La première rose en souvenir de lui

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

Il y a plus de vingt ans, j’ai accompagné un de mes oncles dans ses derniers jours parmi nous. Il m’en reste un souvenir lumineux et une expérience forte que je vous partage ici.

PAR DOMINIQUE PERRAUDIN | PHOTOS : PIXABAY

Ce matin à la messe, pendant le Credo, une grande joie a ébranlé tout mon être. Un bonheur intérieur que l’on ne saurait expliquer a enflammé mon esprit. Une petite voix susurrait : « Dominique ne te reproche pas ta distraction. Laisse plutôt ton âme rester l’enfant que tu désires être lorsque que tu pries. » La paix envahissait mon âme. Tout à coup, m’est revenu à la pensée, le visage d’un oncle que nous avions hébergé, mon épouse et moi, durant les cinq derniers mois de sa vie.

Il y a de cela plus de vingt ans, un matin, notre oncle arrive chez nous en larmes avec son vélomoteur. Il annonce : « Marie, mon épouse est décédée. » Mon épouse et moi l’avons alors réconforté. Je lui ai dit que, s’il le voulait, je m’occuperais de toutes les formalités. Comme il vivait seul, nous lui avons proposé de prendre pension chez nous quelque temps. Ce qu’il accepta.

Peu de temps après, il me dit : « Dominique, j’ai un cancer. » Durant toute une année, la maladie n’a pas évolué. Il prenait son souper à la maison. Nos enfants étaient heureux de le recevoir. Un soir, après le repas, il me murmura : « Dominique je dois entrer à l’hôpital. » Je regardai mon épouse et, d’un commun accord, nous l’avons accueilli chez nous. Il souffrait beaucoup. Il ne se plaignait jamais. Les infirmières lui prodiguaient quelques soins et, en plaisantant avec elles, il les remerciait chaleureusement.

Non, ce n’était pas une « grenouille de bénitier », mais un dimanche il me dit : « On devrait aller à la messe. » Mon épouse l’aida à se mettre sur son trente et un. Ce que nous ignorions, c’est que ce dimanche-là était un dimanche où avait lieu la fête de la confirmation et l’église était bondée ! Pas une place assise. Il souffrait beaucoup et de la sueur perlait sur son front. Je m’approchais et lui dit : « Viens oncle, on reviendra un autre jour à la messe. » Il me fit des gros yeux et
me rétorqua : « Jésus a certainement plus souffert que moi, donc on reste jusqu’à la fin. »

La souffrance le minait, mais, avec force, il résistait à cette maladie qui le dévorait. Souvent, il m’expliquait sa vie de charpentier et me parlait en patois en disant : « Tous les matins, la caisse à outils sur le dos, à pied du Châble à Verbier, je me rendais au travail pour sept heures. » Il aimait m’expliquer également comment, à l’époque, le bois traversait la frontière en contrebande. En effet, le bois était précieux pour le chauffage l’hiver « Le garde forestier surveillait les contrevenants. Il fallait agir avec ruse », confirmait-il.

Peu temps avant de décéder, il fit un souhait peu banal : il me fit promettre d’apporter sur sa tombe au cimetière la première rose d’un plan qu’il nous avait donné et qui refleurissait chaque année. Je tins ma promesse et chaque année, j’emmenais cette première rose dans un petit pot.

Tout ce que cet oncle a apporté à nos enfants et à notre couple a été un exemple de vie. Un jour, nous voyant un peu tendus, il me dit les larmes aux yeux : « Je crois
que je veux aller à l’hôpital. » A mon
tour je lui fis les gros yeux et lui dit : « Jamais ! » Alors, un petit sourire égaya son visage.

Il s’en est allé un matin comme il était venu, en paix, presqu’avec le sourire. De ma vie, jamais je n’ai vu un homme aussi fier d’avoir accepté tout ce que la vie lui a donné, avec autant de paix, de joie et d’amour. Tout cela dans la souffrance. J’ai ainsi compris que la sainteté n’est pas souvent le fruit d’actions spectaculaires, mais surtout d’un amour humble qui ne s’exprime pas nécessairement au grand jour, mais au fond du cœur et en toute simplicité. Merci mon oncle.

Le Vestiaire paroissial de Martigny : pour toi et pour moi !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

Le Vestiaire paroissial est une affaire de famille ! Marie-Noëlle Farquet(-Duay), 57 ans, en est la responsable depuis 15 ans. Alors que je me rends sur les lieux un bel après-midi pour la rencontrer, j’entre et croise toute une cohorte de personnes farfouillant dans les rayons à la chasse à la bonne affaire… Après la fermeture, c’est autour d’un café que se poursuit la rencontre avec Marie-Noëlle et « ses assistantes »…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Marie-Noëlle, comment est né le Vestiaire paroissial ?

Vous en sauriez davantage si vous interrogiez le chanoine Jean-Michel Girard (actuel prévôt), car, avec les Sœurs de Sainte-Jeanne-Antide, c’est lui qui est à l’origine du projet.

Comment vous êtes-vous engagée dans le projet ?

Un beau jour, il y a 18 ans, je suis passée au Vestiaire comme cliente. J’étais intéressée par une activité qui me permette de sortir de la maison et de me changer les idées ! J’ai demandé à Sœur Marie-Marcelle, la responsable à l’époque (Sœurs de Sainte-Jeanne-Antide), si elle avait besoin de bénévoles. Elle a répondu que oui et c’est ainsi que j’ai commencé petit à petit. Il y a trois ans, la Sœur a dû rejoindre une autre communauté et, après toutes ces années d’engagement, elle m’a laissé les clés…

Aujourd’hui, quelles sont les motivations profondes qui vous tiennent à cœur ?

Ma principale motivation, c’est l’entraide ! Devenue maman très jeune, j’ai toujours préféré les vêtements et le matériel de seconde main. Pouvoir donner un coup de main aux autres est très gratifiant. Les rencontres et les contacts avec des personnes d’horizons très divers me plaisent beaucoup. Enfin, le fait de pouvoir sensibiliser les gens au principe « zéro déchet », valoriser les vêtements que personne n’utilise sont des dimensions auxquelles je tiens tout autant. Ce sont toutes ces valeurs qui me poussent à continuer et à faire connaître le Vestiaire paroissial.

Quels articles vendez-vous le plus ?

Les dames sont notre principal public. Les vêtements pour elles sont donc les plus demandés. Le linge de maison et les chaussures viennent ensuite. En revanche, les peluches pour les enfants ne trouvent pas souvent preneur, tout comme les livres… que nous avons décidé d’offrir. J’ajoute que, deux fois par an – été et hiver –, nous procédons à un déstockage. Durant une période, tout est à Fr. 2.–, puis nous liquidons tous les articles pour les remplacer par un tout nouvel assortiment.

Vous arrive-t-il de refuser des articles offerts ?

Nous avons régulièrement à faire à des arrivages d’articles en mauvais état : sales, tachés, troués ou trop usés. L’introduction de la « taxe au sac » n’a pas arrangé les choses. Certains, ne voulant pas payer l’évacuation de leurs objets, nous les amènent. J’aime rappeler que nous ne sommes pas une déchetterie ! Jetez ou recyclez donc les articles que vous n’aimeriez pas vous-mêmes acheter. Aidez-nous en nous offrant des articles propres et en bon état, car le travail de tri prend un temps considérable.

Les articles que nous ne proposons pas à la vente sont livrés au Centre régional travail et orientation (CRTO) à Monthey. Il s’agit d’un organisme de réinsertion professionnelle qui s’occupe du recyclage.

Quels contacts entretenez-vous avec vos client.es ?

Dans l’immense majorité des cas, les contacts sont très cordiaux et se passent à merveille. Je connais une grande partie de notre fidèle clientèle depuis plusieurs années.

Mais les contacts peuvent aussi être ambigus. J’ai régulièrement à faire à du vol et cela me met très mal à l’aise. J’ai beau expliquer que le Vestiaire est une œuvre caritative, mais, malgré les prix bas et le fait qu’il m’arrive régulièrement de donner certains articles gratuitement, certaines personnes ne parviennent pas à maîtriser leurs désirs.

Il faut aussi « me battre » pour tenir bon face aux élans de négociations de certaines personnes. Pour les gens de certains pays, marchander fait partie de la culture. Pour nous Européens, ce n’est pas toujours simple à gérer. Le fait que les articles n’aient pas un prix fixe affiché renforce ce phénomène. Le prix d’un article peut varier suivant les marques, l’état, etc. Des jeunes viennent aussi régulièrement car ils sont intéressés par les articles de style « vintage ». Certains sont très recherchés…

Que faites-vous de vos recettes ?

L’argent récolté sert à l’entraide. Nos recettes sont intégralement reversées au prieuré qui les redistribue à d’autres personnes en situation de précarité. Cela représente entre Fr. 5’000.– et 10’000.– par an (les recettes ont diminué durant la pandémie !).

