L’Espérance envers et malgré tout

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Aigle (VD), janvier 2021

Par Jean-Marc Nemer | Photo: Sylvain Vauthier

Nous voici au début d’une nouvelle année. De quoi sera-t-elle faite ? Prenons le temps de rêver et, sur cette page blanche que nous offre 2021, écrivons nos souhaits les plus chers. Vœux de bonheur et de paix, d’amour et de santé – c’est ce que nous vous souhaitons. C’est ce que souhaite l’humanité entière. Pourtant, tant de personnes souffrent tout autour du globe ! Laissons-nous interpeller par nos frères et sœurs orientaux, qui nous offrent un beau témoignage d’espérance au milieu de leurs tribulations.

Parmi les chrétiens persécutés dans le monde, les plus connus sont ceux d’Orient, ceux-là même qui habitent la terre que le Christ a foulée il y a 2000 ans. Il semble pour beaucoup qu’ils appartiennent à un autre monde. C’est vrai en quelque sorte. Nombre d’Orientaux les considèrent comme des étrangers dans leurs propres terres. Nombre d’Occidentaux les considèrent simplement comme « ceux de l’Orient ». Des chrétiens d’ailleurs. Souvent incompris. Fréquemment aimés et soutenus.

Pourtant, ils sont sur cette terre d’Orient depuis la nuit des temps. En dépit des vicissitudes de la vie sociale, culturelle et politique à travers les siècles, ils tiennent bon. Ils ont pris l’habitude, après chaque calamité, chaque exode, chaque vague d’immigration forcée ou voulue, de continuer avec ceux qui restent. Le petit reste.

Qu’est-ce qui anime ce petit reste ? Leur fidélité au Christ. Mon confrère et ami en Christ, Mgr Traboulsi, vicaire général au diocèse Chaldéen de Beyrouth, nous le rappelle : « alors que toutes les portes sont closes… Voir et toucher l’humanité réelle de Jésus, son humanité crucifiée mais ressuscitée ; telle est l’admirable audace des chrétiens d’Orient » (voir pp. 7-9 L’espérance chrétienne au Moyen Orient).

Pour les chrétiens persécutés, il y a une seule « porte » de sortie : celle de la « foi » (Ac 14, 27) en un Christ mort et ressuscité pour tous. Conscients qu’ils sont en pèlerinage sur la terre, comme tous les humains, ils sont épris de liberté. Mais leur liberté émane du Christ. A travers Lui, de génération en génération, ils expérimentent la liberté : celle des enfants de Dieu. Leur liberté est intrinsèque à leur fidélité, à une foi qui est trois fois sainte. Cette liberté pour les frères de Jésus s’exprime en faveur de la solidarité intracommunautaire, mais aussi et surtout avec les déshérités. L’espérance des chrétiens provient de la miséricorde enseignée par le Christ : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » (Luc 6, 36-37a) Mais œuvrer à cette liberté fondée sur un Dieu miséricordieux et libérateur est, hélas pour beaucoup, une source de malheur qui pousse à leur persécution. Car l’amour vrai, l’amour qui se donne gratuitement et qui libère, est souvent mis à mal par l’inimitié qui sévit dans le monde. Pour comprendre pourquoi les chrétiens sont persécutés, écoutons Patrice de la Tour du Pin s’inspirant de la spiritualité christique orientale : « La lumière de Dieu veille ses germes, dans le Souffle de Dieu. Ils croissent et respirent, ils reproduisent la Parole et la transmettent. » Vivre par et à travers la Parole, la respirer et la transmettre, c’est là que résident le malheur et l’Espérance des Chrétiens persécutés.

Saint Pierre, vitrail de Paul Monnier

Eglise du Sacré-Cœur, Lausanne

Par Amandine Beffa
Photo: Jean-Claude Gadmer

Avec son vitrail, Paul Monnier nous présente saint Pierre dans sa force (il porte les clefs), mais aussi dans ses faiblesses (le coq qui rappelle le reniement).

Nous avons parfois une image parfaite des saints. Et parmi tous ceux qui ont fait des choses remarquables et dont l’exemple nous semble inaccessible, saint Pierre tient une place particulière. Il s’agit tout de même de la personne à qui Jésus a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19)

Le vitrail de Paul Monnier nous invite toutefois à ne pas trop vite déclarer que la sainteté n’est pas pour nous. En effet, saint Pierre est peut-être représenté avec les clefs, mais aussi avec le coq. Bien sûr, Pierre est celui qui répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16) lorsque Jésus demande qui les disciples disent-ils qu’il est. Mais, il est aussi celui qui le renie trois fois (Mt 26, 69-75). 

