Une divine économie

Tout s’achète, tout se vend, le marché suffit à fixer la valeur d’un objet. Quelle place la foi peut-elle encore occuper dans le domaine économique ? Pour y répondre, Eric Jaffrain, consultant en marketing non-marchand, propose de revenir à la logique du don, à l’origine de la vie et de la communauté.

PAR MYRIAM BETTENS | PHOTOS : JEAN-CLAUDE-GADMER

Biographie express

Au bénéfice d’un parcours professionnel atypique, Eric Jaffrain a tout fait… ou pres­que : architecte de formation, directeur d’agences de publicité puis de marketing, animateur de radio, politicien, humanitaire ou encore pasteur. Aujourd’hui, cet homme de terrain passionné met en pratique sa citation favorite : « Donner, c’est créer de la richesse. » Pour ce faire, depuis 1989, il continue de former activement au marketing non-
marchand. Il dirige aussi l’association La Restaurée, fondée il y a 11 ans, dans le canton de Vaud et qui a pour projet d’aider les personnes actives brisées par la vie.

Comment appliquer le concept de marketing non-marchand et de don à notre économie ?

Je vais prendre un exemple, c’est plus parlant. Une entreprise de services RH romande a fait appel à moi. Elle perdait des clients, avait des difficultés à les fidéliser et à en trouver de nouveaux. En posant des questions pour mieux cerner le problème, je lui ai demandé ce qu’elle donnait à ses clients. Là, regard éberlué, elle me répond ne pas donner ses services mais les vendre. N’ayant plus rien à perdre, elle a été d’accord d’essayer ma méthode avec un client le lendemain. Ce dernier lui a demandé ce qu’elle pouvait lui offrir. L’entreprise romande a donc commencé par donner une prestation. Après des mois de tractations infructueuses, elle venait de sortir de l’entretien en ayant un gros contrat en poche. Elle est ensuite devenue une entreprise florissante de la région lémanique.

Le marketing non-marchand propose une vision plus holistique de l’économie ?

Absolument ! Aujourd’hui, l’économie se compose de la triade : produire-consommer-jeter. A l’inverse, le marketing non-marchand prône un autre paradigme, dans une optique d’économie circulaire. Nous nous situons ici dans le créer-utiliser-partager ou recycler. En développant le don, on se pose toujours la question de ce que nous apportons à l’autre sans chercher à lui vendre quelque chose.

Ce type de marketing est une chance de repenser l’économie et de donner un autre sens à la société…

L’économie telle qu’on la définit aujourd’hui n’en est plus une. Elle n’est qu’un système mécanique, soi-disant autorégulateur, servant à développer le profit. D’ailleurs, la valeur des produits du marché est subjective et ne se fonde sur aucune réalité. Or, le sens du mot économie vient du grec communauté dont le principe premier demeure le partage. Mais l’instinct de propriété érige des frontières, empêchant l’autre d’accéder à ce que tu as et à ce que tu es. Le marketing non-marchand, basé sur le don, élimine ces frontières et pallie le manque d’unité de l’économie actuelle. Car celle-ci ne permet pas de symbiose entre ce que je suis, ce que j’aimerais et ce que je fais réellement.

L’économie n’est-elle pas déjà obligée de s’adapter face à des désirs de consommation plus durable et éthique ?

Il existe une tendance et une réelle conscience pour ces questions, mais je ne pense pas que cela soit suffisamment fort. Pour transformer les mentalités, le mouvement doit être collectif. Dit autrement, les cœurs doivent changer, pas le concept. Nous n’assistons pas à un changement de société, mais seulement de comportements de consommation. C’est cela qui me gêne. Il ne faut pas se faire d’illusions, l’économie financière va toujours faire en sorte de suivre les tendances pour conserver la modalité acheteur-vendeur.

Un marketing non-marchand, c’est quoi ?

Le marketing classique repose sur le fait de vendre ou de forcer l’acte d’achat avec un consommateur pour cible. « Le marketing non-marchand ne considère pas l’individu comme cela, mais plutôt comme un citoyen, voire un donateur. Le mode de transaction étant basé sur le don : de soi, de temps, d’argent ou en nature. » Il préconise de s’axer en priorité sur le besoin de l’autre. En d’autres termes, une entreprise plaçant en priorité le besoin de ses clients aura un retour sur investissement, et donc générera des recettes, comme l’enseigne Jésus : « Celui qui donne, reçoit. » Toutefois, il reste une nuance importante à souligner, le marketing classique crée artificiellement des besoins pour produire de l’argent. Dans le marketing non-marchand, il s’agit de répondre aux besoins réels et non induits par le marché. Ce type de marketing se situe aussi dans la ligne des principes bibliques que sont l’abondance et l’acceptation de la suffisance. « Si je remplis un verre jusqu’à ce qu’il déborde presque, l’économie actuelle prescrira d’accumuler des verres et de garder le tout pour moi. Le marketing non-marchand conseille de continuer à verser, afin que cela déborde et arrose tout l’environnement alentour. »

Une croix pour l’église

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Nyon-Founex (VD), septembre-octobre 2021

Début juin, une croix a été installée contre un mur latéral de l’église de Saint-Robert.
Voici son histoire.

PAR FRANÇOISE DE COURTEN | PHOTOS : ALAIN BESSE

La statue en bois représentant le Christ nous avait été offerte par le père de mon mari Jean. Nous l’avions accrochée au mur dans un coin de notre maison et nous nous mettions sous la protection de son regard attentif.

Peu à peu, les enfants ayant quitté la maison, nous l’avons oubliée. Mais sa présence continuait d’accompagner silencieusement nos allées et venues. Quand nous avons appris que nos prêtres souhaitaient un crucifix dans notre église, mon mari a manifesté le désir de l’offrir à la paroisse de Saint-Robert, témoin de tant d’événements marquants de notre vie familiale.

Un Christ restauré…

Dûment emmitouflée, nous avons apporté à la sacristie cette sculpture en bois peint de style baroque. Françoise Belmont l’a montrée à l’abbé André Fernandes, à notre curé modérateur Jean-Claude Dunand, au vicaire épiscopal, l’abbé Christophe Godel, et à la Commission diocésaine d’art sacré. Elle a également consulté les Conseils de paroisse et de communauté. Tous ont validé ce choix.

La statue ayant subi l’usure des ans, nous avons dû la confier à un restaurateur d’art, l’atelier Sinopie Sàrl à Vevey. Avec un soin minutieux et professionnel, le restaurateur a nettoyé et refixé la pellicule picturale, reconstitué certains manques, rempli de mastic les lacunes et les fissures. Il a fait en sorte que toutes ces interventions ne se voient pas, que l’œuvre garde son authenticité et une durée de vie optimale. Cette restauration a été offerte par le Conseil de paroisse.