Quels sont les principaux défis à relever actuellement ?

Ce qui me tient le plus à cœur serait que le public comprenne que le Vestiaire paroissial est une boutique de seconde main comme une autre. Le préjugé est tenace selon lequel le Vestiaire serait seulement à disposition des personnes en situation de précarité… Pas du tout ! Toute personne y est la bienvenue. C’est pourquoi, j’ai créé une page Facebook qui permet de mettre en lien le Vestiaire paroissial avec d’autres catégories de personnes.

Le Vestiaire en bref…

Quoi ? – Le Vestiaire paroissial est une boutique de 2e main. Vous y trouverez également des bijoux, des livres, des peluches, des sacs, des articles de literie, de la vaisselle, etc. Une vraie mine d’or !

Pour quel public ? – Tout un chacun, sans aucune distinction, est le bienvenu !

Où ? – En plein cœur de Martigny, à deux minutes de la Place centrale, dans l’enceinte de la Maison du Saint-Bernard (Rue de l’Hôtel de Ville 18b).

Quand ? – Ouvert le premier et le dernier mardi de chaque mois de 13h à 16h.

D’où vient la marchandise ? – Tous les articles qui se trouvent dans notre boutique ont été offerts. Chacun peut déposer ou emmener ce dont il ne se sert plus et les offrir, pour autant que les objets offerts soient propres et en bon état. Notez que le Vestiaire paroissial n’est pas une déchetterie ! Devant l’Eglise un conteneur à vêtements est à votre disposition. Déposez-y vos affaires.

Quels prix ? – Les prix des articles ne sont pas affichés. Ils varient entre Fr. 2.– et Fr. 30.–. Ceci dépend de l’état de l’article et s’il s’agit d’un objet pour un adulte ou un enfant. Par exemple, vous trouverez des pantalons ou chemises pour adultes à Fr. 5.– environ. Des bodys ou robes bébés entre Fr. 1.– et Fr. 3.–.

Des employés ? – Toutes les personnes qui y travaillent sont des bénévoles.

L’équipe du Vestiaire paroissial se réjouit de vous y rencontrer.

Les servants de messe du canton en rallye dans les rues du vieux Fribourg

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Saint-Protais (FR), septembre 2021

Quelque 300 servant-e-s de messe, venus de tout le canton, ont convergé le 12 juin 2021, vers Fribourg pour une grande journée de rallye dans les églises et les rues de la Basse-Ville. L’ambiance était au beau fixe pour cette journée estivale, achevée par la célébration de la messe dans les jardins de la commanderie de Saint-Jean.

PAR CATH.CH/MP | PHOTO : CHRISTINE ANDREY

« D’habitude on ne se rencontre pas au-delà de la paroisse, note Adélaïde, de Belfaux. Là j’ai pu rencontrer plein de copains ». Pour Fabiana c’était une journée cool : « On a beaucoup marché, on s’est amusé.
On a appris plein de trucs et on était avec Jésus. »

La malle au trésor

Arrivés à la Commanderie de Saint-Jean, après leur périple dans les églises et autour des fontaines de la cité médiévale, les enfants découvrent une malle. Une fois libéré de ses cadenas et de ses chaînes, le coffre au
trésor, dont il a fallu ramener la clef, livre son contenu. Il est plein de petites boîtes en carton en forme de cœur. Une pour chacun.

Dieu a-t-il besoin de nous?

« Dieu a-t-il besoin de nous ? » interroge Mgr Morerod, lors de la messe de ce rassemblement. Oui, pour parler de lui ! Jésus aime tout le monde, mais les gens ne le savent pas toujours. Osons le leur dire. Si un camarade te demande ce que tu as fait dimanche, tu peux lui répondre j’ai servi la messe, c’était super. »

Beau succès pour une première

Gérard Dévaud, responsable de la journée, se félicite de ce succès pour une première. A refaire ? Sans doute mais plutôt tous les deux ou trois ans.

Echos de la fête des ordinations

Etre la sœur de Simon et Valentin

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur des Deux-Rives (VS), septembre 2021

PHOTOS : LAURENCE BUCHARD ET GÉRARD RAYMOND
PAR NADINE BENDER

Si les émotions des ordinations elles-mêmes sont indescriptibles, belles et fortes, plus intenses furent pour moi les premières messes du lendemain : est-ce vraiment mon petit frère Valentin à la place du curé de ma paroisse de Saillon que je voyais tous les dimanches de mon enfance ? Est-ce bien mon petit frère Simon qui prêche à l’hospice du Grand-Saint-Bernard ?

Quelques souvenirs me reviennent alors.

Lorsque Valentin nous annonce son choix de devenir prêtre, mû par des réflexions intérieures et silencieuses, la surprise est au rendez-vous. Mais c’est pour moi une évidence. Puis Simon nous fait part de son appel à entrer au Grand-Saint-Bernard, plus attendu depuis son cheminement à la garde suisse, mais tout autant évident pour moi.

Des inquiétudes de grande sœur ont évidemment suivi : le choix de l’un ne va-t-il pas éclipser celui de l’autre, très similaire, alors que leurs vocations sont différentes ? Nous avons presque le même âge : n’est-ce pas trop jeune pour un tel choix ? Tant de questions assez vite balayées par une grande confiance en Celui qui les appelait et grâce à leur grande joie.

De petits frères, ils étaient déjà devenus mes amis à l’adolescence. Avec leur Oui, ils sont devenus mes « grands frères » dans la foi. Merci, simplement.

PAR ÈVE-MARIE FAHRNI

Si vous me demandez comment j’ai vécu les ordinations de mes deux « petits » frères Simon et Valentin, je dirais que ce dimanche-là a été une des journées les plus exceptionnelles de ma vie.

Mes deux frères sont devenus prêtres. VRAIMENT ! Même s’ils se préparaient depuis de longues années à le devenir, c’est pendant la messe d’ordination, à ce moment unique et précis que cela s’est réalisé, VRAIMENT ! Les paroles de mon fils de 5 ans, après que Simon et Valentin ont revêtu la chasuble, le montrent : « Maintenant c’est vraiment des prêtres, ça se voit ! »

Les mots me manquent pour exprimer les émotions ressenties pendant la célébration, mais aussi toute la journée, la veille et le lendemain. Les deux moments forts ont été pour moi le chant d’invocation à l’Esprit Saint et la litanie des Saints. J’ai senti très fort la puissance et la présence de Dieu. Je n’ai pu retenir les larmes qui se sont mises à couler sur mes joues… Et ce n’étaient ni les premières, ni les dernières de la journée ! La chorale et les musiciens nous ont offert des chants d’une qualité incroyable et ont ainsi porté nos prières durant toute la célébration. MERCI à eux !

MERCI mon Dieu pour les grandes grâces dont tu nous as comblés ce jour-là (météo idéale, règles sanitaires allégées, etc.).

MERCI aux organisateurs (Marc-André en particulier).

MERCI Simon, MERCI Valentin !

Question de liberté…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

Depuis quelques mois, il est souvent question de liberté et de droits : droit de disposer de sa liberté de choix (vaccination, port du masque, par exemple), de sa santé, de son corps, de s’exprimer… En ce moment, les débats vont bon train. En tout cas, ce ne sont pas le droit et la liberté de s’exprimer sur n’importe quel ton qui font défaut… Qu’en penser ?

PAR VALÉRIE PIANTA | PHOTOS : PIXABAY

Ces crises de colère concernant la liberté sont interpellantes… Certains vont jusqu’à parler de dictature, de décisions liberticides ! Mais qu’est-ce qu’une dictature ? Que sont des décisions liberticides ? Mesure-t-on la portée de ces mots jetés à tort et à travers ?

Lorsque j’étais adolescente, lorsqu’on parlait de dictature à l’école, en groupe ou autour de la table familiale, il s’agissait clairement des pays de l’Europe de l’Est ou d’Amérique latine sous l’emprise de régimes politiques marqués par la terreur ou le totalitarisme. Ou encore l’Afrique du Sud sous le joug de l’apartheid, et d’autres Etats encore, dans lesquels l’intégrité physique et mentale de la personne ainsi que sa dignité, étaient quotidiennement bafouées, massacrées.

En 1983, j’ai traversé le Rideau de Fer. J’ai vu les miradors et les mitraillettes nous surveiller de très près lors de notre entrée en Tchécoslovaquie, ainsi que toute la surveillance dont nous avons fait l’objet en Pologne durant notre séjour. Je me rappelle les longues files d’attente pour obtenir une bouteille de lait, une miche de pain, et autres denrées alimentaires de base.