Ces deux épisodes font de l’apôtre notre compagnon de foi par excellence. Ils nous rappellent que Dieu fait avec ce que nous sommes : le vitrail représente un homme qui tient fermement les clefs dans ses mains, comme quelque chose qu’il protégera et ne laissera pas tomber, tout en ayant derrière lui un coq qui rappelle ses doutes et ses manques. 

La pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie est la confession de foi de Pierre. Et lorsque l’on bâtit sur la foi, le vent et la pluie peuvent assurément s’abattre sur la maison, elle ne vacillera pas. L’apôtre a certes eu peur pour sa vie et a préféré prétendre ne pas connaître cet homme qui allait être condamné, mais c’est sa foi qui l’a ramené au Christ après la résurrection.

Et c’est là que Pierre est un exemple : être saint, ce n’est pas être parfait comme une statue d’albâtre. C’est avoir la foi comme GPS, c’est laisser cette foi recalculer notre itinéraire vers Dieu lorsque nous nous éloignons un peu trop.

Moteur de son combat: la foi

Socialiste convaincu, intellectuel engagé, à 86 ans, Jean Ziegler ne songe pas à prendre sa retraite. Il vient de publier Lesbos, la honte de l’Europe, une dénonciation de la tragédie vécue par les réfugiés en mer Egée. Au front pour défendre les causes qui lui tiennent à cœur, il dévoile le moteur de son infatigable combat: sa foi. 

Par Myriam Bettens
Photo: Jean-Claude Gadmer

A la page 48 de « Chemins d’espérance » vous écrivez : « Je crois à la résurrection. L’infini du temps et de l’univers nous constitue. »
Jean-Paul Sartre dit que « toute mort est un assassinat ». Je partage son point de vue. Nous vivons parallèlement le destin du corps et celui de la conscience. Le corps va naturellement vers la mort, alors que la conscience a un destin cumulatif et infini. La résurrection demeure une évidence, mais personne ne sait comment cela se produit. 

Quelle est la nature de Dieu selon vous ?
Dieu est amour infini ! D’ailleurs, si nous pouvons prodiguer de l’amour à d’autres, c’est qu’il vient bien de quelque part. Il est aussi providence, ce que nous comprenons facilement. Par contre, le mal, nous est totalement incompréhensible. Raison pour laquelle nous devons rester humble et accepter de ne pas tout comprendre.

Est-ce la croyance en Dieu qui vous guide ?
Mon rapport à Dieu est une relation singulière, personnelle. Il détermine ma vie. Nous sommes responsables de notre vie et de chacun de nos gestes. Nous avons la responsabilité de chaque instant que nous vivons.

Vous citez souvent Bernanos : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. » Est-ce de cette responsabilité que vous parlez ?
Exactement ! Toutes les cinq secondes sur notre planète un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, alors que la production agricole mondiale pourrait nourrir le double de l’humanité. Il n’y a aucune fatalité : un enfant qui meurt de faim au moment où nous parlons est assassiné, j’en suis aussi responsable.

Vous avez la foi, mais à la manière de Victor Hugo, vous détestez toutes les Eglises, aimez les hommes et croyez en Dieu.
Oui, je crois qu’il a profondément raison. Ernest Renan disait que « le Christ n’est pas venu sur terre pour s’emparer du pouvoir et de la richesse, mais pour les détruire ». Bien que le pape François soit un cadeau du ciel, le Vatican est un exemple d’absurdité. On y trouve des richesses indécentes, alors qu’une partie du monde meurt de faim. Une flagrante contradiction ! 

Etre « un bon » chrétien aujour­d’hui, cela signifie quoi ?
Les Evangiles constituent le texte le plus révolutionnaire jamais venu au monde. Notre actuel ordre cannibale du monde doit être combattu de toutes nos forces. Pour être dignes de la grâce de Dieu, nous devons détruire les structures d’inégalité et d’exploitation de l’homme par l’homme. Ce monde est fait de main d’hommes et peut être changé par les hommes. Le chapitre 25 de l’évangile de Matthieu est lumineux à cet égard : le Christ y affirme sa radicale identité avec les plus pauvres, avec les plus humiliés. Qui veut le suivre doit nourrir les affamés, aider les réfugiés, venir en aide aux écrasés.