… sur une croix valaisanne

Mon mari et moi désirions offrir un soutien décent à cette sculpture. C’est la croix de l’église de la Colombière, un support fin en bois, qui m’a aidée dans ce choix. André Moser et moi sommes allés voir l’ébéniste recommandé par le restaurateur d’art. Nous avons grimpé jusqu’à un village perché des Dents du Midi, Mex, en Valais. Là-bas, nous avons fait des essais pour déterminer la qualité du chêne, sa couleur et les bonnes dimensions. Ces choix effectués, l’ébéniste, Robert Udriot, nous a offert un bon petit vin blanc et un plat de viande séchée que nous avons dégustés face
à des montagnes somptueuses.

L’emplacement du crucifix dans l’église ayant été choisi par un petit groupe de paroissiens éclairés, il a été fixé au mur par le menuisier Luquiens sous l’œil vigilant d’André Moser. L’abbé Fernandes procédera à la bénédiction de ce Christ en croix lors de la messe du dimanche 12 septembre. Le quatuor des plus
belles voix de notre chorale, dirigé par Nathalie Breault, chantera à cette occasion.

 

Céline Ruffieux à la barre de l’Eglise fribourgeoise

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, paroisse Saint-Laurent Estavayer / Au large (FR), septembre 2021

Personne ne l’attendait ! C’est pourtant elle, Céline Ruffieux, que Mgr Morerod a choisie pour être, dès cette rentrée pastorale, sa « représentante » pour diriger la partie francophone de l’Eglise fribourgeoise. Une femme pour succéder au vicaire épiscopal Jean Glasson à la tête de l’une des grandes entités du diocèse LGF. Une femme à la barre – deux avec sa collègue pour la partie alémanique : une première historique ! Un challenge qui n’effraie pas cette Gruyérienne habituée à marier psychologie et spiritualité, activité en Eglise et famille nombreuse. Rencontre.

PAR CLAUDE JENNY | PHOTOS : VALENTINE BRODARD

Ecouter,
et non exclure

Sur les questions « chaudes » qui dérangent, la nouvelle représentante de l’évêque ne se prononce pas, hormis sur la pédophilie où elle sera dans la stricte ligne de l’évêque avec zéro tolérance. Sur les couples divorcés-remariés, l’intégration des couples du même sexe, elle s’affiche ouverte à la rencontre et à l’échange – « Je suis contre toute forme d’exclusion ! » – mais sans s’engager davantage. Et si des « affaires » devraient voir le jour, elle prône là aussi le dialogue : « J’écouterai les personnes, pour comprendre ce qu’elles vivent et pourquoi, puis j’en référerai à l’évêque. Mais nous sommes régis par des règles propres à l’Eglise, des dogmes que nous devons respecter. C’est donc en amont qu’il faut agir pour que des situations embarrassantes n’existent plus. »

« J’ai été surprise que l’évêque pense à moi. Même interloquée ! J’ai pris le temps de discerner, de consulter ma famille et j’ai dit « oui », car cette décision de l’évêque de nommer des laïcs à la tête des régions de son diocèse, est une chance pour l’Eglise. Qui plus est en désignant une femme, une mère de famille, ma nomination va donner plus de légitimité à la place des femmes en Eglise. Il ne fallait pas passer à côté de cette opportunité » explique celle dont la nomination a surpris, mais dont beaucoup ont aussitôt dit dans le sérail : « C’est un bon choix ! » « Heureusement, confesse-t-elle, car si j’avais senti un vent de fronde, j’aurais renoncé ! »

Quand le hasard…

C’est un peu par hasard que cette Gruyérienne mère de cinq enfants est devenue « professionnelle en Eglise ». Parce que l’un de ses enfants risquait d’être privé de
préparation à la première communion, elle a d’abord relevé le défi de devenir
catéchiste. Puis de suivre ce que l’on appelait encore l’IFM (Institut de formation aux ministères) et basculer professionnellement dans le chaudron de l’Eglise, d’abord dans son unité pastorale de la région bulloise, puis dans le service de la formation et de l’enseignement au Vicariat cantonal.

Pour un fonctionnement à l’horizontal

« Ce fut un choix que j’ai fait de changer ma vie pour lui donner davantage de sens » dit celle qui, psychologue de formation, a exercé sa profession dans divers cadres avant de bifurquer en Eglise. « J’ai toujours enseigné, toujours eu un pied dans la transmission. Il m’appartiendra désormais de faire que toutes les équipes qui œuvrent à faire souffler le vent de l’Eglise puissent accomplir leur mission en instaurant un fonctionnement aussi humain que possible. Céline Ruffieux entend être davantage une accompagnatrice qu’une cheffe ! Même si, patronne, elle sera prête à relever ce qui s’avérera évidemment un challenge de taille, mais confiante de pouvoir instaurer un fonctionnement aussi horizontal que possible.

Priorité au dialogue

La nouvelle responsable ne se berce pas d’illusions : des conflits, des embrouilles, elle en aura à gérer. Mais forte de son bagage de psychologue, elle espère que le dialogue l’emportera. « L’Eglise, ce sont d’abord des personnes au service d’un idéal de foi. Les structures ne sont qu’un outil au service de la cause. Chacun et chacune a sa place, son rôle à remplir, et nous devons y parvenir sans faire de l’ombre à quiconque. Nous ne sommes pas en concurrence, ni dans un contexte d’entreprise » explique Céline Ruffieux qui dit vouloir accorder une grande place au dialogue.

Si elle n’hésitera pas à consulter l’évêque pour régler des problèmes sensibles, elle entend toutefois bien être la « patronne » de toute l’équipe, prêtres et laïcs, et elle ne voit pas a priori pourquoi elle ne pourrait pas dialoguer avec un prêtre, même si l’évêque auxiliaire s’est vu désigner pour être une voie d’écoute pour le prêtre et religieux qui aurait besoin de s’adresser à l’un de ses semblables. Mais comme au vicaire épiscopal avant, c’est à elle notamment qu’il incombera chaque printemps de faire des propositions de changements dans les équipes (le plus souvent avalisés par l’évêque).

