qui a changé l’histoire de l’humanité. Une vie de Jésus accessible, lumineuse, magistrale. Un superbe récit. Une aventure exceptionnelle. Un livre événement.

Editions Cerf

Acheter pour 16.40 CHF

Le Messie
Marie-Noëlle Thabut

A la question « Quelle est la différence entre les juifs et les chrétiens ? », la réponse est apparemment simple : les juifs attendent encore le Messie, les chrétiens l’ont trouvé : c’est Jésus de Nazareth ; d’ailleurs, ils l’appellent publiquement « Jésus Christ », qui veut dire « Jésus le Messie ». Mais est-ce si évident ? La Bible évoque en effet la figure du Messie en termes qu’il convient d’éclairer. Quelles étaient les attentes des hommes de la Bible ? A partir de quand et de quelle manière ont-ils commencé à parler d’un Messie ? Pourquoi les chrétiens ont-ils identifié Jésus de Nazareth avec le Messie qu’ils attendaient ?

Editions Desclée De Brouwer

Acheter pour 12.30 CHF

La belle histoire de Jésus
Maïté Roche

De l’Annonciation à la Pentecôte, ce très beau livre raconte l’histoire merveilleuse du Christ à partir des principaux épisodes des évangiles. Tout le talent et l’expérience de Maïte Roche pour raconter l’Evangile aux enfants avec des mots et des illustrations qui savent toucher les cœurs. Un livre indispensable pour mieux connaître Jésus, au plus près des textes des Evangiles. A partir de trois ans.

Editions Mame

Acheter pour 26.10 CHF

Pour commander

Qui est Jésus pour moi

Par Astrid Belperroud | Photo : DR

Dans la prière du Notre Père… ne dit–on pas… Notre Père ? Ne sommes-nous pas tous frères et sœurs en Christ ? Donc, Jésus est mon frère, votre frère… aurais-je aimé avoir un frère, moi qui n’ai eu qu’une sœur ? Je ne me suis jamais posé vraiment la question…mais ne dit-on pas que notre famille, on ne la choisit pas ? 

Jésus est avant tout mon ami, infaillible, que j’ai choisi. Pas à mon baptême, mes parents l’ont fait pour moi, mais à ma confirmation et à maintes reprises dans ma vie. Je lui renouvelle ma confiance chaque jour et je le rencontre dans le regard de chaque jeune que j’accompagne.

Il est ma tête pensante, mon intelligence, il est des oreilles qui m’écoutent, il est la bouche qui me nourrit par sa Parole, il est ce regard qui me rend unique, il est cette épaule qui me console ; ses bras et ses jambes sont là pour me porter et me supporter quand je n’en peux plus, et il est ses pieds qui marchent pour moi quand alors je me repose dans ses bras.

Il est mon bâton de pèlerin qui m’invite chaque matin à me mettre debout physiquement et ou mentalement et qui me murmure de l’imiter pour à mon tour me mettre au service de mes amis.

Le pape Léon XIV nous dit que, pour lui, le Christ est avant tout le « Roi de la paix », un sauveur apportant une paix désarmée, humble et universelle. Il est le centre de la vie, l’unique médiateur et rédempteur, et le visage de l’amour de Dieu pour les pauvres, exigeant des fidèles un engagement actif pour la justice et le pardon. Au lendemain de Pâques, la vie est jaillissante et nous rappelle que Christ est vivant ! A nous de poursuivre notre engagement pour que la paix advienne.

Qui est Jésus pour moi ? il est vivant en moi et par moi et pour chacun de nous. Gratitude.

Les 12 promesses au Sacré-Cœur

Par Thierry Schelling
Photo : DR

Saviez-vous que, chaque premier vendredi du mois, la communauté polonaise à Champel se réunit pour une messe, disons, spéciale : elle répond à la demande d’une Sainte française, Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), dévote de Paray-le-Monial, qui a expérimenté Dieu-charité au plus profond de son cœur. Pour inviter les fidèles à Lui être tout dévoués à leur tour, en pratiquant la célébration de l’eucharistie le premier vendredi du mois. 