D’une confession à l’autre

Deux étapes fondatrices de ce révolté datent de ses années gymnasiales. A cette époque, Jean Ziegler décide de rompre radicalement avec son milieu protestant (son père, calviniste thounois, était juge et colonel à l’armée), il refuse la prédestination calviniste, part à Paris et s’enrôle dans les jeunesses communistes. Le marxisme lui fournit les instruments pour comprendre le monde, mais ne répond pas à ses questions existentielles. C’est auprès du jésuite Michel Riquet qu’il trouvera des réponses. Cette période marque un tournant dans sa vie : il décide de se faire appeler Jean et non plus Hans, puis se convertit au catholicisme. L’autre rencontre se déroule en 1964, lorsqu’il sert de chauffeur à Ernesto Che Guevara lors de la Conférence de l’ONU sur le sucre à Genève. La dernière nuit, alors qu’il demande à suivre le comandante de la lutte révolutionnaire jusqu’à Cuba, le Che lui répond : « Ici, c’est le cerveau du monstre, c’est ici que tu es né, c’est ici que tu dois lutter. »

Biographie express

• Hans (Jean) Ziegler est né le 19 avril 1934 à Thoune. 

• En 1953 il part à Paris où il s’inscrit à l’Institut d’études politiques et à la Faculté de droit.

• De 1972 à 2002, il est professeur de sociologie à l’Université de Genève. 

• En 1967, il est élu conseiller national socialiste, charge à laquelle il sera réélu plusieurs fois.

• De 2000 à 2008, il est rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.

• Depuis 2009, il est membre du comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, poste auquel il a été réélu en 2013, puis à nouveau en 2016.

• Il est l’auteur de plusieurs livres à succès traduits dans de nombreuses langues.

Chrétiens persécutés

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, décanat Sion (VS), janvier 2021

Par l’abbé Philippe Aymon | Photo: Foyer Dents-du-Midi

Père Clément Renirkens

« Le sang des martyrs est une semence de chrétiens » 

Le titre de cet article est de Tertullien (160 – 220), c’est une phrase qui a traversé les siècles et s’est révélée juste à travers le temps. Converti vers 193, Tertullien est bien au fait des persécutions. Il en parle en venant d’une époque où être chrétien était un choix qui distinguait le disciple du Christ des autres habitants de la cité, et le mettait en porte-à-faux avec l’Etat et l’empereur.

Mais le temps des martyrs ne s’arrête pas aux premiers siècles de l’Eglise. Le pape Jean-Paul II disait même qu’ils étaient plus nombreux au XXe siècle qu’au cours des dix-neuf précédents ! Le fascisme, le nazisme, le communisme et tant d’idéologies mortifères s’en sont pris aux chrétiens de toutes confessions, eux qui préféraient le Royaume des Cieux aux promesses des dictateurs qui persécutaient leur peuple pour faire advenir le bonheur ici-bas. 

Je me souviens de quelques rencontres. 

Avec Mgr Raymond-Marie Tchidimbo, évêque de Conakry, arrêté le 23 décembre 1970 sur l’ordre de Sékou Touré, et qui passa 8 ans au camp militaire de Boiro. 

Avec un prêtre français, un peu plus âgé que moi, qui se rendait en Chine comme homme d’affaires, afin de visiter l’Eglise du Silence et donner une formation aux chrétiens et aux séminaristes clandestins.

Enfin avec le fondateur du Foyer de Charité de Bex, le Père Clément Renirkens (1916-1999). Arrivé à Shanghaï en 1947, il est arrêté en 1953 et libéré en 1954 après les Accords de Genève. Son témoignage sur sa façon de vivre sa foi en prison est riche d’enseignement pour ceux qui ne peuvent assister à la messe chaque dimanche, comme dans certains pays de mission.