Favoriser la transversalité

Céline Ruffieux en est consciente : elle a un large champ de liberté dans la manière de manœuvrer, de gérer toutes ses équipes, tant dans les UP que dans les services centraux. Mais elle ne va rien brusquer : « Je vais prendre le temps de connaître les personnes et les structures, d’observer, de poser des questions, puis de trouver ensemble, avec les équipes, les bons processus pour faire avancer le train de l’Eglise. En misant sur cette transversalité que l’évêque appelle de ses vœux. Céline Ruffieux l’estime possible : « C’est notre ADN d’évangéliste, dit-elle. Nous devons travailler pour le royaume de Dieu et non pour divers petits royaumes ! Nous devrions donc arriver à dégager des visions communes sur certaines questions et ainsi avoir des approches similaires entre les quatre entités du diocèse, tout en respectant certains particularismes locaux. »

Céline Ruffieux entend travailler sur des axes prioritaires : d’une part, « la force renouvelante de la Parole qui change les cœurs » et, d’autre part, « la force de l’accueil de l’autre et des autres et du travail en équipe ». Beau programme !

Le vicaire est parti à Vevey

L’abbé Jean Glasson, vicaire épiscopal jusqu’à cet été, s’en est retourné en paroisse selon le souhait de son évêque de remplacer les prêtres par des laïcs à la tête des vicariats, devenus « régions diocésaines ». Ainsi, l’abbé Jean a pris la route de la Riviera vaudoise où il fera désormais le bonheur des milliers de paroissiens de la grande UP de Vevey qui regroupe, outre la ville de Vevey, les communautés de La Tour-de-Peilz, Corsier, Corseaux, Blonay, Saint-Légier.

Des femmes oui, mais pas que…

Que les hommes se rassurent, Céline Ruffieux n’entend pas féminiser outre mesure les services de l’Eglise ! « Je suis féministe dans le sens que je défends la place des femmes dans la société et notamment des mères qui, comme moi, ont toujours mené de front vie familiale et vie professionnelle. Mais ceci ne signifie pas que je sélectionnerai en priorité une femme lorsqu’un poste sera vacant ! L’important est de mettre la bonne personne, la plus compétente, à la bonne place. »

Vitrail du couronnement de la Vierge par l’Enfant Jésus, basilique Notre-Dame, Genève

PAR AMANDINE BEFFA | PHOTO : JEAN-CLAUDE GADMER

On considère parfois les vitraux dits sulpiciens comme des œuvres de moyenne valeur. Il est vrai qu’ils peuvent paraître un peu pâles à côté des verrières médiévales de la cathédrale de Chartres ou celles de Chagall à Zurich.

Il serait toutefois dommage de les délaisser trop vite. En effet, ils sont non seulement le témoignage d’une époque, mais ils ont en plus un intérêt théologique. C’est le cas du vitrail du couronnement de la Vierge réalisé par Claudius Lavergne pour la basilique Notre-Dame de Genève.

Il synthétise toute l’histoire du salut, superposant des événements appartenant à des périodes différentes. Il présente ainsi la façon dont ce qui est annoncé dans l’Ancien Testament s’accomplit dans le Nouveau Testament. C’est ce que l’on appelle un vitrail typologique.

Dans la partie basse, l’ange chasse Adam et Eve du jardin d’Eden. Le visage d’Eve est tourné vers le bas, sous le poids de la condamnation, mais celui d’Adam est tourné vers le haut. Il semble déjà annoncer une forme d’espérance.

La Vierge Marie porte Jésus dans ses bras. Si c’est elle qui terrasse le serpent des origines, elle utilise une lance ornée d’une croix. Elle nous guide ainsi du début des évangiles (la naissance de Jésus) à l’Apocalypse.

Jésus couronne sa mère. Il souligne ainsi la fidélité sans faille de Marie : de son « oui » à la question de l’ange jusqu’à son entrée dans la gloire.

Le Père domine toute la scène. De sa main gauche, il désigne la Vierge et l’enfant. Dans sa main droite, il tient un orbe crucigère, symbole de la domination du Christ sur le monde. Il indique ainsi que cet enfant est le Sauveur.

La colombe rappelle cet Esprit qui planait sur les eaux au moment de la Création et qui a accompagné chaque instant de l’histoire.

Concluons avec les paroles de l’Exultet, qui résument si bien toute la symbolique de ce vitrail : « Bienheureuse faute de l’homme qui valut au monde en détresse le seul Sauveur ! »

Journaliste et paroissienne engagée

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Nyon-Founex (VD), septembre-octobre 2021

Vous la connaissez tous, peut-être sans le savoir.
Geneviève de Simone-Cornet est rédactrice responsable de L’Essentiel depuis des années et journaliste à l’hebdomadaire familial chrétien Echo Magazine à Genève. Sa plume vous offre, au fil des mois, éditoriaux et articles. Rencontre avec celle sans qui votre « Essentiel » ne serait pas pareil.

PROPOS RECUEILLIS PAR AUDREY BOUSSAT
PHOTOS : JEAN-CLAUDE GADMER ET ECHO MAGAZINE

Geneviève de Simone-Cornet, qui êtes-vous ?

Il est toujours difficile de porter un jugement sur soi : l’image que l’on donne est forcément partielle et elle doit être complétée par le regard d’autrui. Je dirais que je suis une femme sérieuse, exigeante envers moi-même et envers les autres, fidèle en amitié et dans mes engagements. Curieuse de voir et d’apprendre, de découvrir le monde qui m’entoure et d’abord la richesse des personnes. Impatiente, aussi, et en colère devant l’injustice.

Vous êtes journaliste. Qu’est-ce qui vous a orientée vers ce métier ?

J’ai toujours aimé écrire, prendre la plume pour relater des événements ou m’exprimer. J’aime la langue, j’aime travailler avec les mots. Et j’ai la passion de communiquer, de transmettre, d’informer. Alors, quand il s’est agi de choisir une profession, j’ai écouté ce qui mûrissait en moi depuis longtemps et c’est tout naturellement que j’ai choisi le métier de journaliste. Pour donner la parole, expliquer la complexité du monde et fournir aux lecteurs des outils pour comprendre les enjeux actuels.

Vous n’avez pas de téléphone portable, sauf erreur… Pourquoi ce choix ?

Je ne suis pas déconnectée du monde pour autant. Je consulte ma messagerie électronique tous les jours et mon métier de journaliste m’impose de suivre l’actualité. Je lis aussi beaucoup, en particulier dans mon domaine de compétence, la vie de l’Eglise – je suis spécialisée en information religieuse.

Je ne suis pas opposée à la technologie: elle facilite nos vies et elle nous a beaucoup apporté ces dernières décennies. Moi-même je ne pourrais pas m’en passer dans mon métier. Seulement, il faut l’utiliser à bon escient : lorsqu’elle nous aide à progresser en humanité, nous enrichit, nous ouvre au monde, elle est très utile; mais si nous passons notre temps libre la tête penchée sur un Smartphone et les yeux rivés sur un écran, nous ratons l’essentiel.