Et voici le résumé des promesses :

« Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état. Je mettrai la paix dans leur famille. Je les consolerai dans toutes leurs peines. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde. Les âmes tièdes deviendront ferventes. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection. Je bénirai moi-même les maisons où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, où il ne sera jamais effacé. »

A Puplinge, le 28 février dernier, la communauté locale a proposé, après la messe de 18h, de visionner le film documentaire sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus ; franc succès pour elle et les spectateurs ont appris et / ou découvert que Dieu appelle personnellement pour le bien de tous !

L’œcuménisme pas à pas

Une pause méritée contre un pan ensoleillé de la cathédrale Saint-Pierre.

En cherchant comment parler d’œcuménisme à ses catéchumènes, l’abbé Thierry Schelling s’est dit que Genève, avec son patrimoine historique et religieux, serait un bon exemple en la matière. Il a donc organisé, mi-mars, une promenade guidée pour découvrir l’histoire de la Grande Eglise au travers des édifices religieux qui jalonnent la ville.

Texte et photos par Myriam Bettens

« Je viens profiter des connaissances de Thierry [ndlr. Schelling]. Il est d’ailleurs bien trop modeste », glisse Joëlle avec un sourire. Elle-même guide pour l’antenne romande de l’association Eglises + Tourisme Suisse, elle est venue participer à la promenade guidée que propose régulièrement l’abbé Thierry Schelling à ses catéchumènes. Dans le cadre du parcours de catéchuménat, le responsable de la paroisse Saint-Joseph invite ses aspirants au baptême à expérimenter l’œcuménisme au travers d’édifices du patrimoine religieux genevois, témoins d’une longue histoire en la matière. Enzo, lui, y assiste pour la seconde fois. « Pour me rafraichir la mémoire », plaide-t-il, avec un haussement d’épaule, lorsque l’abbé le lui fait remarquer.

« Lors de la promenade, faites connaissance, discutez, échangez… Car « faire Eglise », c’est aussi cela », enjoint-il à la dizaine de participants réunis autour du bénitier de l’entrée de la paroisse Saint-Joseph des Eaux-Vives. Symboliquement, six d’entre eux passeront bientôt de cet « espace de transition », le narthex – historiquement réservée aux catéchumènes et aux pénitents – à la nef – lieu du peuple rassemblé pour la célébration commune – lors de la prochaine Vigile pascale. Toutefois, Thierry Schelling souligne que « depuis le Concile Vatican II, cette séparation stricte est dépassée : l’Eglise se doit d’être ouverte sur le monde et à son service ».

Pour le guide, c’est pareil lorsqu’on parle d’œcuménisme : ni séparation ni uniformisation. L’idée d’une Eglise où toutes les confessions chrétiennes deviendraient identiques est « un idéal autrefois envisagé par Rome, mais aujourd’hui considéré comme irréalisable et même regrettable ». De même, l’histoire des Eglises (protestantes, catholiques, orthodoxes) « ont permis de développer des manières riches et variées de célébrer le Christ, sans pour autant être opposées ». L’orateur précise que le terme « les Eglises chrétiennes » désigne une multitude de familles et de branches et établit une distinction fondamentale entre « une église », au sens de communauté confessionnelle spécifique dans laquelle on entre par le baptême, et « l’Eglise », qui représente la communauté universelle de tous les chrétiens. Une double dimension essentielle pour comprendre son identité au sein de la foi chrétienne.

Après la visite de Saint-Joseph, la promenade s’est poursuivie en direction de l’église orthodoxe russe, par chance, ouverte en cette période de Grand Carême. Les participants ont pu prendre part à une partie de la célébration pour les défunts qui s’y déroulait. Le petit groupe s’est ensuite rendu chez les luthériens, puis à la cathédrale Saint-Pierre, pour enfin terminer l’excursion à la paroisse Saint-Germain, lieu de culte de la communauté catholique chrétienne. Loin de vouloir pousser ses futurs baptisés « à la concurrence », Thierry Schelling les a néanmoins exhortés à se rendre à une messe. D’une part, « vous ne remarquerez peut-être aucune différence entre leur célébration et la nôtre » et, d’autre part, « l’œcuménisme c’est aussi cela ».

