Ces crises de colère concernant la liberté sont interpellantes… Certains vont jusqu’à parler de dictature, de décisions liberticides ! Mais qu’est-ce qu’une dictature ? Que sont des décisions liberticides ? Mesure-t-on la portée de ces mots jetés à tort et à travers ?
Lorsque j’étais adolescente, lorsqu’on parlait de dictature à l’école, en groupe ou autour de la table familiale, il s’agissait clairement des pays de l’Europe de l’Est ou d’Amérique latine sous l’emprise de régimes politiques marqués par la terreur ou le totalitarisme. Ou encore l’Afrique du Sud sous le joug de l’apartheid, et d’autres Etats encore, dans lesquels l’intégrité physique et mentale de la personne ainsi que sa dignité, étaient quotidiennement bafouées, massacrées.
En 1983, j’ai traversé le Rideau de Fer. J’ai vu les miradors et les mitraillettes nous surveiller de très près lors de notre entrée en Tchécoslovaquie, ainsi que toute la surveillance dont nous avons fait l’objet en Pologne durant notre séjour. Je me rappelle les longues files d’attente pour obtenir une bouteille de lait, une miche de pain, et autres denrées alimentaires de base.
J’ai vu, dans un mortel silence, le camp d’Auschwitz : des barbelés, le mur où étaient mitraillés certains déportés, les fours crématoires, les chambres à gaz, les effets personnels de tous les déportés qui ont souffert l’enfer dans ce lieu, le crochet de pendaison. J’ai vu les traces de la liberté mutilée et je ne pourrai pas l’oublier. Nous en étions sidérés.
Excusez cette macabre énumération, mais c’est pour mieux la mettre en écho avec toutes ces manifestations de crise concernant la soi-disant mise à mal de notre liberté, parce qu’on nous oblige à porter un masque, à continuer à respecter les gestes barrières, etc. Comble de tout : on serait confronté à une incitation liberticide à nous faire vacciner !
Mais de quelle liberté est-il question ?
Une liberté individuelle, qui évoque une liberté égoïste, qui
s’attache au bien-être, au bien-vivre strictement personnel… Etre libre de faire ce que l’on veut, comme on le veut, où on le veut, quand on le veut, avec qui on le veut, sans contrainte, ni limite, sans s’occuper, au fond, de toutes les conséquences que cette attitude peut engendrer. Ce qui tue la liberté, c’est de ne la vouloir que pour soi-même, et à tout prix. Ne dit-on pas justement que « la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence » ? C’est la première chose qui me vient à l’esprit dans cette polémique. La vraie liberté, celle qui se puise à l’intérieur de nous-mêmes, est celle de choisir la responsabilité personnelle et collective, au-delà de nos peurs. C’est la liberté de celle ou celui qui pose un acte citoyen en vue du bien de tous. La liberté est ce qui ouvre la vie pour chacun.
Un progrès à double tranchant
Nous nous vantons des progrès de la science, mais, lorsque ceux-ci concernent directement notre vie personnelle dans l’objectif de lutter contre une situation dangereuse, pourquoi la peur et le refus devraient l’emporter au nom de cette fameuse sacro-sainte liberté qui en fait n’en est pas une, puisque qu’elle va porter atteinte à autrui à un moment ou à un autre.
Le Christ ?
« Qui a accepté de donner librement sa vie, sans qu’on la lui prenne, pour libérer l’homme ? » Jésus. Pourtant sa liberté totale a passé par des mains liées, par la torture et une mort violente ! Quoi de plus liberticide ? Pourtant, Jésus a renoncé librement à sa vie pour qu’elle devienne ferment de libération pour tout homme.
Comme Don Bosco en pleine pandémie
Lorsque je permets aux autres de respirer, de bouger, d’être en sécurité, je « donne la vie » à ma manière. Et « donner la vie », c’est sûrement donner de la liberté, la plus belle liberté, celle qui permet la croissance, le développement, la dignité. « Bons chrétiens et honnêtes citoyens… », c’était dans cet esprit que Don Bosco à Turin envoyait ses jeunes venir en aide aux malades du choléra en leur demandant d’observer strictement des règles d’hygiène. Aujourd’hui, c’est un effort de comportement citoyen et responsable qui est demandé à chacun d’entre nous.