J’aime la poésie. Pour moi, lire un poème est une véritable expérience humaine et spirituelle : non seulement je lis, mais j’écoute les mots, leurs sons, leur harmonie et je les reçois comme des graines venant féconder ma terre intérieure pour l’éveiller à la beauté et à la bonté. C’est bien plus riche et profond que tous les SMS et les émôticons que l’on s’envoie à longueur de journée. Essayez, vous verrez que les mots de poésie vous transforment ! Pour cela il faut prendre du recul, s’immerger dans le silence, se rendre disponible, se mettre « en état d’annonciation » « l’oreille aux aguets », écrit le moine poète Gilles Baudry.

Comment voulez-vous y arriver si votre tête, vos yeux et vos mains sont constamment sollicités par un portable ? C’est pour cela d’abord, pour préserver cette part d’humanité et de disponibilité en moi qui me relie profondément à Dieu, aux autres et à la création que j’ai renoncé à un portable. C’est un choix de vie non contre, mais pour plus de présence au monde.

Vous êtes engagée dans l’Unité pastorale Nyon-Terre Sainte. Dans quels domaines ?

Outre que je coordonne la rédaction de L’Essentiel depuis plus de dix ans, dans la communauté de la Colombière, je suis auxiliaire de l’eucharistie. Je réfléchis aussi à la communication sur l’ensemble de l’Unité pastorale au sein d’un groupe ad hoc.

Dans quels plaisirs simples de la vie retrouvez-vous particulièrement le Seigneur ?

L’amitié, fort précieuse pour moi. Le partage. Quelques pas dans la campagne ou en forêt. La lecture et l’écriture, des lieux où j’apprends à me connaître en me confrontant à des points de vue différents qui m’interrogent et me déplacent ; des lieux, aussi, à travers lesquels je chemine vers le Seigneur. Le silence et la solitude, respirations dans un quotidien qui me sollicite beaucoup.

Comment nourrissez-vous votre foi ?

J’essaie de participer chaque jour à l’eucharistie, y trouvant une nourriture vitale pour moi. Et je prie la liturgie des heures à l’unisson avec toute l’Eglise. Je suis membre de l’Equipe d’animation des Communautés laïques marianistes (CLM ou fraternités marianistes) de Suisse et du Bureau romand de l’apostolat des laïcs (BRAL) : autant de lieux de rencontre en Eglise qui fortifient ma foi et fécondent mes engagements.

Quel regard portez-vous sur l’Eglise d’aujourd’hui ?

A la fois le regard de la journaliste et celui de la chrétienne. J’aime mon Eglise, j’ai de la joie à m’y engager, à mettre mes compétences au service de la communauté. Mais j’attends d’elle qu’elle encourage encore plus les laïcs et les invite à l’audace, qu’elle leur donne toute leur place et les soutienne. Il y a encore tant de chemins à explorer pour une meilleure collaboration entre prêtres et laïcs au sein de nos communautés paroissiales, de ministères à inventer, d’initiatives à susciter ! Par notre baptême, tous, prêtres et laïcs, nous sommes prêtres, prophètes et rois. Que les prêtres prennent plus au sérieux la vocation baptismale de chacun. Qu’ils n’hésitent pas à confier des responsabilités aux laïcs et à les intégrer dans les instances de décision.

Quant aux femmes, elles ont encore beaucoup à apporter à l’Eglise : écoutons-les, traitons-les d’égal à égal, confions-leur des postes à responsabilité, associons-les aux décisions. C’est en travaillant ensemble, femmes et hommes, que nous construirons une Eglise accueillante et attirante.

Enfin, j’aimerais que mon Eglise s’engage plus franchement dans les questions de société, qu’elle soit une voix qui compte dans le débat. Car elle a des valeurs à proposer qui humanisent notre monde et l’invitent à regarder plus haut et plus loin ; elle peut donner des points de repère à notre société déboussolée en ce temps de pandémie.

Y a-t-il un auteur que vous aimeriez recommander aux lecteurs de L’Essentiel ?

Gilles Baudry. Il est moine à l’abbaye bénédictine de Landévennec, en Bretagne, et un ami de longue date. Sa poésie simple et profonde, inspirée de sa méditation continue des Ecritures, nous convie à l’émerveillement. Des mots de tous les jours pour exprimer l’essentiel, des mots limpides pour dire l’invisible qui affleure sous le visible. Dieu dans un brin d’herbe, une goutte d’eau, un rayon de soleil. Il nous emmène toujours plus loin sur les sentiers de l’ordinaire pour y goûter la présence de Dieu. Avec douceur, tendresse et gratitude.

S’il fallait ne retenir qu’un poème dans une œuvre multiple et foisonnante, ce serait « Le dit de Cléophas d’Emmaüs ». Aussi beaux que profonds, ces vers sur les disciples d’Emmaüs invitent à relire cet épisode évangélique dans une lumière nouvelle. Etonnant et stimulant !

La Foi peut-elle être minimaliste ?

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Sacré-Cœur, Ouchy-Lausanne (VD), septembre 2021

En opposition avec une société de consommation où davantage de possessions matérielles conduisent à l’épanouissement et au bonheur, le Minimalisme fait le constat de la limite de ce système en mettant en avant une sobriété heureuse qui incite à consommer moins pour vivre mieux.

PAR PIERRE GUILLEMIN | PHOTOS : DR, PIERRE GUILLEMIN

Le Minimalisme veut nous aider à nous concentrer sur les choses vraiment importantes dans notre vie, d’avoir la liberté de faire des choses qui nous semblent vraiment importantes pour notre épanouissement. Nous pouvons ainsi libérer du temps et de l’énergie que nous passions jusqu’à présent à penser aux choses dont nous n’avions pas vraiment besoin. De cette manière, nous pouvons nous concentrer sur notre liberté, nos relations avec les autres c’est-à-dire des choses qui comptent !

Comme l’écrit Pierre Rabhi (essayiste, romancier, agriculteur contemporain minimaliste) : « Il nous faudra bien ré­-pondre à notre véritable vocation qui n’est pas de produire et de consommer jusqu’à la fin de nos vies mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. »

Cette démarche minimaliste n’est pas
sans rappeler des exemples fameux de l’histoire de l’Eglise comme saint Martin de Tours (316-397), saint François d’Assise (1181-1226), les ermites, la vie monastique… Ces exemples sont en fait innombrables et démontrent que la conscience minimaliste est très présente dans l’Eglise, et ce, depuis les premiers chrétiens. Rappelons saint François d’Assise « c’est en s’oubliant que l’on se retrouve » c’est-à-dire que gratitude, prière, satisfaction du nécessaire contribuent pleinement à l’épanouissement de l’Amour de Dieu.