Ce sont des témoignages de vie qui inspirent respect et humilité. Respect pour tant de témoins fidèles, humilité dans ce que nous vivons aujourd’hui. Certaines réactions face aux mesures sanitaires liées à la Covid-19 laissent pantois : « discriminés », « victimes », « atteinte à la liberté de culte ». C’est non seulement faux, c’est surtout irrespectueux en pensant aux vrais martyrs ou aux témoins de la foi. Ne confondons pas persécutions et contrariétés. Mais rassurons-nous, quand l’Etat s’en prendra véritablement à nous, nous aurons vite fait de découvrir la différence…

«J’étais prêt à mourir pour Jésus»

Par Bénédicte Drouin Jollès
Photo: DR

Dans ma carrière de journaliste certaines rencontres restent gravées.  Comment oublier le Père Jacques Mourad, moine syrien, otage de Daech pendant cinq mois ? A plusieurs reprises, la mort s’est approchée de lui. Alors que la lame d’un couteau presse sa gorge, ses ravisseurs lui demandent de renier Celui pour lequel il a donné sa vie. A chaque fois, il refuse jusqu’à ce qu’un musulman lui permette de s’évader. Il avoue : « J’étais prêt à mourir pour Jésus. » Le chapelet lui permet de tenir. Quelle leçon de courage et de foi pour nous chrétiens européens qui hésitons à témoigner de notre foi. J’ai eu honte, je me suis sentie toute petite… 

Et pourtant le Christ nous a prévenus, Il n’est pas venu apporter la paix, mais la division (Matthieu 10, 34-35). « Heureux les persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. » La dernière des huit béatitudes entendue trop distraitement est pourtant d’actualité. Plus de 250 millions de chrétiens sont chaque jour inquiétés, chassés, torturés. Ils n’ont jamais été aussi nombreux. Et si nous nous en faisions des amis à écouter et à soutenir, par notre prière ou par nos dons ? Nos existences et nos communautés en sortiraient vivifiées.

En librairie – janvier 2021

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

En mon âme et conscience
Philippe Barbarin

« Tout se dit, mais où est la vérité ? On a faussé tout ce que j’ai pu dire. On a interprété des faits en les détournant. On m’a traité de pédophile dans le métro, dans les rues, quand j’allais prendre le train. Je n’étais plus “audible”. J’étais coupable. Le temps est venu d’apporter mon témoignage. La vérité est nécessaire. Pour tous. » Tels sont les propos du cardinal Barbarin alors que le monde médiatique a réussi ce tour de force de transformer l’Affaire Preynat, cet abbé auteur d’innombrables abus sexuels sur les enfants, en l’Affaire Barbarin, coupable selon lui d’avoir tardé à écarter ce prêtre abuseur. « Méfiez-vous des journalistes, disait Bernard Cazeneuve, ils font des omelettes avec des œufs durs ! » Livre passionnant qui montre qu’insidieusement, on harcèle et persécute un évêque et, à travers lui, l’Eglise du Christ.

Edition du Plon

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Je marcherai d’un cœur parfait
David Hennebelle

Dans ce roman, David Hennebelle revient sur la vie et la mort des moines de Tibhirine au cours de la décennie noire des années 1990. Ils partagent avec leurs voisins musulmans leurs valeurs spirituelles jusqu’à ce que les blessures béantes de l’Algérie ruinent cette harmonie. L’auteur raconte avec grâce le quotidien ardent de ces chrétiens venus accomplir leur quête d’absolu en pays musulman. Des années d’engagement et de dévotion célébrées dans une ode aux paradis perdus, une peinture lumineuse bientôt noircie par l’aveuglement des hommes.

Editions Autrement

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Dieu – Yahweh – Allâh
Collectif

Parmi les grandes religions du monde, il en est trois qui prônent la foi en un Dieu unique : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Elles se sont développées comme les branches majestueuses d’un même arbre. Chacune possède ses propres règles, ses propres gestes, ses propres prières, ses propres fêtes, qu’il est souvent bien difficile de comprendre. Ce livre reprend plus d’une centaine de vraies questions posées par des enfants à propos de ces trois grandes religions. Pour connaître davantage sa religion et pour partir à la découverte de la vie des autres croyants.

Bayard Jeunesse

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Avec les martyrs chrétiens d’aujourd’hui
Dominique Bar – Gaëtan Evrard

« Il y a davantage de martyrs aujourd’hui qu’aux premiers temps de l’Eglise. » Cette affirmation du pape François est confirmée par les faits quotidiens. « La croix se trouve toujours sur la route chrétienne » à travers le monde, quels que soient les continents. Si elle est visible surtout actuellement au Moyen-Orient et dans certains pays d’Afrique, les exactions, humiliations et persécutions à l’encontre des chrétiens s’intensifient dans tous les points du globe, en Asie, en Inde et même en Europe, dans l’indifférence de la plupart des médias. Une BD préfacée par Mgr Jeanbart, archevêque d’Alep, en Syrie.