Rencontrer Jésus aujourd’hui? Un chemin de transformation

Par le Père Gabriel Ghanoum | Photos : DR

Du 13 au 15 mars 2026, une mini-retraite a eu lieu à la paroisse Sainte-Thérèse. Elle avait pour thème de réflexion : « Rencontrer Jésus aujourd’hui ? Un chemin de transformation ». Parmi les nombreuses rencontres de Jésus rapportées dans l’évangile, deux d’entre elles éclairent particulièrement la manière dont Jésus rencontre les personnes et le chemin de transformation qui s’opère en elles : au puits de Jacob avec la Samaritaine et avec la veuve de Naïm à la porte de la ville. Après avoir approfondi la culture et la spiritualité de la rencontre et son chemin de transformation, la présentation de l’Exhortation apostolique du Pape Léon XIV « Dilexi Te » a permis d’aborder la pratique de la rencontre.

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui a besoin du Christ pour le transformer. 

Faire humanité ensemble, c’est ce que Jésus nous enseigne. Faire ce que Jésus a fait, suivre son exemple, l’imiter, devrait devenir notre programme quotidien. Après chaque rencontre, Jésus a fait sentir à la personne qu’elle avait de la valeur. Il l’a écoutée et a toujours choisi la voie de l’amour même lorsqu’il était confronté à la division et la haine.

Jésus a pratiqué 3 choses qui ont rendu sa mission féconde :

1. Il a su trouver un chemin d’entente avec les gens.

2. Il n’a jamais attendu que les gens viennent à lui, il est allé lui-même à leur rencontre et a établi une relation avec eux. 

3. Il aimait les personnes de telle manière qu’elles se sentaient reconnues, comprises, appréciées, valorisées.

Sa rencontre avec la Samaritaine nous montre que le Christ l’a valorisée et qu’il a franchi le « mur » des préjugés sociaux, culturels, religieux pour la trouver, alors qu’elle s’est perdue à cause de ses choix de vie. Cela nous apprend comment, nous aussi, nous pouvons franchir ce mur afin de construire avec l’autre un pont de retrouvailles. 

La première caractéristique de la rencontre est qu’elle met en présence deux personnes dans la vérité et la liberté. Dans la rencontre au puits de Jacob, se retrouvent face à face un homme (étranger au pays, juif de surcroît) et une femme (à la réputation douteuse), le divin et l’humain. Mais, dans l’évangile, il ne s’agit pas seulement d’apprivoiser les différences. Jésus demande à boire, une requête qui semble humainement naturelle à cette heure du jour, mais c’est pour susciter notre soif d’une eau vive qui vient de plus haut et que lui seul peut nous donner. Entre le puits et la source, il y a moins une opposition qu’un approfondissement, une intériorisation : la source réveillée nous révélera à nous-mêmes, en même temps qu’elle révélera Dieu en nous.

Cette conversation a pour but une conversion intérieure et, par conséquent, une transformation par le Seigneur. La Samaritaine parle de la dimension physique du puits, « il est profond » et le Christ parle de la dimension divine « La profondeur de soi… où se trouve l’image de Dieu », l’aventure de notre rencontre avec le Christ, avec ses risques et ses incertitudes.

Ce premier volet s’est achevé sur une question : comment faire preuve de la miséricorde de Dieu envers les autres dans notre vie quotidienne, pour devenir un vrai missionnaire ? 

Faire comme Jésus a fait : 

• Pas seulement en voyant mais en regardant ;

• Pas seulement en entendant, mais en écoutant ;

• Pas seulement en croisant les personnes mais en s’arrêtant avec elles. 

C’est de cette proximité dont il a été question lors de la deuxième session. La rencontre du Christ avec la veuve de Naïm. 