Mais le Minimalisme peut aussi amener à une vision réductrice de l’humanité. En effet, si la quête de sens et de bonheur se traduit par la volonté de se développer en tant que personne, elle peut aussi amener à une remise en question existentielle, en particulier celle de Dieu. « Je pense donc je suis – cogito ergo sum » (René Descartes 1596-1650) peut aussi être interprété comme le fait que la seule certitude que l’on peut avoir du monde, c’est l’existence de sa personne par le moyen de sa pensée. Alors le Minimalisme, en suivant cette voie, nous conduit à ne plus concevoir qu’un dialogue avec nous-mêmes ce qui est le contraire de cet Amour que Dieu nous invite à partager, à transmettre, à donner pour mieux recevoir car Les Ecritures nous enseignent ce rapport omniprésent entre l’Homme et Dieu qui est un perpétuel enrichissement.

Le Minimalisme serait-il une tentative de combler un vide ? Blaise Pascal (1623-1662) nous dit : « Il y a un vide en forme de Dieu dans le cœur de chaque homme qui ne peut être rempli par aucune chose qui ait été créée mais seulement par Dieu, le Créateur, qui s’est fait connaître aux hommes par Jésus. »

Mais si le Minimalisme est une tentative pour combler ce vide dont nous parle Blaise Pascal, il ne peut être la réponse car comme nous l’écrit Joseph Gotte (écrivain contemporain) : « Pour connaître un bonheur véritable, il faut apprendre à connaître Celui qui nous donne le souffle de la vie » car comme le rappelle le Concile de Vatican II : « L’Evangile est la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale. » (Dei Verbum 7)

Le Minimalisme n’est pas une autre forme de la Foi du charbonnier. La Foi du charbonnier, c’est la Foi de l’homme qui croît tout simplement. En ce sens sa foi est minimale dans l’attitude mais elle reste riche et complexe car elle accepte l’ensemble de la Parole de Dieu sans aucun filtre.

Nous sommes invités au travers des Ecritures à une foi vraie qui est une véritable démarche de liberté et pas justement une solution minimaliste. Ce que Jésus-Christ nous laisse et nous enseigne, c’est la perpétuelle nouveauté d’une Bonne Nouvelle illustrée par des paraboles à déchiffrer inépuisablement : c’est ce qui constitue la richesse et la complexité de la Foi qui ne peut être minimaliste car pour comprendre cette Bonne Nouvelle, il faut y travailler, y réfléchir et agir dans une démarche véritable de compréhension de la Parole.

C’est aussi l’un des messages d’une parabole comme « Lève-toi et marche ». Certes, il s’agit bien d’une histoire relatée par saint Marc par laquelle Jésus montre l’étendue de l’Amour de Dieu en guérissant le paralytique. Mais c’est aussi et peut-être d’abord l’illustration que ce n’est pas la seule attitude qui fait la Foi mais nos actes, nos actions guidées par l’Amour de l’autre qui nous amènent à approcher la Lumière et renforcer notre Foi.

En conclusion, ne confondons pas forme et fond. La Foi est riche, complexe et ne se résume pas à quelques prières ou doctrines choisies au gré de ses envies. La Foi n’est pas Minimaliste et ne peut l’être, heureusement ! En revanche, l’attitude du Croyant, du Disciple, s’accommode parfaitement d’une expression minimaliste du mode de vie : cette attitude minimaliste est la forme de la démarche du Croyant, du Disciple qui est un moyen (pas unique !) de s’épanouir dans la Foi en embrassant toute sa richesse et sa complexité.

Zéro déchet Suisse

PAR CHANTAL SALAMIN | PHOTOS : DR

Vivre sans déchets ? Non, ce n’est pas impossible ou réservé à des écologistes extrémistes. Cela s’apprend, tout simplement ! Adopter ce mode de vie, c’est non seulement préserver la planète, mais également améliorer sa qualité de vie et réduire ses frais de consommation. Mais alors comment s’y prendre ?
Commencez par visiter le site de l’association ZeroWaste Switzerland : zerowasteswitzerland.ch

C’est évident

Pour réduire drastiquement sa quantité de déchets, un principe simple à suivre au quotidien : « Rethink et Refuse (repenser et refuser), Reduce (réduire), Reuse et Repair (réutiliser et réparer) et Recycle et Rot (recycler et composter), en utilisant des matériaux durables et en motivant les changements de notre modèle économique et culturel actuel ».

Et cela s’apprend

Pour vous accompagner vers ce nouveau mode de vie, l’association propose des activités et événements pour tous – aussi en virtuel – comme des cafés thématiques, des ateliers interactifs, des conférences et même du coaching personnalisé, répartis en trois thématiques : « aliments & boissons », « cosmétique, nettoyage & vêtements », « travail, maison & cadeaux ».

Entreprises et communes y trouvent également des conseils adaptés.

Trouvons un nouveau souffle !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Nyon-Founex (VD), septembre-octobre 2021

L’Equipe pastorale choisit chaque année un thème pour guider les paroissiens dans leur chemin de foi. Durant l’année pastorale 2021-2022, il sera question de bâtir l’Eglise et de nous ouvrir encore plus à Dieu avec un élan renouvelé.

PAR MARIE-AGNÈS DE MATTEO
PHOTOS : L’UN & L’AUTRE D’ETIENNE GRÈS,
PEINTURE DE LOUIS TOFFOLI, DR

Depuis le début de la pandémie, nous sommes affectés par la difficulté de faire Eglise. Nous sommes empêchés de vivre nos rassemblements, habités pas la peur de l’autre qui est susceptible de nous transmettre le virus et parfois contraints à participer à la prière eucharistique via un écran. Cela suscite une certaine inquiétude chez certains responsables pastoraux qui craignent que ces difficultés ne conduisent à une baisse de motivation sur le long terme.

Cette situation de manque ne devrait-elle pas, au contraire, susciter un désir plus ardent ? Sommes-nous suffisamment ancrés en Christ pour que cette épreuve soit l’occasion de renouveler notre espérance et notre motivation à faire Eglise ? C’est cette ouverture au souffle de l’Esprit que l’Equipe pastorale souhaite favoriser pour cette nouvelle année pastorale.