Editions du Triomphe

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La voie des martyrs

Par Thierry Schelling
Photo: Ciric

La grande Eglise
François est revenu sur le thème à plusieurs reprises : entre membres des quelque 350 Eglises recensées auprès du Conseil œcuménique des Eglises à Genève, il y a déjà une réalisation de notre parfaite communion : les martyrs ! Des baptisés de tout âge sont torturés, persécutés, affamés, bafoués dans leurs droits humains, et finissent morts in odium fidei, par haine de leur foi. Peu importe leur appartenance ecclésiale, ils sont membres de la Grande Eglise au-delà des clivages théologiques et des rivalités de pouvoir… Et leur nombre est plus grand que les victimes de la Tétrarchie 1, semble-t-il. Mais le nombre importe-t-il dans le fond ?

La seule Eglise
On est en droit de se demander pour quelle avancée orthodoxes, anglicans, catholiques et protestants prient encore ensemble : nos Semaines de prière pour l’unité ont-elles encore un sens après 113 ans de récurrence 2 ? D’un côté, oui : accords et intercommunions ont inexorablement rapprochés protestants, catholiques-chrétiens et anglicans 3. Mais… avec Rome ? François, Benoît XVI, Jean-Paul II, Paul VI et même Jean XXIII ont tous eu recours à la rhétorique du « Comme j’aimerais que nous soyons un ! » Et ? 

La vraie Eglise
Alors l’épiscopat allemand veut quand même avancer raisonnablement, praktisch4… Pouvons-nous tous rester unis pour envisager encore et toujours un horizon commun plausible et concret ? Plus d’un siècle est passé tout de même…

1 Gouvernement romain de la fin du IIIe siècle connu pour sa persécution des minorités chrétiennes et manichéennes.
2 La première a été inaugurée en… 1908 !
3 Anglicans et catholiques-chrétiens interchangent leur ministre du culte ; luthériens et anglicans ont signé la Communion de Porvoo en 1994 déjà !
4 Cf. www.katholisch.de/aktuelles/themenseiten/der-synodale-weg-der-kirche-in-deutschland
Avant lui, les épiscopats anglican et catholique-romain de Grande-Bretagne ont publié un rapport intitulé Walking Together on the Way : Learning to Be the Church-Local, Regional, Universal en 2018 (cf. iarccum.org/doc/?d=721).

Semence d’espérance et de vie

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur de l’Entremont (VS), janvier 2021

Par Gildas Tchibozo | Photo: DR

Etre chrétien n’est pas une assurance tous risques.

Etre chrétien nous expose à d’éventuelles et perpétuelles persécutions dans le monde.

Cela est si vrai que, Jésus, en annonçant sa Passion à ses disciples, leur prédit :
« On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. » Lc 21, 12

Aussi, depuis ses origines, le christianisme a toujours été contesté, rejeté et combattu.

Les plus grandes et violentes persécutions ont eu lieu dans les quatre premiers siècles, sous l’Empire romain d’alors. A titre d’exemples, on peut citer : celles de Dèce en 250, de Valérien en 257-258, de Dioclétien en 303-305.

Mais bien avant ces périodes, il y a eu souvent des émeutes et effets de foules où les chrétiens sont victimes de violences sanglantes. C’est le cas d’Etienne, premier Martyr, mort par lapidation ; ou encore de Pierre et Paul, massacrés sous l’Empereur Néron vers l’an 64.

Ces premiers Martyrs de l’Eglise ont favorisé la foi chrétienne catholique. C’est ce qui fait dire à Tertullien : « Le sang des Martyrs est une semence de chrétiens. »

Du Moyen-Âge à nos jours, les persécutions ont pris diverses formes allant des représailles à l’interdiction de culte.

Aujourd’hui, la réalité est toujours présente, avec des persécutions physiques, morales, psychologiques, idéologiques et même médiatiques.