J’ai vu, dans un mortel silence, le camp d’Auschwitz : des barbelés, le mur où étaient mitraillés certains déportés, les fours crématoires, les chambres à gaz, les effets personnels de tous les déportés qui ont souffert l’enfer dans ce lieu, le crochet de pendaison. J’ai vu les traces de la liberté mutilée et je ne pourrai pas l’oublier. Nous en étions sidérés.

Excusez cette macabre énumération, mais c’est pour mieux la mettre en écho avec toutes ces manifestations de crise concernant la soi-disant mise à mal de notre liberté, parce qu’on nous oblige à porter un masque, à continuer à respecter les gestes barrières, etc. Comble de tout : on serait confronté à une incitation liberticide à nous faire vacciner !

Mais de quelle liberté est-il question ?

Une liberté individuelle, qui évoque une liberté égoïste, qui
s’attache au bien-être, au bien-vivre strictement personnel… Etre libre de faire ce que l’on veut, comme on le veut, où on le veut, quand on le veut, avec qui on le veut, sans contrainte, ni limite, sans s’occuper, au fond, de toutes les conséquences que cette attitude peut engendrer. Ce qui tue la liberté, c’est de ne la vouloir que pour soi-même, et à tout prix. Ne dit-on pas justement que « la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence » ? C’est la première chose qui me vient à l’esprit dans cette polémique. La vraie liberté, celle qui se puise à l’intérieur de nous-mêmes, est celle de choisir la responsabilité personnelle et collective, au-delà de nos peurs. C’est la liberté de celle ou celui qui pose un acte citoyen en vue du bien de tous. La liberté est ce qui ouvre la vie pour chacun.

Un progrès à double tranchant

Nous nous vantons des progrès de la science, mais, lorsque ceux-ci concernent directement notre vie personnelle dans l’objectif de lutter contre une situation dangereuse, pourquoi la peur et le refus devraient l’emporter au nom de cette fameuse sacro-sainte liberté qui en fait n’en est pas une, puisque qu’elle va porter atteinte à autrui à un moment ou à un autre.

Le Christ ?

« Qui a accepté de donner librement sa vie, sans qu’on la lui prenne, pour libérer l’homme ? » Jésus. Pourtant sa liberté totale a passé par des mains liées, par la torture et une mort violente ! Quoi de plus liberticide ? Pourtant, Jésus a renoncé librement à sa vie pour qu’elle devienne ferment de libération pour tout homme.

Comme Don Bosco en pleine pandémie

Lorsque je permets aux autres de respirer, de bouger, d’être en sécurité, je « donne la vie » à ma manière. Et « donner la vie », c’est sûrement donner de la liberté, la plus belle liberté, celle qui permet la croissance, le développement, la dignité. « Bons chrétiens et honnêtes citoyens… », c’était dans cet esprit que Don Bosco à Turin envoyait ses jeunes venir en aide aux malades du choléra en leur demandant d’observer strictement des règles d’hygiène. Aujourd’hui, c’est un effort de comportement citoyen et responsable qui est demandé à chacun d’entre nous.

Quel(s) moins pour plus de plus ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP La Seymaz et UP Champel / Eaux-Vives, Saint-Paul / Saint-Dominique (GE), septembre 2021

PAR THIERRY SCHELLING | PHOTO : DR

(R)entrée… un mot doux aux oreilles des besogneux que nous pouvons être, plus âcre pour les élèves récalcitrants (ma première nièce passe au… Cycle d’orientation !), mais incertain pour beaucoup dans le contexte pandémique…

Non, les choses ne reviendront pas exactement comme avant… pourquoi continuer à espérer ? Vaine tentative car si le monde tourne souvent en rond, la chrétienne / le chrétien que nous sommes ne peuvent aller que de l’avant ! Ce n’est pas un optimisme béat de curé déconnecté 1 qui l’affirme, c’est ma foi en un Dieu présent et actif ici et maintenant !

C’est ma foi en un Christ mort puis ressuscité, en une Eglise au rite tridentin puis romain (merci au pape François pour l’ajustement de cet été 2), en une certaine façon de pratiquer sa foi puis en une autre (faut-il rappeler les modif’ liturgiques depuis plus d’une année ? Qui eût cru que la messe était aussi… réarrangeable ?) qui va s’affiner encore…

Pourtant… mon feeling, c’est que d’aucun.es trépignent d’impatience de reprogrammer les activités pastorales, paroissiales, ecclésiales sur des tabelles peaufinées (on en a eu le temps !) et exhibées comme avant… Pourquoi donc ? Pour quoi ?

Ok, on les a faits, ces JO 2020 en 2021, tout comme les Paralympiques (tristement, on n’en entend pas parler… ç’eût été un tonifiant exemple de moins pour plus pourtant… comme quoi…). Mais sans spectateurs, fallait oser !

Oui, moins pour plus. En Eglise, aussi. Moins de tout ce que nous avions et faisions avant – réunions, comités, sorties, activités polychromiques, publications… – pour plus : plus de présenceS, plus de véritéS, plus de silenceS, plus de soi, plus de Dieu : « Ce n’est pas d’en savoir (d’en faire, d’en vouloir…) beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement », enseigne saint Ignace qui, il y a 500 ans, blessé au siège de Pampelune et puis alité pendant des mois, se voit réduit dans toutes ses ambitions : esthétique, militaire, sociale, économique, spirituelle…

Moins pour plus… que choisissons-nous du coup pour basculer nous aussi dans notre et puis, sereinement ? Les adeptes de la relecture ignatienne savent que relire son passé, c’est pour mieux s’ancrer dans le présent et se rendre disponible pour demain… Alors, quel(s) moins pour plus de plus ?

 

1 Une critique que l’on m’a récemment adressée… et que je partage bien volontiers tellement elle m’a fait rire !

2 Cf. le motu proprio Traditionis custodes
de juillet dernier sur vatican.va !

 

Théâtre et foi

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Nyon-Founex (VD), septembre-octobre 2021

La Compagnie La Marelle revient cet automne à Nyon et Gland avec un texte de l’écrivain franco-belge Eric-Emmanuel Schmitt, « L’Evangile selon Pilate ». Un spectacle de qualité qui aborde la Résurrection sous un jour qui ne nous est pas familier : le point de vue de Pilate.

COMMUNIQUÉ

Garant de l’ordre romain, imperméable à la « folie juive », détestant ce trou perdu de Judée où on l’a envoyé, et par-dessus tout cette capitale du mensonge qu’est Jérusalem, Pilate s’apprête à passer une Pâque plutôt plan-plan, avec quinze arrestations et trois crucifixions à peine. Sauf que, par la faute d’un rabbin contestataire nommé Jésus, dont tout le monde semble s’être entiché, tout part à vau-l’eau.

Pour sortir de ce guêpier, une solution: retrouver le corps du crucifié mort ou vif afin d’étouffer la rumeur qui en fait déjà un ressuscité. Est-ce Hérode qui a fait le coup ? Joseph d’Arimathie est-il complice de l’escamotage ? Que cache l’association contre nature entre Caïphe et le Sanhédrin ? Claudia, la femme de Pilate, est-elle la mystérieuse quatrième femme au pied de la Croix ? Bref, y a-t-il un « mystère Jésus » ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s’insinue dans son esprit. Et avec le doute, l’idée de la foi.

Une pièce mise en scène par Jean Chollet. Le public rétribue librement les artistes à la sortie.

Représentations

Dimanche 10 octobre à 17h au temple de Nyon

Dimanche 7 novembre à 17h à la salle communale de Gland

Jeux, jeunes et humour – septembre 2021

Par Marie-Claude Follonier

Question d’enfant

Pourquoi mange-t-on de la tarteaux pruneaux au Jeûne fédéral ?
Le 3e dimanche de septembre, la Suisse est en fête. Catholiques et protestants célèbrent le Jeûne fédéral : toute la population est invitée à remercier Dieu pour les bienfaits accordés à notre pays et à prier pour les défis à relever. Autrefois, comme les gens passaient la plus grande partie de la journée à l’église, ils n’avaient pas le temps de cuisiner un vrai repas et grignotaient une tarte préparée la veille à base de pruneaux, fruits qu’on récolte à cette période.

par Pascal Ortelli

Humour

C’est un gars qui est malade et qui va voir son docteur. Alors qu’il patiente dans la salle d’attente, il voit sortir une religieuse de la salle de consultation. Elle a l’air effondrée et hagarde. Lorsque le docteur le fait rentrer, le gars lui demande :

– Je viens de voir sortir une religieuse de chez vous… Elle avait l’air vraiment mal en point. Je n’ai jamais vu quelqu’un avec une si mauvaise mine ! Le doc lui répond : 

– Ah oui ! Je venais de lui dire qu’elle était enceinte. 

– C’est pas vrai ?