Rendre sacré

La dédicace de la nouvelle chapelle de Gland, avec la consécration de l’autel, qui sera célébrée dimanche 13 février par notre évêque, Mgr Charles Morerod, sera un événement central susceptible de nous donner un nouvel élan. Consacrer signifie « rendre sacré ». Ce rituel a de grandes similitudes avec celui de notre baptême. Les baptisés, par la régénération du baptême et l’onction de l’Esprit Saint, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint. Une demeure spirituelle, car habités par l’Esprit ; un sacerdoce saint, car pouvant s’offrir au Seigneur.

En ce début d’année pastorale, soyons dans l’espérance et vivons la solidarité par nos actes et nos prières. Il n’y a pas de confinement pour l’Esprit Saint. Qu’il nous donne le souffle dont nous avons besoin pour être ses témoins !

 

Conférences et veillées

Etre habité par la présence de Dieu, se donner et recevoir la vie de l’Esprit en retour : le don de notre baptême est d’une telle richesse que nous avons toujours à nous disposer davantage pour accueillir le trésor qui nous est offert. Pour nous y aider, l’Equipe pastorale souhaite organiser six temps forts répartis sur l’année.

Trois conférences :
– L’Eglise, corps mystique du Christ, premier sacrement.
– Aimer l’Eglise… Pourquoi ? Comment ?
– Marie, mère de l’Eglise, modèle de la communion des saints.

Et trois veillées de prière à Gland, Nyon et Founex qui reprendront ces thèmes.

A l’heure de la rédaction de cet article, il est encore trop tôt pour pouvoir donner des informations plus précises. Sachez cependant que l’Equipe pastorale prend contact avec des orateurs de renom en espérant que nous pourrons nous retrouver nombreux sans nouvelles restrictions sanitaires.

Le minimalisme

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Sacré-Cœur, Ouchy-Lausanne (VD), septembre 2021

PAR LEILA FORTIS
PHOTOS : ANTOINE MBOMBO TSHIMANGA ET LEILA FORTIS

Pour certains, le minimalisme a une connotation négative : se contenter du minimum et en faire le moins possible.

Pour d’autres, il est dans l’air du temps. Courant d’art contemporain dans les années 60, il se décline aujourd’hui à plusieurs niveaux : de l’économie au design en passant par le style ou la spiritualité. Un mode de vie, en somme, qui nous permettrait de nous recentrer pour optimiser notre temps de travail et de loisir.

Les adeptes de Marie Kondo, entre autres gourous, en savent quelque chose, puisque ses conseils de rangements et de développement personnel promettent la sérénité de l’esprit, et l’ouverture à la disponibilité de l’âme et du cœur.

Bien avant notre époque, un précurseur du minimalisme nous est bien connu par son message : l’amour est la finalité de ce que chacun d’entre nous cherche. En Marc 6, 7-13, Jésus envoie ses disciples en mission avec des consignes bien précises : pas d’argent, pas de vêtements de rechange, la Parole pour seul bagage. Le fait de ne pas avoir de préoccupation matérielle va aider les apôtres à intégrer cette manière d’être, à la vivre intérieurement dans leur cœur et à la vivre extérieurement à travers leurs actions. Dieu est dans la simplicité de la vie et le partage avec les autres.

En ce temps de pandémie, malgré les restrictions, l’essentiel a été maintenu : l’écoute, la parole (même avec le masque), la Parole, la présence, la vie.

Préserver la vie est une priorité, comme le dit si bien André Malraux : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. »

Moins pour plus

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur Aigle (VD), septembre 2021

PAR VINCENT LAFARGUE | PHOTO : PIXABAY

Lorsque nous avons annoncé, au printemps, notre action de récolte de denrées alimentaires non périssables à la messe, lors d’une des célébrations, les applaudissements ont éclaté spontanément à la fin de cette proposition. Et un paroissien m’a dit : « C’était le moment ! »

Nous avons tous vu les images de ces files interminables, à Genève notamment, de personnes en quête de sacs de nourriture. Des gens à qui la Covid a fait perdre leur emploi, les projetant dans une situation plus que précaire dans bien des cas.

Mais c’est loin d’être un problème uniquement présent dans les grandes villes. A la cure d’Aigle, c’est presque chaque jour que nous offrons des bons de
la Migros à qui les demande, pour aller acheter des produits de première
nécessité. La précarité a considérablement augmenté dans notre région suite
à l’épidémie que nous avons traversée.

Nous pouvons tous faire un effort, nous priver de quelque chose pour le donner à qui en a besoin. C’était le sens de notre action printanière avec ces
denrées non périssables. MERCI INFINIMENT à toutes les personnes
qui nous ont apporté de quoi garnir des sacs qui ont trouvé très facilement preneur.

Il nous faut continuer, et pas seulement en direction des nécessiteux mais aussi de notre planète. Nous pouvons tous apprendre à fermer le robinet d’eau
lorsqu’elle s’écoule inutilement, à trier nos déchets, à consommer de manière plus réfléchie. Nous avons tous à réapprendre le « moins » pour le « plus » : moins pour moi, histoire d’offrir plus aux autres.

J’ai peu

Est-ce suffisant ?

Et demain ?

…

J’ai décidé

En mon cœur

De le partager

Avec mon prochain

Toi Seigneur

Multiplie-le

Pour une vie en abondance

Carlo C. Action de Carême

L’hospice du Simplon

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), septembre-octobre 2021

À l’initiative de Formules Jeunes, un groupe de jeunes du canton de Fribourg et du Valais a participé du 26 au 30 juillet derniers à une semaine théologique à l’hospice du Simplon. C’est l’occasion pour l’Essentiel de s’exporter hors du cadre purement fribourgeois pour s’intéresser à l’histoire d’un site important pour l’histoire religieuse du Valais.

TEXTE ET PHOTOS PAR SÉBASTIEN DEMICHEL

L’hospice du Simplon se situe au sommet du col du même nom à 2005 mètres d’altitude, reliant Brigue à Domodossola. Utilisé depuis la préhistoire, le Simplon devient l’un des principaux axes de transit européen au Moyen Âge. Un premier hospice est mentionné dès 1235, dont les origines sont toutefois inconnues. Il est tenu par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et accueille marchands, pèlerins, indigents et malades. Au XVIIe siècle, alors que l’hospice des chevaliers de Saint-Jean a disparu, Gaspard Stockalper relance l’économie locale et fait édifier un nouvel hospice en 1666 portant le nom d’Alper Spittel. Mais c’est sous Napoléon Bonaparte que le Simplon obtient le rôle stratégique le plus important. En 1800, Bonaparte ordonne la construction de la première route carrossable à travers les Alpes, devant servir de voie militaire la plus directe entre la France et l’Italie. Cette fondation est censée permettre à Napoléon d’asseoir sa domination sur l’Italie du Nord au détriment des Autrichiens. Le Simplon devient ainsi le chemin le plus rapide entre Paris et Milan.