Dans sa mission, Jésus met la rencontre au premier plan. Sa compassion et sa tendresse sont un baume pour l’âme et un réconfort pour le cœur brisé par la douleur. 

Jésus est « saisi de compassion » en voyant la veuve. Elle a tout perdu : son mari, son fils unique, mais elle n’a pas perdu sa foi ni son espérance. Par cet acte de compassion, il rétablit les liens. Benoît XVI disait que « fermer les yeux sur son prochain rend aveugle devant Dieu ». La mission de l’Eglise est d’imiter le Christ : s’arrêter, regarder, écouter, vivre la proximité, restaurer les liens brisés et intégrer les personnes isolées dans leur communauté. 

La dernière séance a été dédiée à l’Exhortation apostolique du pape Léon XIV « Dilexi Te »  (« Je t’ai aimé »). Le pape Benoît parlait « d’un cœur qui voit ». L’Exhortation nous appelle à la conversion afin de sortir de notre zone de confort, à la compassion. Elle nous invite à passer de la culture de l’indifférence à la culture de la rencontre.

L’abbé Thierry Fouet conclut le cycle des 3 conférence en remerciant le Père Ghanoum de ces temps d’enseignement et de partage.

Depuis le banc du fond

Quel plaisir de rencontrer ce jeune homme souriant, qui a accepté avec générosité de partager pour nous l’expérience d’un pèlerinage. Merci Matheus !

Propos recueillis par François Riondel 
Photos : DR

Après avoir terminé ses études gymnasiales et bouclé ses obligations militaires, Matheus recherche, dans une période difficile, une forme de calme et de stabilité en s’offrant la possibilité d’un face à face avec lui-même. C’est ainsi qu’il décide de partir seul en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce choix n’est pas essentiellement religieux, mais plus largement spirituel, d’ailleurs, bien que se sentant très proche de Dieu, Matheus n’as pas de pratique religieuse.

Parti de Genève en mars 2025, les premiers jours sont éprouvants ; douleurs, froid et solitude s’invitent. Le doute s’installe, de plus, ce n’est qu’après une semaine qu’il rencontre enfin un premier groupe de pèlerins.

Cependant, Matheus, qui pensait boucler ce projet le plus rapidement possible, décide de persévérer en s’efforçant de lâcher prise, « donner le temps au temps » se dit-il. Alors, peu à peu, les rencontres et les événements s’intensifient. Impossible de résumer 76 jours de pèlerinage et 2100 km de marche, alors zoom sur quelques moments marquants : 

Une fin de journée, au terme de ses premiers jours de voyage, Matheus arrive très découragé dans une bourgade. L’office du tourisme lui donne quelques indications d’hébergement, finalement erronées. C’est à ce moment que Matheus rencontre fortuitement un monsieur âgé, prénommé Jean-Claude, qui l’invite chez lui pour la nuit. La soirée est délicieuse, l’accueil magnifique. Depuis ce beau moment, le pèlerinage commence à s’éclairer.

Quelques jours plus tard, Matheus s’assied en face d’une église et commence à manger son modeste repas, constitué d’un peu de terrine. Mais il n’a pas de pain. A ce moment, surgit un fourgon qui freine devant Matheus. La conductrice lui lance : « Vous voulez du pain ? » Cette dame récupérait en fin de journée les invendus des boulangeries. Dès ce moment, Matheus ne doute plus qu’il est accompagné et qu’il parviendra au bout de son chemin. Il comprend alors qu’avoir été poussé à bout, tant physiquement que moralement, était un passage nécessaire avant de pouvoir vivre des moments d’assistance providentiels : « Ceci fait partie du parcours à 100%, il ne faut n’y vouloir s’en débarrasser, ni s’en plaindre. »

Dans toutes les rencontres, Matheus réalise qu’on reçoit, mais qu’on peut donner tout autant. Pour exemple, offrir une écoute attentive à une dame amère et négative qui l’a hébergé avec réticence, a certainement apporté du réconfort. Preuves en sont les larmes et le sourire de cette dame au moment du départ : « C’est peut-être à travers moi qu’il se passe quelque chose. Eh bien, ce chemin, je souhaite qu’il ne soit que comme ça. Je n’ai pas envie que ce pèlerinage soit une performance, mais plutôt un don de soi qui nous porte jusqu’au bout. »