– Non, bien sûr que non, elle n’est pas enceinte, mais ça lui a guéri son hoquet !

par Calixte Dubosson

Via Jacobi: Lausanne – Saint-Prex

Texte et photos par Pascal Ortelli

Le mythique chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle traverse la Suisse romande, de Fribourg à Genève. Au-delà des sentiers battus, la Via Jacobi regorge de curiosités. Chaque mois, L’Essentiel prend son bâton de pèlerin et en réalise un tronçon sous forme d’une balade familiale à faire sur la journée. Aujourd’hui, cap sur Saint-Prex, le long du Léman à la découverte d’églises romanes.

Départ depuis la gare de Lausanne, 4h40 aller simple, 19,5 km

1. Depuis la gare CFF, prenez le métro jusqu’à Ouchy. Longez les quais jusqu’à la Maladière.

2. Traversez le parc archéologique pour rejoindre la plage de Vidy. Ne manquez pas d’observer le panneau indicateur, haut lieu symbolique : vous êtes en effet au point de croisement de la Via Jacobi avec la Via Francigena !

3. Empruntez le petit pont sur la Chamberonne pour rejoindre les quartiers résidentiels de Saint-Sulpice. Ne manquez pas de vous désaltérer au restaurant du Débarcadère juste à côté du temple.

4. La suite du chemin en direction de Préverenges, toujours au fil de l’eau, offre de superbes points de vue, entre réserves pour les oiseaux et espaces pour la baignade. Vous traverserez la Venoge, rivière célébrée par le poète vaudois Jean Villard Gilles.

5. A Morges, Cité de la tulipe, ne manquez pas de vous prélasser dans le parc ombragé avant de continuer vers Saint-Prex par le Sentier de la truite.

6. Après Tolochenaz, remontez le Boiron et prenez à gauche le long des voies pour rejoindre le bourg.

Le retour se fait aisément en train. Attention, de nombreux tronçons le long du lac sont interdits aux vélos.

Curiosité

Le temple de Saint-Sulpice, église romane construite au XIe siècle et flanquée d’un prieuré qui dépendait de l’abbaye d’Aulps en Haute-Savoie et de Molesmes.

Coup de cœur

Le bourg de Saint-Prex et la tour de l’horloge, dominés au-dessus par une autre église romane dans laquelle repose le corps de saint Protais ou Prex (640-699), évêque de Lausanne et constructeur de la cathédrale, qui donna son nom à la localité.

En librairie – septembre 2021

Par Calixte Dubosson et la librairie Saint-Augustin

Des livres

Les entretiens de l’Aube
Georges Haldas

« L’aube, pour moi, ce n’est pas simplement le lever du jour… C’est tout ce qui participe du commencement : l’aube, l’enfance, la graine… C’est un mode d’appréhender le monde, de le surprendre dans sa nouveauté, sa fantastique nouveauté à travers la répétition quotidienne. » Magnifiques entretiens avec l’écrivain Georges Haldas, empreints de fraîcheur et de poésie, qui sont l’occasion d’évoquer le travail d’écriture, la mémoire, la foi, le corps, tout ce qui constitue en somme un être humain sensible.

Labor et Fides

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Vous avez dit Providence ?
Pierre Aguila

« On voit la providence partout ou nulle part ! » Oui, mais alors comment discerner ce qui vient de Dieu et ce en quoi il n’est pour rien ? Comment distinguer les coïncidences fortuites de ces « clins-Dieu » que nous semblons parfois entrevoir ? Et si Dieu intervient dans notre vie, sommes-nous vraiment libres ? Peut-on coopérer à sa volonté sans être des marionnettes soumises à son bon vouloir ? Enfin, comment percevoir l’action de Dieu dans nos vies lorsque nous sommes dans l’épreuve ? Se pourrait-il qu’il nous ait oubliés ? Comment comprendre son silence ? Toutes ces questions, le Père Pierre Aguila les a prises en compte et il nous donne des critères sûrs pour appréhender la providence de Dieu dans notre vie. 

Artège

Acheter pour 16.60 CHF

Ferme les yeux, ouvre ton cœur
Dominique Pérot-Poussielgue

Voici un merveilleux livre-CD pour faire découvrir aux enfants la méditation chrétienne : celle qui consiste à descendre au fond de son cœur pour y rencontrer Dieu. Douze méditations guidées sont proposées : l’enfant, après s’être plongé dans un moment fort de la vie d’un saint dont l’ambiance est rendue palpable par des bruitages, est invité à intérioriser ce qui l’a marqué puis à prier avec des mots simples. Magnifiquement illustrées et mises en musique, lues par les voix apaisantes de deux comédiens de talent, ces méditations sont un moyen sûr d’initier les enfants à la prière, tout en douceur ! Une contribution bienvenue dans un monde où l’on fait vivre aux enfants des « moments magiques » certainement bénéfiques mais sans cette ouverture à Dieu que permet la prière.

Mame

Acheter pour 27.90 CHF

Les derniers seront les premiers et vice versa
Adrien Louandre

Adrien Louandre, 25 ans, né dans une famille modeste de militants communistes, raconte son parcours de conversion à l’adolescence, et les années qui ont suivi. Il décrit comment sa foi se construit en conciliant ses engagements pour l’écologie et la justice sociale, le tout sur fond de pardon et de dialogue. Les derniers seront les premiers nous plonge dans ce récit étonnant où s’entremêlent les méditations des grands saints, les réflexions d’économistes et de philosophes.

Première Partie

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Moins pour plus?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Clins Dieu sur les Contrées (VS), septembre 2021

PAR L’ABBÉ ALEXANDRE BARRAS, CURÉ DE CRANS-MONTANA
ILLUSTRATIONS : KIEFFER

Un matin, j’étais assis au bord de mon lit et je contemplais mon armoire à habits ouverte. Les étagères étaient bien remplies de vêtements. Je pris la décision d’y regarder d’un peu plus près. A ma grande surprise plusieurs éléments ne dataient pas d’aujourd’hui… De plus, la taille de certains éléments ne correspondait plus avec les quelques grammes supplémentaires d’aujourd’hui… Ni une ni deux, armé d’un sac poubelle et d’un sac pour le recyclage me voici paré pour le grand tri. A la fin du labeur, et à mon grand étonnement, je constatais un éclaircissement dans l’armoire. J’avais entassé et gardé tant de choses inutiles ou inutilisables depuis si longtemps. Vint à mon esprit cette réflexion sur la course effrénée à l’achat et au besoin de toujours plus alors que ce grand vide me procurait une joie. D’abord de nettoyer les lieux, mais aussi de faire plaisir en donnant mes habits que je ne mettais plus et qui auront certainement fait des heureux. Aussi parce que se déposséder c’est se libérer d’entraves, qu’elles soient matérielles, humaines ou spirituelles.

Souvent, dans nos vies, nous « entassons » dans nos mémoires des soucis inutiles ou fabriqués, des mauvais souvenirs ressassés voire de vieilles querelles dont on ne sait plus bien qui, quoi, comment mais il ne faut surtout pas les oublier… Le Seigneur nous invite, sans cesse, à nous déposséder de tout ce qui nous empêche de le rencontrer et de rencontrer les autres. En « lâchant » les amarres, nous permettons à Jésus de nous emmener au loin, dans le calme, la paix et la vraie joie. Regardons nos frères et soeurs pauvres, combien ils sont généreux, attentionnés, joyeux. Ils n’ont presque rien mais ils donnent tout. Quel bel exemple de renoncement, certes pas voulu mais vécu avec courage et abnégation.

Rappelons-nous que, lorsque l’heure viendra de partir vers le Père, nous n’emporterons rien de matériel, mais seulement la vérité que nous aurons découverte et l’amour que nous aurons semé, partagé, accueilli.

Alors oui, beaucoup moins pour beaucoup plus !

Un pas vers le désencombrement

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteurs de Sierre (VS), septembre 2021

PAR STÉPHANIE WALPEN

PHOTO : RAPHAEL DELALOYE

L’art du désencombrement, la méthode Marie Kondo, le minimalisme, la thérapie par le vide… Tant de mots pour définir des méthodes psychologiques très à la mode dans notre monde occidental consumériste et avide de possessions en tout genre.

On pourrait penser que la recherche de « l’allègement » est récente.

Et pourtant ! Depuis tant de siècles, sages de toutes religions et spiritualités, moniales et moines, ont fait ce choix radical de se détacher et de s’appauvrir pour offrir une place à l’Essentiel.

Jésus ne ménage pas l’homme sage, respectueux des commandements, qui lui demande ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle en héritage. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » (Marc 10, 21)

Par ces paroles, Jésus lui a offert une méthode toute simple de mieux-être, de bonheur. Il lui a donné la clé d’un vrai chemin de Vie.