Les chanoines du Grand-Saint-Bernard
L’hospice qui nous accueille pour notre semaine théologique (le troisième en tout) a été édifié dans le cadre des travaux napoléoniens. Le 28 février 1801, l’empereur ordonne sa construction et prévoit d’y installer 15 religieux, en l’occurrence des chanoines du Grand-Saint-Bernard qui lui ont déjà offert leur hospitalité en mai 1800. Ces derniers ne sont toutefois pas consultés et Napoléon leur impose la fondation du nouvel hospice. La construction est longue (1801-1831) : durant cette période les chanoines tiennent un hospice provisoire dans l’ancien hospice Stockalper. Après de nombreuses tergiversations liées aux coûts de l’entreprise, la première pierre de l’hospice n’est posée qu’en 1813, peu avant la débâcle de l’empereur qui interrompt les travaux et entraîne un long temps mort jusqu’en 1826. L’hospice a alors mauvaise presse, considéré comme le symbole de l’assujettissement du Valais à la France. Finalement, en 1826, les chanoines s’engagent à l’achever et son inauguration a lieu en 1831. Deux ans plus tard, l’hospice est approuvé par le Saint-Siège qui lui accorde un statut similaire à celui du Grand-Saint-Bernard.

Au tournant du XXe siècle, le tunnel du Simplon reliant Brigue à Iselle commence à être construit. Le premier train traverse le tunnel en 1906, rendant plus fonctionnelle la ligne Paris-Milan. Il n’y a dès lors plus besoin de franchir les cols alpins pour traverser l’Europe et l’hospice du Simplon voit le nombre de passants drastiquement chuter. Le projet se forme donc d’établir au Simplon une colonie de vacances pour jeunes, projet qui se réalise en 1933 et court jusqu’en 2001.

Dans l’histoire de l’hospice, le rapport à la montagne joue un rôle central. La figure du chanoine Gratien Volluz, guide de montagne nommé Prieur du Simplon en 1959, en est une bonne illustration. Ce dernier voit dans les beautés de la montagne et ses valeurs telles que le dépassement de soi, le silence et la prière, un chemin d’humanisation. Il écrit d’ailleurs une très belle prière du pèlerin de la montagne dont voici un extrait :

« Créé par amour, pour aimer, fais, Seigneur, que je marche, que je monte, par les sommets vers Toi, avec toute ma vie, avec tous mes frères, avec toute la création, dans l’audace et l’adoration. » L’hospice, devenu un lieu de retraite et d’évasion face à un quotidien de plus en plus stressant, est totalement redynamisé. Depuis 1996, il est également équipé pour recevoir des familles avec des enfants en bas âge.

Un seul cœur en Dieu
L’hospice est doté d’une église consacrée en 1832 par l’évêque de Sion, meublée de stalles empire et d’un orgue et décorée des peintures murales des peintres français Nélaton et Carlin. Rénovée en 1973, l’église accueille depuis 1995 le grand Christ et quatre icônes des protecteurs du Grand-Saint-Bernard réalisées par Klaus Kegelmann. À gauche de la croix triomphante de style italo-byzantin sont représentés sainte Monique et son fils saint Augustin. Celui-ci tient une plume et un rouleau sur lequel est écrit « Cor unum in Deum » (un seul cœur en Dieu), premiers mots de la règle qu’il a donnée aux clercs de son diocèse d’Hippone vers 400 et que les chanoines du Grand-Saint-Bernard suivent aujourd’hui encore. À la droite du Christ en croix, on reconnaît à son habit de diacre et au dragon gisant à ses pieds (symbole des dangers de la montagne et des bandits) le fondateur de la Congrégation des chanoines, saint Bernard de Montjoux
(XIe siècle), ainsi que saint Nicolas de Myre, saint très populaire au Moyen Âge et que Bernard de Montjoux a choisi comme protecteur.

Actuellement, l’hospice est un bâtiment en pierre de 3 étages, bâti sur le modèle de l’hospice du Grand-Saint-Bernard. Il peut héberger jusqu’à 130 personnes et est ouvert toute l’année. Les chanoines en assurent toujours la gérance. Le Prieur actuel, François Lamon, nous a donné un enseignement sur l’accueil, vocation fondamentale de l’hospice. Accueillir, c’est prendre du temps pour l’autre, être à son écoute et chercher à comprendre son vécu, ses joies, ses peines. L’hospice accueille toutes sortes de gens : confirmands, collégiens, familles, skieurs, randonneurs, etc. Que les Romands ne soient pas dépaysés, les chanoines sont francophones bien que la région soit germanophone.

Pour aller plus loin, voir la belle chronique des chanoines : https://gsbernard.ch/simplon/apercu-historique/

Moins pour plus

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral des Coteaux du Soleil (VS), septembre 2021

PAR L’ABBÉ JANVIER NGINADIO MUNTIMA

Allons-y plutôt sous un angle spirituel de l’écologie. Actualité oblige ! Dans une société de surconsommation avec sa « culture du déchet », pour parler comme le pape François, les appels se multiplient en vue d’assainir le rapport de l’homme avec lui-même ainsi qu’avec Dieu, autrui et la création. « La conversion écologique » est une urgence afin de sauvegarder notre maison commune (cf. Laudato si’).

En effet, avec la crise multiforme de l’être humain, le déséquilibre des écosystèmes, les injustices et les inégalités de tout genre qu’elle engendre, notre façon de vivre montre suffisamment qu’avoir plus ou avoir tout court ne va pas forcément ensemble avec être plus ou être tout simplement. « Moins pour plus » ne signifie pas une vie désincarnée. Contre tout égoïsme et tout excès, « Moins pour plus » c’est plutôt le juste nécessaire, principe d’une espèce d’écologie intérieure qui est une vie éprise de l’idéal d’harmonie avec Dieu et avec soi-même, de solidarité et de justice. Par ailleurs, « Moins pour plus » pose le problème de l’équilibre social dans l’usage des biens de la création.

Pour asseoir et prolonger la réflexion, laissons-nous instruire entre autres par l’ordonnance de Dieu à propos de la manne au désert : « Que chacun en ramasse la ration qui lui est nécessaire ; vous en ramasserez environ quatre litres par personne, d’après le nombre de personnes vivant sous la même tente. » (Exode 16, 16)

« Moins pour plus » constitue un défi majeur du témoignage authentique de la foi chrétienne.