Ce long parcours a permis beaucoup de rencontres, donc tout autant d’adieux, parfois accompagnés de tristesse, vu les beaux moments partagés. Lors de l’une de ces séparations, assis devant un beau paysage, Matheus se voit accidentellement dans l’écran de son portable. Il réalise alors que c’est bien avec lui-même qu’il voyage et que toutes ces rencontres sont des passages éphémères à accepter. A cet instant, Matheus réalise qu’une nouvelle dimension s’offre à lui : « On doit s’aimer pour pouvoir aimer l’autre, avoir un peu de tolérance et d’amour envers soi-même. A ce moment, on peut partager cet amour. » Et dès lors, il se sent aimé…

Matheus arrive enfin à Saint-Jacques-de-Compostelle le week-end de l’Ascension. C’est un beau moment festif, joyeux et accueillant, mais ce n’est pas l’essentiel. Le parcours est lui-même la clé. Chaque pas accompli n’est pas une performance, mais une avancée sur un chemin de patience et de contemplation. Les moments pénibles sont une part importante de l’expérience, un véritable apprentissage.

Matheus est rentré chez lui avec la conviction qu’on fait partie d’une chaîne, qu’on est un maillon pour recevoir et donner, partager et aimer. Dorénavant, il se sent en contact avec le Seigneur, accepte bien mieux les moments difficiles et n’hésite pas à demander, par la prière, un soutien pour aller de l’avant !

Le visage de Jésus

Par Sœur Franzisca Huber
Photo : DR

Lors d’une discussion avec une amie non croyante, celle-ci me pose cette question : « Ton Jésus, quel visage a-t-il ? » Interloquée, j’avoue : je ne le sais pas, je n’ai pas vu son visage. L’interrogatoire se poursuit : « Et comment peux-tu aimer quelqu’un sans visage ? »

C’est vrai, je ne saurais décrire l’apparence de Jésus. Aucun Evangile ne donne de description détaillée, ni de couleur des yeux ou de peau, ni de taille. Pourtant, je suis sûre de le connaître puisqu’il se révèle à travers ses actes, ses paroles, sa vie, sa passion et sa Résurrection : mon Seigneur et mon Dieu, c’est ma foi ! L’homme qui, en son temps, fascinait ses disciples, captivait les foules, guérissant, prêchant, interpellant… Les uns l’ont côtoyé de son vivant et pour moi, il est le Seigneur au-delà de toute représentation. 

Néanmoins, j’ai eu tort, Jésus a bien un visage : celui de cette femme qui aime, cette mère qui souffre, cet enfant qui sourit, cet homme qui lutte, pleure, pardonne… Voilà quelques traits de son visage !

Qui est le Christ ?

« Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. » (Matthieu 1, 18) Cette phrase nous semble si familière que nous ne nous demandons même plus qui est ce « Jésus-Christ ». 

Les représentations du Christ sont diverses et variées.

Par Paul Martone
Photos: Unsplash, DR

Qui est Jésus ? 
Jésus est un personnage historique qui intéresse beaucoup de gens. Il n’y a personne dans l’Antiquité qui ait fait l’objet d’autant d’écrits que lui. Outre les quatre Evangiles, plusieurs auteurs qui n’étaient pas ses amis relatent sa vie. Aucun historien sérieux ne remet aujourd’hui en question son existence. « Mais Jésus est plus qu’un personnage historique : il est le Messie que les apôtres, à commencer par Pierre, ont reconnu et proclamé. Israël l’attendait et plus encore : le monde entier. Il est le christos, le Christ, l’Oint, celui qui est distingué du peuple, qui a la dignité royale. Il est le Fils de l’homme, qui est au-dessus de la création. Et Jésus-Christ est encore plus que cela : le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, oui, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel, le Logos », comme le dit le philosophe et journaliste allemand Josef Bordat dans son livre Von Ablasshandel bis Zölibat (Rückersdorf 2017, S. 108).