Mais qu’il est dur ce chemin pour cet homme de l’Evangile et pour nous tous, femmes et hommes de tous temps ! Si notre conscience ou notre foi nous invitent à faire ce choix, si notre cœur goûte déjà aux bienfaits d’une telle décision, notre éducation, nos peurs, les conseils de nos proches, notre besoin d’être rassurés nous emprisonnent et nous empêchent de nous lancer en toute confiance sur ce Chemin de Vie.

Nos attaches sont si nombreuses : argent, biens matériels, certitudes, orgueil, agendas trop remplis, sollicitations infinies, réseaux sociaux chronophages…

Il ne s’agit pas de nous débarrasser du jour au lendemain de tout ce qui nous encombre. La tâche serait trop ardue. Et si vous me ressemblez, après deux jours, les bonnes résolutions se seraient déjà envolées. Mais je vois en ce début d’année pastorale et scolaire, l’occasion de faire un choix, un petit pas vers ce désencombrement bienfaisant que Dieu ne manquera pas de combler de ses bénédictions.

Belle année pastorale désencombrée et lumineuse à tous !

Le temps de l’ouverture

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Nyon-Founex (VD), juillet-août 2021

PAR GENEVIÈVE DE SIMONE-CORNET
PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

L’été est à nos portes. Partira, partira pas ? Après plus d’un an de pandémie, des assouplissements. Enfin ! Et le vaccin, qui nous permettra, nous l’espérons, de reprendre rapidement une vie normale.

A l’église, dans nos célébrations, nous avons pris l’habitude de nous inscrire, de nous désinfecter les mains en entrant et de nous installer sur les places marquées pour garder la distance sanitaire – car nous ne devions pas être plus de cinquante. Nous nous sommes disciplinés. Rejoignant les absents grâce à la chaîne YouTube de l’Unité pastorale. Mais tous ne sont pas revenus, et le visage de la communauté a changé.

Aujourd’hui, nous pouvons être cent à l’église et nous pouvons chanter ! Un bol d’air bienvenu après toutes ces restrictions nécessaires. Nous retrouvons peu à peu notre rythme de croisière en paroisse, et que cela fait du bien !

Quelques timides apéritifs, mais pas encore de grands rassemblements fraternels et joyeux. Pas encore de verre à la buvette après la messe du dimanche – et cela manque à certains ! Car l’Eglise est d’abord communauté, bonheur d’être ensemble avec nos différences qui nous enrichissent. Cette dimension-là est à retrouver. Autrement, sans doute, car la pandémie est passée par là, modifiant nos comportements et nos habitudes. Elle nous a interpellés sur notre manière de prier, d’agir, de vivre la fraternité au quotidien. Ainsi, chacun revient fort de son expérience et de ses réflexions pour bâtir la communauté, laissant peut-être derrière lui des pratiques usées pour cheminer vers du neuf porteur de vie.

L’été nous dispersera encore, mais dehors, au grand air, à l’étranger ou sur les routes et les sentiers de notre pays. Profitons-en pour découvrir, rencontrer, partager, goûter la vie dans ce qu’elle a de simple et de bon, que la pandémie nous avait fait oublier. Relevons la tête, tendons nos mains pour donner, accueillir, entraîner, encourager. Et rencontrer Dieu : il est là, dans la nature, sur les sentiers de montagne ou sur la plage, dans le regard confiant de l’autre, dans les partages simples et vrais. Et si, sur le chemin de nos vacances, se dresse une église ou une chapelle, entrons et tenons-nous en silence quelques instants. Pour rendre grâce, mais aussi pour porter dans notre prière celles et ceux que meurtrit encore la pandémie et celles et ceux qui luttent encore pied à pied pour la faire reculer.

Essentielle solidarité, vivante fraternité. Plus que jamais. Nous sommes tous fragiles, exposés. Mais ce n’est qu’ensemble que nous nous en sortirons. Tous.

 

Pèlerinages à Fribourg

Les merveilles du cœur et des pierres à découvrir en famille

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), juillet-août 2021

PAR JEAN-MARIE MONNERAT | PHOTOS : PIXABAY, DR

Comment se lancer dans un pèlerinage aujourd’hui ? Les frontières entre les pays s’entrouvrent petit à petit, mais les différentes situations sanitaires, ou politiques, constituent autant de freins aux déplacements: difficile de partir à la découverte de la Terre Sainte, par exemple. Et si on se lançait dans la découverte d’un pèlerinage à Fribourg ou dans les environs, en profitant d’en faire bénéficier sa famille et ses amis ? Mais comment définir les critères d’un pèlerinage réussi ? Éléments de réponse avec l’abbé Philippe Blanc, curé de la cathédrale Saint-Nicolas et ancien président, pendant dix ans, de l’Association des directeurs de pèlerinages de France.

Un pèlerin est-il le frère d’un randonneur ? Tous deux marchent, tous deux aiment le plaisir de la découverte, tous deux apprécient la contemplation et l’amour de la nature. Mais le pèlerin se déplace aussi dans un processus qui donne du relief à la vie et engendre de chercher les réponses à un questionnement intérieur. On peut partir randonneur sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et y arriver pèlerin ! Il convient de noter que le croyant marche en direction d’un lieu de dévotion, un lieu saint qui va l’aider à approfondir sa foi.

« Le pèlerinage n’est pas seulement une démarche culturelle, mais c’est surtout une démarche relationnelle. Le pèlerin part à la rencontre de quelqu’un. C’est une expérience de fraternité » explique Philippe Blanc. Autrefois, les croix, les oratoires et les chapelles balisaient les chemins, véritables panneaux indicateurs de l’époque. Le pèlerin cheminait d’une chapelle à l’autre en priant. Il exprimait ainsi sa motivation religieuse et son esprit de foi. C’est toujours le cas, mais il n’est pas nécessaire d’être catholique convaincu pour se mettre en route, preuve en est le succès phénoménal de Saint-Jacques-de-Compostelle, ou de la Via Francigena, jusqu’à Rome et de bien d’autres pèlerinages au long cours.

Le pèlerinage intègre donc une composante spirituelle et humaine. « Mais il faut partir sans a priori et accepter de se laisser surprendre. On peut prévoir tout un programme, mais c’est l’émerveillement qui va nous étonner et c’est ce que l’on va retenir du voyage » poursuit Philippe Blanc.

Un pèlerinage intègre donc une distance et une durée. Mais il n’est pas nécessaire de traverser moult pays et d’aligner les semaines d’efforts pour en découvrir les bienfaits, pour mieux se connaître, se redécouvrir soi-même et accepter l’expérience de la fraternité : je ne suis pas seul sur le chemin de la vie.

L’histoire de l’Église est une suite de pèlerinages. Abraham, Jésus, ou les pèlerins d’Emmaüs pour ne citer que trois exemples. Plus près de nous, le cardinal Journet effectuait chaque jour son pèlerinage à Notre-Dame de Bourguillon. Saint-Maurice et la chapelle Saint-Beat, tout près du pont de Berne, à l’entrée de la vallée du Gottéron, constituaient des lieux de dévotion prisés des catholiques. Outre Bourguillon, Notre-Dame des Marches, à Broc, est l’un des lieux de pèlerinage les plus connus et les plus prisés du canton. Chaque mois, un pèlerinage part de Fribourg pour Siviriez en priant Marguerite Bays. L’église de Siviriez, la maison de sainte Marguerite Bays, la chapelle de Notre-Dame du Bois ou l’abbaye de la Fille-Dieu constituent tout autant de buts pour les pèlerins. La chapelle de Notre-Dame de l’Épine, où les pèlerins se rendent à Berlens depuis le Moyen Âge pour implorer la Vierge de guérir leurs yeux malades et la chapelle de Notre-Dame de Tours, à Cousset, sont également des lieux de dévotion fort courus dans le canton. Cette dernière fait l’objet d’une jolie légende : comme on avait décidé de détruire la chapelle de Tours, on déplaça la statue de la Vierge dans l’église de Montagny. Or, le lendemain, la statue était revenue miraculeusement dans sa chapelle d’origine. La manœuvre se renouvela à plusieurs reprises et, de guerre lasse, on laissa finalement la statue dans sa chapelle d’origine, à Tours et la statue de la Vierge devint l’objet d’un pèlerinage.

Un chemin biblique d’une fontaine à l’autre

L’Office du tourisme de Fribourg propose un jeu découverte : le défi des fontaines. Onze fontaines, toutes plus belles les unes que les autres font partie de ce parcours. Pourquoi ne pas transformer cette découverte en pèlerinage en famille ? C’est également une manière originale de découvrir les trésors cachés de la ville, au détour des ruelles, des places ombragées et des églises. Un voyage dans le temps et dans l’espace qui pourrait se terminer, par exemple, à la fontaine de Notre-Dame du Rosaire, sur la place d’Affry qui domine le marché aux poissons ou à la fontaine de la Fidélité. Ce soldat vêtu du harnais de guerre de l’époque surveille la route de Berne, tout près de la chapelle Saint-Beat. Autre possibilité de but: la cathédrale Saint-Nicolas qui abrite les reliques de saint Pierre Canisius, saint Nicolas de Flüe et saint Nicolas de Myre, dans la chapelle de Saint-Sépulcre.