On se souvient encore du Martyre des sept moines de Tibhirine en Algérie en 1996, ou plus loin celui du Bienheureux Maurice Tornay en 1949 au Tibet…

Les chrétiens persécutés communient aux souffrances du Christ crucifié.

Les persécutions sont un chemin de sainteté et un moyen de salut :
« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouisse-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » Mt 5, 11-12a

Je souhaite, j’espère…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur des Deux-Rives (VS), janvier 2021

Texte et photo par Jean-Christophe Crettenand 

« Appelés à l’espérance », tel est le titre de ce premier numéro de l’année. Au moment de rédiger cet édito qui est aussi l’occasion de vous souhaiter, à vous lecteurs et à vos proches, tout le meilleur pour 2021, je me demande bien que faire de cette espérance… Qu’espérer ? Que souhaiter ?

Evidemment, dans un contexte de fin d’année 2020, mon premier réflexe serait de dire tourner la page afin de découvrir un nouveau chapitre plus lumineux (j’allais écrire plus positif mais n’ai pas osé le faire…)

Puis, en prenant le temps de la réflexion, je me dis que cette coupure avec nos habitudes est là comme une sorte d’électrochoc. Un signal fort qu’il nous faut mettre à profit afin de ne pas retomber dans les « trains-trains » qui nous sont apparus, durant la première vague en particulier, comme plein de petits éléments que nous voulions changer…

Je souhaite à chacun de vivre les choses avec un regard neuf. Ce texte de l’Evangile qu’il me semble connaître par cœur, est-ce que j’en ai bien compris tous les mots, est-ce que j’en ai bien compris le sens, quelle est sa résonance « aujourd’hui », qu’est-ce qu’il peut m’apporter ? Idem pour les prières où là la sensation du par cœur est encore plus forte. Est-ce que je pense à ce que je dis ou est-ce que je récite à la manière d’une chanson en anglais dont je répète les sons sans me soucier du contenu ?

Voilà ce que je nous souhaite. Regardons les choses avec des yeux nouveaux, plein d’espérance… au risque d’y prendre goût.

Ma fille Léa (10 ans) m’a proposé de l’aide. Je lui ai donc demandé quels étaient ses vœux.
« Je vous souhaite du bonheur, de l’amour et de la joie et de rester positifs 1 dans les moments de joie comme dans les moments de peine. »

1 Elle a osé le « positif ». Bravo Léa !

Chrétiens d’Orient persécutés

Par François-Xavier Amherdt
Photo: Cath.ch Bernard Hallet

En ce mois abritant la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier) et le Dimanche de la Parole de Dieu (24 janvier), il est opportun d’accueillir la dernière béatitude chez Matthieu (5, 11-12) en nous associant aux chrétiens violentés d’Orient, de quelque confession qu’ils soient : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persé­cuté les prophètes qui vous ont précédés. » Et dire que c’est cette phrase que le pape François a choisie pour libeller le titre de son exhortation Gaudete et exsultate sur la sainteté au profit de toutes et tous !

D’une part, c’est là la forme ultime du témoignage commun, l’œcuménisme du sang, ainsi que le répète le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité. Lorsque les chrétiens sont chassés ou éliminés au nom de leur foi, leurs persécuteurs ne s’attachent pas à déterminer à quelle Eglise ceux-ci appartiennent. Le signe « N », repris par certains, signifie « Nazaréens » et désigne tous les disciples de Jésus de Nazareth.

D’autre part, cette ultime déclaration de bonheur n’est audible dans la bouche du Fils de l’homme que parce qu’il l’a vécue et accomplie lui-même. Il est allé au bout de l’amour et du don de soi, et c’est pour cela qu’il peut être déclaré « bienheureux ». De même, à son exemple, tant de prophètes, tant de martyrs au long des siècles qui ont offert leur vie, par imitation du Fils de Dieu.

Enfin, pour les chrétiens d’Orient qui, aujourd’hui encore, subissent le même sort que le Christ dont ils portent le nom, cette parole surprenante n’est acceptable que dans la mesure où leur situation les identifie à Jésus-Christ. Leur configuration baptismale trouve alors sa réalisation plénière et ultime. C’est par cette identification au Christ prêtre, prophète et roi que nous sommes appelés à devenir des saints, dans le martyr du quotidien, en profonde solidarité avec nos frères et sœurs orientaux. Fratelli tutti, tous frères et sœurs.