Christ
« Jésus-Christ » est la forme la plus ancienne et la plus courte de la profession de foi chrétienne : Jésus de Nazareth est en sa personne le Christ promis, c’est-à-dire le Messie. Le nom « Jésus » signifie « Dieu sauve ». L’enfant de la Vierge Marie est appelé « Jésus », « car il sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21). « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. » (Ac 4, 12)

Très vite cependant, Jésus-Christ n’a plus été compris que comme un double nom. C’est à partir de cette conviction religieuse que Jésus est le Christ promis, et que les sources chrétiennes ont été rédigées sur sa vie et son œuvre. Les épîtres de Paul et les évangiles sont avant tout des témoignages de foi dans lesquels l’histoire et l’interprétation religieuse, la vie et la légende s’entremêlent. Comme le disait Josef Ratzinger : « Le Christ n’est pas simplement un grand homme ayant vécu une expérience religieuse importante, il est Dieu, Dieu qui s’est fait homme afin de jeter un pont entre l’homme et Dieu, et afin que l’homme puisse véritablement devenir lui-même. Celui qui ne voit dans le Christ qu’un grand homme religieux ne le voit pas vraiment. Le chemin du Christ et vers le Christ doit aboutir là où aboutit l’Evangile de Marc, à la confession du centurion romain devant le Crucifié : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. » (15, 39) Pour connaître le Christ, il faut suivre le chemin que nous tracent les Evangiles. »

Le Messie
Nous croyons que Dieu a créé le monde entier et, le sixième jour, l’être humain comme point culminant et aboutissement de la création. Le premier couple, Adam et Eve, avait le bonheur de pouvoir vivre dans le jardin d’Eden, où il ne manquait de rien. Tout était à sa disposition, seul l’arbre de la connaissance était réservé à Dieu. Mais Eve, séduite par le serpent, cueillit un fruit de l’arbre, le mangea et en donna aussi à Adam. Par conséquent, le premier couple humain a dû quitter le jardin et travailler pour subvenir à ses besoins. Mais le pire était la séparation d’avec Dieu, qui conduisit rapidement au meurtre et à la mort. Dieu n’abandonna toutefois pas l’homme. Il restait une lueur d’espoir grâce à la promesse divine : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité. Il te frappera à la tête et tu le frapperas au talon. » (Genèse 3, 15) De nombreux prophètes de l’Ancien Testament ont fait référence à cette promesse et ont parlé d’un Messie particulier qui devait venir en tant que sauveur et pourvoyeur de paix. On l’appellera : Conseiller merveilleux, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix » (Isaïe 9, 6). La tradition chrétienne voit également dans Genèse 3,15 l’annonce du Messie rédempteur, le nouvel Adam. Pour les chrétiens, ce Messie a un nom : Jésus, né enfant à Bethléem, qui, par son obéissance jusqu’à la mort sur la croix, a réconcilié Dieu et les hommes. Jésus lui-même se considérait comme le Messie promis. 

L’Oint
Le mot Messie signifie « l’Oint ». Dans l’Ancien Testament, les prêtres, les prophètes et les rois étaient oints pour leur rappeler qu’ils devaient leur pouvoir à Dieu.

Déjà les premiers chrétiens voyaient en Jésus un descendant de David et le Messie attendu par les Juifs, l’Oint de la fin des temps, dont le retour et le royaume futur étaient imminents. Jésus fut oint par Marie, qui versa de la précieuse huile de nard sur ses cheveux. Par cette onction, elle a rendu témoignage à sa foi, affirmant que Jésus n’était pas seulement un orateur doué, un guérisseur miraculeux puissant et un homme aimable. Elle a intuitivement compris qu’il était le Sauveur attendu et espéré de Dieu. Jésus-Christ signifie donc : l’Oint de Dieu, dont les actes et les signes ont confirmé l’investiture et l’habilitation par Dieu. Par l’onction avec le saint chrême lors du baptême, nous sommes devenus un peuple royal, prophétique et sacerdotal, sur lequel repose la bénédiction de Dieu.