Vingt-cinq excursions

Dans son livre, l’abbé Jacques Rime propose vingt-cinq itinéraires à travers les sept districts du canton. Chaque itinéraire illustre un ou plusieurs aspects des riches rapports entre la foi et l’espace : les chapelles du terroir, la civilisation de la procession, les chemins de Compostelle, le christianisme et les points cardinaux, le christianisme et la montagne, la recherche du silence par les moines loin des villes, les lieux naturels dits sacrés… (un arbre, une source), la raison psychologique de l’attrait des grottes de Lourdes, les lieux mémoriels, les cloches et l’espace sonore, etc. De belles découvertes en perspective.
Pays de Fribourg, entre espace et sacré, vingt-cinq excursions
Jacques Rime, Cabédita

Communauté Yéniche en Suisse

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte-Claire (FR), juillet-août-septembre 2021

PAR JEAN-FÉLIX DAFFLON ET BERNARD AEBISCHER
PHOTO : VÉRONIQUE BADER

La communauté Yéniche en Suisse comprend environ 30’000 personnes, dont 3’000 sont restées nomades. Elle forme une minorité nationale reconnue en Suisse. La Confédération écrit dans son 4e rapport sur la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales: « Le 15 septembre 2016, le Conseiller fédéral et Chef du Département fédéral de l’intérieur Alain Berset, dans son discours d’ouverture de la fête traditionnelle Yéniche, Senti et Manouche, a exprimé que ces minorités suisses sont reconnues comme minorités nationales au sens de la Convention-cadre. » Il a aussi reconnu comme légitime la demande des Yéniches et Senti d’être nommés selon leurs propres dénominations et renonce au terme générique de « Gens du Voyage ». Il a ajouté qu’il ne s’agissait pas de jouer avec les mots, car c’est avec la langue que l’on crée la réalité.

De plus, la culture nomade des Yéniches est inscrite dans la liste des traditions vivantes de Suisse. La culture des Gens du Voyage fut également inscrite dans l’inventaire du patrimoine culturel immatériel des Pays-Bas et de la Belgique.

Origine : on trouve des traces qui indiquent la présence des Yéniches en Suisse dès le
XIe siècle. Leur langue est avant tout orale, mais d’autant plus colorée et vivante. De nos jours, de nombreux clans familiaux sont sur les routes les mois d’été, vivent et travaillent en caravanes.

Cette communauté est très croyante et beaucoup sont catholiques. Les moments forts du calendrier religieux sont importants pour elle. Ce sont les pèlerinages aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à la Vierge noire d’Einsiedeln, considérée comme la Mère des Tsiganes. Les Yéniches se rendent en pèlerinage dans cette petite ville de Suisse Centrale et passent plusieurs jours à prier, chanter et exprimer leur foi.

Comme jamais, cette période de pandémie et surtout de confinement, a impacté ces familles déjà en situation précaire. Les plus démunies ont bénéficié d’actions spécialement organisées par la fondation Le Hérisson en relation avec La Chaîne du Bonheur.

 

Journée cantonale des servants de messe

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), juillet-août 2021

Samedi 12 juin, près de 300 servants de messe (enfants et adolescents) de tout le canton ont participé à un rallye biblique à travers la ville de Fribourg. Jeux, pique-nique, rencontres et célébration de la messe par Mgr Charles Morerod dans les jardins de la commanderie Saint-Jean. Retour en photos sur une journée mémorable.

PHOTOS : JOÃO CARITA

Les fiançailles

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), juillet-août 2021

Le mot « fiançailles » évoque pour beaucoup un rite désuet ou alors une demande en mariage romantique officialisée par une bague. Pourtant, ce temps de discernement est une étape qui mériterait d’être revalorisée dans le cheminement vers le mariage. Il s’agit d’une période déterminée durant laquelle les fiancés mûrissent leur projet commun tout en restant libres de s’engager ou non dans le mariage, c’est une voie pour faire grandir et mûrir l’amour dans un couple en approfondissant la connaissance mutuelle.

PAR ADELINE WERMELINGER | PHOTOS : PIXABAY, ISTOCK

À l’image de l’Alliance de Dieu avec son peuple (Osée 2, 16-25), le temps des fiançailles est un temps d’« apprivoisement » réciproque, où les futurs époux bâtissent et consolident la relation en apprenant la confiance, en prenant le temps de la formation et du discernement. Si l’engagement dans le mariage peut faire peur, une relation nécessite des étapes pour avancer. La célébration des fiançailles permet aux couples qui se posent la question du mariage de marquer concrètement leur désir, sans s’engager encore définitivement, mais en faisant déjà un pas de plus. L’Église catholique propose un rituel de bénédiction qui peut également se dérouler dans l’intimité des familles. C’est l’occasion de mettre son couple sous le regard de Dieu, de le remercier pour le chemin parcouru et de lui confier la suite.

Sans être un « pré-mariage », le temps des fiançailles pose les bases de cette vie nouvelle inaugurée par le mariage. La promesse de s’aimer pour la vie se prépare, elle ne peut être tenue que si les futurs époux savent à quoi ils s’engagent et le choisissent librement. Cela n’est possible que s’ils ont laissé ce désir mûrir en eux et entre eux. Quelqu’un pour qui la fidélité n’est pas une nécessité durant les fiançailles aura certainement de la peine à aimer exclusivement la même personne tout le reste de sa vie. Les fiançailles sont également un temps de découverte de l’engagement à venir. Il commence à être vécu durant cette période et prendra son sens plénier avec le sacrement du mariage.

Un sacramental

La célébration des fiançailles est un sacramental et non un sacrement comme le mariage. « Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l’Esprit Saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l’Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer. » (Catéchisme de l’Église catholique – CEC 1670) Cette célébration, du fait de la prière des fiancés qui se mettent en chemin sous le regard du Christ, les « prépare à recevoir la grâce » du sacrement de mariage et les « dispose à y coopérer » par la préparation pratique et spirituelle et l’accompagnement dont ils bénéficient de et au sein de l’Église. Les deux parties que comprend la célébration vont dans ce sens. En premier lieu, la bénédiction comme signe sacré. La démarche des fiancés s’inscrit dans un projet commun, avec Dieu. Cela sera signifié par la lecture de la Parole de Dieu. Nous l’avons relevé, l’alliance de Dieu avec son peuple peut être mise en parallèle avec la démarche des fiançailles. Pour le peuple d’Israël, les années de « fiançailles » ont été un temps de bénédiction. La célébration des fiançailles s’inscrit donc dans la logique de l’Alliance que Dieu renouvelle avec son peuple à travers l’amour des fiancés. Dans un second temps, les fiancés feront monter vers Dieu leur action de grâce. Le temps des fiançailles est un temps joyeux ; cependant, les obstacles font partie du chemin.

Une formation humaine et spirituelle

Dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, le pape François rappelle l’importance de la préparation au mariage en tant que formation humaine et spirituelle, pour « faire grandir l’amour réciproque » (AL,
n° 208) et « découvrir la valeur et la richesse du mariage » (AL, n° 205). C’est également un lieu de « nouvelle évangélisation » : l’amour qui unit les futurs époux reflète l’Amour de Dieu pour eux. Il s’agit certainement là d’un enjeu pastoral de notre temps, et l’année « Famille Amoris Laetitia » nous y rend attentifs. Cela implique un accompagnement des couples durant leur préparation au mariage mais aussi après la célébration et un investissement de la part de la communauté ecclésiale tout entière. Le temps des fiançailles renforce les liens entre les futurs époux, rend leur couple plus fort, leur donne de s’aimer davantage, les prépare au don total d’eux-mêmes qu’ils manifesteront dans les consentements, leur fait découvrir la beauté des sacrements – et en particulier de celui qui les unira – leur permet de vivre dans la joie, la tendresse et la sérénité leur préparation au mariage et de mettre leur cheminement entier sous le regard bienveillant de Dieu.

 

Amoris Laetitia, la joie de l’amour

Le 19 mars 2016, le Pape nous offrait Amoris Laetitia. Cinq ans plus tard, l’année de la famille voulue par François est une invitation à découvrir ou approfondir ce document qui rejoint de manière très concrète les couples et les familles au cœur de leur vécu.

Mercredi 22 septembre 2021, de 20h à 21h au Boulevard de Pérolles 38 à Fribourg.

Animation : Adeline Wermelinger et Bertrand Georges.

Renseignements : pastorale.desfamilles@cath-fr.ch, 026 426 34 84.

 

Une foi en mouvement

Souvent mal aimés, car méconnus, les Yéniches, Sinti et Manouches ont subi nombre de discriminations durant des siècles. En 2016, afin de vaincre les préjugés, le Conseil fédéral leur a promis d’être reconnus en tant que minorités nationales sous leurs appellations correctes et non plus en tant que « gens du voyage ». Mais la route reste longue pour cette population empreinte d’une piété hors du commun.

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTOS: VERA RÜTTIMAN, VERONIQUE BADER, DR, CIRIC

« Il est réellement présent avec nous tous les jours. C’est une lumière d’espoir qui nous fait avancer. » Vivre sans Dieu est impensable pour Patrick Birchler et la majorité des membres de sa communauté. Une constatation que partagent Christoph Al­-
brecht et sa collègue Aude Morisod, tous deux engagés dans l’Aumônerie catholique suisse des gens du voyage. Qui fut créée en 2003 par la Conférence des évêques suisses en tant que « paroisse non territoriale », afin de s’adapter au mode de vie des voyageurs. L’aumônerie propose des formations bibliques pour adultes, des parcours catéchétiques – selon leur culture, qui fait naturellement des liens –, offre une
présence sur les aires de stationnement, organise les traditionnels pèlerinages annuels et s’occupe de maintenir un lien vivant avec les paroisses sédentaires. « L’expérience de coexistence et d’accueil dans de nombreuses paroisses de Suisse est très positive », affirme Christoph Albrecht. Il note néanmoins que cette intégration dans la vie paroissiale reste très souvent associée aux liens d’amitié noués avec le prêtre du lieu.

L’étincelle divine

Luc de Raemy, prêtre à Payerne, en témoigne. « J’ai noué une amitié avec une famille yéniche lorsque j’étais jeune curé. C’était il y a vingt-cinq ans. Depuis, ils m’ont suivi dans chacune de mes affectations. Aujourd’hui, ils fréquentent la messe dominicale et m’appellent pour des sacrements ou des funérailles. » Mais ce n’est un secret pour personne, la relation entre la communauté yéniche de Suisse et l’Eglise demeure lestée d’un passif « douloureux et honteux », selon Christoph
Albrecht. Jusque dans les années 1970, les autorités ont tenté d’éradiquer la culture nomade, en utilisant massivement la violence et les placements forcés. « Retirés systématiquement de leurs familles (les enfants) étaient placés dans des institutions catholiques, des ordres […] qui travaillaient étroitement avec l’œuvre d’entraide des Enfants de la grand-route », mentionne la fondation « Assurer l’avenir des gens du voyage suisses ». Malgré cela, Patrick Birchler porte un tout autre regard sur ces événements. « L’Eglise est faite d’êtres humains. Ils sont fautifs, mais pas Dieu. L’Eglise reste ce qu’elle est. Il y a des moments où elle nous plaira et d’autres moins. Par contre, la foi restera la même. La confiance en Dieu persistera. Elle est l’étincelle qui brûle tout au long de votre vie et qui nous fait sentir que nous sommes accompagnés, quoi qu’il se passe. »

En chemin avec le Christ

En effet, pour Ludovic Nobel, prêtre et enseignant à l’Université de Fribourg, l’Eglise reste toujours perçue positivement. Lui-même originaire de la communauté yéniche, il réaffirme la centralité de la pratique de foi dans leur quotidien, avec toutefois quelques différences. « La spontanéité occupe une place prépondérante. Lors d’une demande de baptême, il est toujours sous-entendu que cela doit se faire rapidement. » Les signes et rituels revêtent aussi une grande importance. Luc de Raemy présume que cela tient au fait que la communauté a conservé les traditions qui avaient cours pour tous les catholiques, mais qui se sont perdues avec la sécularisation.

Vincent Roos, ancien prêtre de Versoix et actuel curé d’Ouchy, dont les contacts avec les gens du voyage étaient réguliers, avance une autre supposition. « Ces signes sont des balises sur la route. Ils constituent une stabilité dans un quotidien toujours en mouvement. » Il poursuit le fil de sa pensée : « Les horizons qui sont les leurs changent à tout instant. Avancer signifie aussi changer ses horizons. Ces itinérants sont proches de la marche dont parle Jésus. Ils sont dans le mouvement, dans cette dynamique de l’inattendu. Et qu’est-ce que la résurrection du Christ si ce n’est de l’inattendu ! Les voyageurs sont perpétuellement sur la route, et qui mieux que le Christ nous parle du chemin ? Il le personnifie même, en disant : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Je crois que nous avons bien des choses à apprendre d’eux. »

« Nous faisons partie de l’Eglise »
Une des préoccupations de la communauté des voyageurs concerne l’offre d’aires de séjour et de passage. Comme en témoignent les enquêtes réalisées par la fondation « Assurer l’avenir des gens du voyage suisses », le nombre de places s’est massivement réduit. Cela surtout en Suisse romande, en Suisse orientale et en Suisse italienne. Et Patrick Birchler ne manque pas de le souligner : « Nous faisons partie intégrante de l’Eglise et souhaitons trouver des emplacements stables. Cela nous permettrait d’y vivre et aussi de nous rassembler au nom de notre foi et de notre Eglise. » Déjà soutenu dans cette démarche par Mgr Lovey, évêque accompagnateur des gens du voyage au sein de la CES, le voyageur réitère son appel à la population : « Si des gens nous lisent et possèdent un terrain à louer avec un accès à l’eau et à l’électricité, ils peuvent prendre contact avec l’aumônerie. Cela nous serait d’une aide précieuse. » Une manière d’une part, d’aller à la rencontre de cette communauté et d’autre part, de leur donner les moyens de pérenniser leur culture.

Lexique terminologique
Yéniches, Sinti, Roms, Tsiganes, Manouches, Kalé, Gitans, voyageurs, sont autant de termes pour définir les personnes qui se rattachent à la grande famille « tsigane ».
Yéniche : ils constituent un groupe en soi parlant sa propre langue et vivent dans toute l’Europe, principalement en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Suisse, en Autriche et en France.
Sinti et Manouches : les Manouches (régions d’Europe francophones) et les Sinti (dans les régions germanophones et italophones) sont les descendants des Roms qui ont émigré en Europe centrale au XVe siècle.
Kalé et Gitans : présents en Espagne, au Portugal, dans le Sud et le Sud-Ouest de la France.
Roms : les Roms sont originaires d’Inde, qu’ils quittent au Xe siècle environ, puis ils émigrent principalement vers l’Europe. La langue romani a des racines sanskrites.
Tsiganes : terme générique désignant l’ensemble de ces familles de peuples.
Voyageurs : synonyme employé pour « gens du voyage ».

Qui sont les « gens du voyage » ?
En Suisse, la population d’origine yéniche est estimée à 35’000 personnes, dont la plupart sont sédentaires. Depuis la fin du XIXe siècle, les autorités, avec parfois la complicité de l’Eglise, ont tenté de réprimer leur mode de vie itinérant en les contraignant à se sédentariser. Ce n’est qu’en 1995 que la Suisse a reconnu les Yéniches, les Sinti et Manouches en tant que minorités nationales. Aujourd’hui, environ 5000 personnes ont conservé ce mode de vie itinérant. Cependant, le nomadisme joue un rôle identitaire essentiel pour ces communautés. La plupart de ceux qui se déplacent encore passent l’hiver sur une aire de séjour, leurs enfants vont à l’école du lieu et les familles sont enregistrées à la commune. Au retour de la belle saison, ils parcourent la Suisse pour rencontrer leurs clients. Les Yéniches, les Sinti et Manouches suisses exercent souvent des métiers traditionnels à titre indépendant. Toutefois, la fondation « Assurer l’avenir des gens du voyage suisses », souligne que la crise du coronavirus a affecté durement ces communautés : le manque de travail « ne leur permet plus de garantir suffisamment de revenus pour couvrir leurs frais courants ».

La famille dans tous ses états

Une approche biblique

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), juillet-août 2021

Ce que nous vivons dans nos familles nous met parfois dans tous nos états, nous agite, nous déplace, nous dépasse, nous fait souffrir. C’est alors que l’on peut s’ouvrir à l’inattendu, à l’autre, au Tout Autre.

PAR MONIQUE DORSAZ | PHOTOS : PIXABAY

Le terme « famille »

Dans la Bible, on ne trouve pas exactement le mot « famille ». On parle plutôt de maison, clan ou tribu. La famille biblique est une entité plus large que la famille nucléaire à laquelle nous pensons spontanément aujourd’hui. Dans les Écritures, la famille est une réalité concrète et ouverte qui évoque la cohabitation et la mise au monde.