La Résurrection du Christ
Le Fils de l’homme est le Fils de Dieu, Dieu incarné, Dieu lui-même en la personne du Verbe éternel. 

Jésus lui-même en témoigne – en paroles et en actes. Il convient de mentionner ici sept formules par lesquelles Jésus se définit lui-même : « Je suis le pain de vie, la lumière du monde, la porte, le bon pasteur, la résurrection, la route, la vrai vigne. » Ces paroles résument tout ce qui constitue la foi chrétienne : « La certitude que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, qu’il nourrit notre vie de pain, de vin et de lumière, qu’il nous rend capables de nourrir et d’éclairer le monde et qu’il nous conduit vers le Père lorsque nous quittons ce monde – non pas vers la mort définitive, mais vers la résurrection et la vie éternelle. » (Josef Bordat)

Mais Jésus ne s’est pas contenté de paroles, il a aussi accompli un acte qui a complètement changé le monde : sa Résurrection d’entre les morts. Tout repose sur la Résurrection de Jésus, elle est déterminante pour la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi, écrit Paul, avant de poursuivre : Mais non ; le Christ est ressuscité… » Il peut dire cela parce que Jésus est apparu à ses disciples en chair et en os, qu’il a mangé avec eux et s’est laissé toucher et qu’il est également apparu à Paul lui-même aux portes de Damas et l’a appelé à être le messager de la résurrection. 

Nous aussi, nous devons être de tels messagers !

Le mot Messie signifie Oint. Dans l’Ancien Testament, les rois notamment étaient oints, comme ici David.

« Pour vous, qui suis-je ? » (Marc 8, 27-30)

Pierre – ici à genoux – au nom du groupe des apôtres désigne Jésus du titre royal et divin de « Christ ».

Par François-Xavier Amherdt | Photo : DR

Située au milieu du deuxième évangile, la double interrogation de Jésus envers ses disciples sur le chemin de Césarée de Philippe continue de retentir telle une invitation à nous situer en vérité dans notre foi profonde. « Qui suis-je au dire des gens ? Et pour vous, qui suis-je ? » Elle occupe donc une place centrale et débouche dans les trois synoptiques sur les annonces de la Passion.

Nous ne pouvons pas nous contenter de réponses toutes faites désignant le Fils de l’homme comme « Jean le Baptiste », le plus grand personnage de l’Ancien Testament, ou « Elie », la figure du messager qui devait revenir annoncer le Messie, ou un « prophète » parmi d’autres porte-parole de Dieu.

Si nous le faisions, nous serions « envoyés dans les cordes » de notre conscience par le Saint Esprit, qui exigerait de nous une prise de position personnelle et vitale. Car il s’agit là du petit point central sans lequel la roue de notre existence tourne à vide et autour duquel s’organisent tous les rayons de nos convictions.

Si nous nous limitions à voir en lui un homme, même exceptionnel, sa mort et sa Résurrection paraîtraient inimaginables ou anecdotiques et nous serions les plus à plaindre parmi les êtres humains (1 Corinthiens 15, 19). Si nous le placions au même niveau que d’autres « fondateurs de mouvements religieux », comme Moïse ou Mahomet, nous passerions à côté de l’essentiel.

Seule vaut la réplique de Pierre l’impulsif qui, au nom du groupe des apôtres, le désigne du titre royal et divin de « Christ », c’est-à-dire le Messie, le Fils de Dieu. Sinon, la Trinité serait simple affabulation et notre destinée éternelle dans le Royaume des cieux, une illusion.

A chacun(e) de nous donc de nous situer en toute authenticité face à cette question décisive. S’il est notre Créateur et notre Rédempteur, notre trajectoire trouve sa pleine signification, à condition que nous nous unissions à lui dans l’intimité de notre cœur et de notre prière. « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous nous attachons à lui, avec lui nous régnerons. » (2 Timothée 2, 11)

Vicaire du Christ

Inoccent III ira jusqu’à signer ses textes au titre de «vicaire de Dieu».

Par Thierry Schelling | Photo : DR

Vraiment ? Le pape serait « vicaire », c’est-à-dire, selon la définition du mot, « qui exerce en second les fonctions attachées à un office ecclésiastique » ou « le suppléant », « le remplaçant ». Donc, par syllogisme, le pape remplacerait ou suppléerait le Christ…

Histoire

C’est Gélase qui introduit l’expression à la fin du Ve siècle, qui va remplacer petit à petit les « Vicaire de Pierre » ou « Vicaire de Pierre et Paul » avec lesquels il a longtemps cohabité. Qui plus est, maints évêques et prêtres (oui, oui !), au cours des siècles, se sont dotés du même titre, « vicaire du Christ » en tant que successeur apostolique. Mais le sens théologique perd de son importance au profit du juridique – une constante dans l’Eglise latine occidentale – visant à asseoir le pouvoir universel temporel de l’évêque de Rome sur toute l’Eglise. Innocent III ira jusqu’à signer « vicaire de Dieu » ! Le remplaçant de Dieu ?

Vatican II

Lumen gentium affirme que les évêques dirigent les Eglises particulières (comprendre les diocèses qui leur sont affiliés) comme vicaires du Christ « par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice du pouvoir sacré » (n. 27).

Cela nous fait donc plus de 5000 « vicaires du Christ » au vu du nombre d’évêques catholiques en 2023. Plus de 5000… plus 1, celui de Rome qui « est le chef du collège des évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Eglise tout entière » (canon 331 du Droit canonique). 

Et comme Dieu, il « possède le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement » (ibid). Un peu comme Dieu, mais uniquement par métaphore, car le pape n’est qu’un homme en somme…

Celui qui nous apprend à regarder autrement

Chaque mois, L’Essentiel propose à un ou une représentant(e) d’un diocèse suisse de s’exprimer sur un sujet de son choix. Roberto De Col, représentant de l’évêque pour l’écologie intégrale du diocèse de LGF, est l’auteur de cette carte blanche. 

Par Roberto De Col | Photos : Josimoes, Unsplash

Le Christ, c’est qui ? La question paraît simple et pourtant, elle touche au cœur de la vie chrétienne : qui est-il pour moi, quelle relation j’entretiens avec lui et qu’est-ce que cela change dans ma vie ? Et si le Christ était d’abord Celui qui nous apprend à regarder autrement : à voir le monde non comme une réserve à exploiter, mais comme une maison commune où chaque être vivant a sa place, sa dignité et sa mission.

Dans l’Evangile, laissé en héritage pour éclairer nos vies, Jésus ne parle pas explicitement d’écologie. Pourtant, tout son chemin en porte la trace : il contemple le
lys des champs, admire les oiseaux du ciel, partage le pain, guérit les corps, restaure les relations et redonne à chacun la possibilité d’habiter la Terre en paix. Il relie ce que nous séparons volontiers : la nature, les pauvres, la justice, la communauté, Dieu. En ce sens, il révèle un principe que Laudato si’ rappelle avec force : tout est lié.

L’écologie intégrale ne consiste pas seulement à protéger l’environnement ; elle demande d’adopter une attitude intérieure renouvelée : vivre en frères et sœurs, prendre soin des fragilités, renoncer à la logique de possession pour entrer dans celle du don. Le Christ replace ainsi la personne humaine au cœur de la création, non pas au sommet pour dominer, mais au centre pour servir et relier.

Alors, « le Christ, c’est qui ? » C’est Celui qui fait naître en nous un regard nouveau. Celui qui nous sort de l’indifférence, nous apprend à reconnaître la valeur de ce qui est humble, vivant, blessé. Celui qui tisse une alliance entre l’humain, le vivant et Dieu. Et peut-être aussi Celui qui nous murmure aujourd’hui que la conversion écologique commence quand nous retrouvons notre juste place dans la création : ni maîtres, ni consommateurs, mais gardiens émerveillés.

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