Diversité des situations et états de vie

Dans la Bible on trouve beaucoup de diversité. Dieu intègre toutes sortes de situations familiales dans son projet. Les prophètes de l’Ancienne Alliance, ou même les ascendants de Jésus ne sont pas toujours dans une situation « normale » ou « idéale » : stérilité (Genèse 18), veuvage (Ezéchiel 24,
15-27), infidélité (Osée 1-3), manipulation (2e livre de Samuel 11), prostitution
(Josué 2) sont finalement des situations assez communes. Et c’est peut-être ce que l’on peut retenir en premier : la famille dans la Bible n’est pas un idéal, mais plutôt le réel de situations alambiquées, souffrantes, et en fait assez ordinaires. Justement, Dieu vient à la rencontre de ces réalités, il fait avec et se révèle au travers. Dieu assume nos plans B ! Souvent même c’est dans les épreuves que tout se joue, que Dieu se dit, se laisse rencontrer et peut agir.

Intérêt de la Bible pour la relation

homme-femme

Dès le début et jusqu’à la fin, la Bible s’intéresse de façon très particulière à la rencontre entre l’homme et la femme et à leur relation. « Dieu créa l’homme à son image, homme et femme il les créa » (Genèse 1, 27). Dieu dit encore : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je vais lui faire un secours, comme un vis-à-vis. » (Genèse 2, 18) Une rencontre homme-femme, c’est mystérieux : elle dit quelque chose de Dieu, comme témoigne saint Paul (Epître aux Éphésiens 5, 22-23). Ça c’est l’objectif, le plan d’ensemble. Reste que dans la réalité concrète des histoires des personnages bibliques, c’est moins évident : Abraham peine à reconnaître que Sara est sa femme (Genèse 12, 20), Jacob est fou amoureux de Rachel, mais se retrouve avec deux femmes (Genèse 9, 18ss), la femme de Potiphar tombe amoureuse de Joseph (Genèse 39, 7ss), Elqana aime sa femme qui est stérile (1er livre de Samuel 1, 5), Abigaïl est mariée avec un fou puis rencontre David (1er livre de Samuel 25, 3). David commet l’adultère avec Bethsabée (2e livre de Samuel 11, 2-4), Joseph le juste est invité à épouser une femme enceinte et la Samaritaine que Jésus rencontre et qui évangélise tout son village a déjà eu plusieurs maris… Dieu assume même les plans C !

Les parents et les enfants

Dans la Bible, on parle aussi volontiers de « fécondité ». C’est d’ailleurs la première Parole que Dieu adresse à l’homme et à la femme : « Fructifiez et multipliez-vous » (Genèse 1, 28). Mais quand on lit la suite, on voit que cela se passe difficilement. Les matriarches sont presque toutes stériles. Qu’y a-t-il à apprendre à travers toutes ces histoires de stérilité ? Peut-être que Dieu veut venir remplir nos incapacités humaines et leur donner une perspective que lui seul peut donner.

On voit aussi des parents qui luttent pour la vie de leur enfant. Hagar doit fuir au désert et pleure pour son fils Ismaël (Genèse 21). La Cananéenne lutte pour sa fille malade (Matthieu 15, 21-28), le Centurion pour son enfant-serviteur (Matthieu 8, 5-13). Jésus dira d’eux qu’ils ont une grande foi. Avoir la foi ce serait donc lutter pour la vie de l’autre et laisser Dieu en placer une ! La Bible nous montre comment les parents font tout pour leur enfant et aussi comment ils doivent les laisser aller. Nous trouvons à répétition la scène d’un père qui « envoie » son fils : Abraham renvoie Ismaël (Genèse 21, 10 ss), Isaac envoie Jacob (Genèse 28, 5), Jacob envoie Joseph (Genèse 37, 13), Jessé envoie David (1er livre de Samuel 17, 17).

La relation avec nos propres parents est aussi un défi ; Joseph, par exemple, va prendre soin du vieux Jacob pendant 17 ans
en Égypte (Genèse 37, 2 ; 47, 28). Ruth s’occupe de sa belle-mère et Tobie de son père âgé. Les parents, il faut aussi s’en détacher, ceci est affirmé depuis le texte de la création : « l’homme abandonnera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme » (Genèse 2, 24). Jésus lui-même aura des paroles difficiles par rapport aux personnes de sa famille et aux parents (Luc 14, 26). Quant à avoir des frères, on voit bien que là aussi, c’est parfois compliqué, et ce depuis le début avec Caïn et Abel, mais encore avec Isaac et Ismaël, Jacob et Esaü, Joseph et ses frères, David et ses frères,… Quant à Jésus, il pose la question de « qui sont mes frères ? » (Matthieu 12, 48)… et il nous dit ensuite que nous sommes tous frères (Matthieu 23, 8).

Dans la Bible, il y a un parti pris pour la réalité. Les relations homme-femme, les relations entre frères sont considérées dans leur complexité et dépeintes avec réalisme. On n’a pas peur d’évoquer ces réalités difficiles, c’est justement là que Dieu devra être convoqué. Dans les Évangiles, Jésus va au-devant des uns et se laisse aborder par les autres quelle que soit leur situation matrimoniale et familiale. Il offre un accueil inconditionnel aux personnes blessées par la vie. Dieu veut venir à notre rencontre pour nous sauver. Il vient là où l’on pourrait avoir envie qu’il ne vienne pas, ces lieux que l’on penserait indignes de Dieu. C’est justement là qu’il veut aussi nous rejoindre.

Les mêmes mots sont utilisés pour parler de Dieu

Si les mêmes mots sont utilisés pour dire la réalité des relations humaines, « père », « fils », « époux-épouse », « frères » et les réalités de Dieu, c’est parce que tout amour humain trouve en Dieu sa source et sa deuxième naissance. Les choses humaines sont habitées par ce qui se vit en Dieu. Celui qui écoute la Parole est amené à comprendre encore plus profondément ce que signifie être fils, être père, mère, épouse, etc.

– Que la relation parent-enfant soit belle ou difficile, elle nous ouvre à un autre Père qui veille sur nous.

– Les relations fraternelles ou de cousinage ne constituent pas le tout de notre vie, nous pouvons être amenés à découvrir des liens de fraternité plus forts que les liens du sang. C’est une réalité très présente dans le Nouveau Testament. Nous avons une multitude de « plus que frères ».

– Si nous accordons tant de prix aux « noces humaines », c’est parce qu’elles sont habitées par un projet plus grand. Elles s’intègrent dans le grand projet des noces de Dieu avec l’humanité. Jésus le célibataire s’est souvent présenté comme « l’époux », nous sommes faits pour entrer avec lui dans ces noces éternelles auxquelles tous sont largement invités : « Heureux les invités aux noces de l’agneau .» (Apocalypse 19, 9)

 

Une quête Dieu point zéro

Fini de fouiller ses poches à la recherche de pièces à glisser dans le panier de la quête. La paroisse Saint-François de Sales, à Genève, propose à ses ouailles de dégainer leurs smartphones durant la messe… pour faire un don. Depuis cette proposition innovante, le paiement sans contact est devenu « monnaie courante » !

PAR MYRIAM BETTENS
PHOTO : DR

Pionnière en Suisse romande, la paroisse Saint-François de Sales s’est appuyée sur une application développée par une start-up française. L’application La Quête, disponible en version Androïd ou Iphone compte déjà soixante diocèses et plus de 12’000 paroisses à son actif. En Suisse, l’application intéresse d’autres paroisses mais demande plus de temps pour s’implanter qu’en France. A la différence de notre voisin, où la totalité des dons sont gérés par le diocèse, chaque Eglise romande doit faire une demande d’adhésion individuelle destinée à la récolte de ses propres dons.

Les paroissiens de Saint-François de Sales sont encouragés à sortir leurs téléphones durant la messe. Une hérésie ? Que nenni ! Le smartphone sert, depuis l’été 2018, une juste cause : la diversification des moyens de dons. Gregory de Foy, trésorier de la paroisse, en dresse d’ailleurs un bilan plutôt encourageant : « Les paroissiens ont réalisé que l’application est facile à installer et à utiliser. Nous sommes passés d’une quinzaine de familles qui l’utilisent de manière régulière à une trentaine. » Autre point positif, « nous avons aussi amorcé un réel dialogue avec les paroissiens sur l’état des finances de la paroisse », clarifie Gregory de Foy. Il ajoute, « parler d’argent reste souvent un tabou et cette application nous a donné l’opportunité d’aborder ce sujet ouvertement ». Aujourd’hui, outre la quête via smartphone, la paroisse propose aussi de faire des dons par le bais d’un module online permettant d’utiliser une carte de crédit. « Cette révolution numérique a vraiment facilité l’accès aux dons. En plus, les donateurs peuvent, comme avec le traditionnel panier, rester totalement anonymes », avance le trésorier de Saint-François de Sales. Pour ceux, au contraire, ne sollicitant pas l’anonymat, il est possible de déduire de la déclaration fiscale l’obole faite à la paroisse. « Cette nouveauté a donné une réelle impulsion à la récolte de dons. »

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