Moins pour plus…

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, UP Sainte Marguerite Bays (FR), septembre-octobre 2021

PAR NICOLE MONNEY | PHOTOS : CATH.CH

Voici plus d’une année que nous avons été frappés par une tempête insoupçonnée, venue de loin. Les dégâts ont été plus ou moins importants selon l’endroit de notre ancrage dans la vie. L’Eglise dans sa pastorale a aussi été très affectée, surtout dans une société qui relègue sa vie spirituelle, semble-t-il, au second plan. Cela s’est quand même un peu constaté dans cette pandémie. La priorité dans les nouvelles n’était malheureusement pas de savoir comment allaient les personnes, quel était leur état de santé, mais plutôt les statistiques, l’économie, comment survivre. J’ai pu participer à une permanence téléphonique que l’un des vicariats du diocèse avait mis sur pied et fort était de constater que la vie spirituelle n’était pas une priorité, même dans un moment de catastrophe. Pourtant, il est connu que lorsqu’on est dans le malheur, on a tendance à se tourner vers Dieu pour demander de l’aide !

Du coup je me suis posé la question, pourquoi si peu d’appels ? Est-ce que la foi individuelle est si forte que l’on n’a pas ressenti le besoin de recourir à cette permanence ? La confiance en Dieu déplace des montagnes, dit-on. Ou est-ce un signe distinct que l’Eglise n’est plus assez proche des personnes pour qu’on l’oublie même dans des situations aussi compliquées que cette pandémie ? Je n’ai à ce jour pas trouvé la réponse. Cependant, dès la sortie du confinement, j’étais plus que motivée pour mettre tout en œuvre pour que l’Eglise soit plus
visible.

J’ai cette chance d’être catéchiste dans les écoles primaires dans la région de Romont et enseignante de religion au CO de la Veveyse. Je suis donc en contact perpétuel avec la nouvelle génération de l’Eglise. Certes j’ai un programme plus ou moins précis à faire passer, mais j’ai vraiment pris le temps de leur parler de l’Eglise, cette communauté des chrétiens que nous constituons tous. Qu’ils ont une place à prendre, un rôle à jouer… que parfois c’est à eux de redonner un sens à la vie spirituelle en famille ; oser parler de Dieu à la maison. Je leur proposais des petites livraisons à domicile, vu que c’est devenu un peu la nouvelle mode ; le take away ou à l’emporter… Je leur proposais de lire tel ou tel passage de la Bible avec une prière ou un chant en famille ou du moins avec un membre. Parfois aussi je leur donnais des questions à poser aux parents sur un thème vu en classe. Les élèves revenaient parfois un peu déçus par les réponses ou le peu de discussion qu’il y a eu avec la famille. Toutefois, ils ont relevé le défi. Le but est atteint, ils ont ramené un peu de Dieu à domicile. Ce n’est certes pas évaluable, il y a eu du bon comme du moins bon. Finalement, c’est comme pour les plats qu’on commande sur les applications ou sur internet, on est parfois déçu et parfois très satisfait.

Un autre défi, cette fois-ci sur un plan plus pastoral m’attendait dès la rentrée scolaire 2020. En effet, toutes les célébrations de première communion ont été repoussées à plus tard…, mais quand ? Combien de temps faudra-t-il à cette pandémie pour se dissiper ?

Naïvement, je pensais que les familles seraient heureuses de savoir que les célébrations auraient lieu, même si c’était beaucoup plus tard et bien sûr en tenant compte des restrictions sanitaires. Eh bien, non ! C’était une douche froide, voire glaciale ! C’est à ce moment-là que j’ai constaté qu’une fois de plus je n’étais pas du tout sur la même longueur d’ondes, moi qui pensais que nous avions la chance de pouvoir vivre le sacrement de l’eucharistie malgré la pandémie. J’avais pensé que les enfants étaient prêts à vivre ce pourquoi nous les avions préparés pendant toute une année ; la rencontre dans l’intimité avec Jésus. Autant les familles souhaitaient autre chose ; vivre le sacrement oui, mais dans de bonnes conditions (familles, convivialité, la joie de la fête) ! Certes, ces conditions n’étaient pas vraiment réunies, puisque les enfants pouvaient n’avoir que 2 invités dans l’église et pas beaucoup plus à la maison. Et bien sûr, chorale, fanfare, apéritifs étaient aussi annulés. Il n’y avait plus grand-chose de la fête traditionnelle des années précédentes. Il va sans dire que bien des familles ont repoussé encore la première communion de leur enfant, mais d’autres pas. Les enfants ont aussi du coup pu inviter plus de personnes dans l’église. Cela s’annonçait triste comme fête…

Eh bien, non, c’était un moins pour un plus !

Il y avait moins de personnes lors des célébrations, mais bien des familles ont eu plus de plaisir parce qu’elles se sentaient plus proches de leur enfant. Il y avait une intimité, une sensation de faire communauté. Elles ont mieux pu participer à la messe, suivre ce qui se passait. Il y avait moins de bruit. L’ambiance était plus favorable au recueillement. A la sortie, tout le monde avait le sourire. Certains parents, dont c’était le 2e ou 3e enfant qui vivait ce sacrement, ont été vraiment enchantés et m’ont dit qu’ils ont préféré cette célébration pour les raisons citées plus haut. Evidemment, certains regrettaient que toute la famille n’ait pu assister à la fête.

En conclusion, par cette année de pandémie, j’ai appris à changer mon regard. J’ai appris à faire plus avec moins de moyens. L’essentiel n’est pas toujours ce que je crois. J’ai souvent entendu ou lu la phrase : « Il faut mettre le Christ au centre. » Oui, évidemment. Et je pensais l’avoir fait. Mais cette année, je l’ai mis au centre de ma vie, mais aussi de celle des autres. Non seulement je l’ai mis au centre, mais en plus je l’ai laissé agir.

Avec les enfants nous avons mis un accent sur la prière. Ils ont même fabriqué un grand chapelet qui est actuellement dans l’église de Siviriez !

Quelle belle année, malgré la pandémie ! Que cette nouvelle année pastorale soit tout aussi riche. N’hésitons pas à épurer nos cœurs et nos esprits afin de laisser la place à l’essentiel ; le Christ ressuscité, notre seul guide.

Saillon en fête

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, décanat Sion (VS), septembre 2021

Comme promis, voici quelques images de l’ordination diaconale

de Christian Thurre et des ordinations sacerdotales des frères Simon

et Valentin Roduit, le 27 juin dernier à Saillon. Magnifique célébration !

PHOTOS : COLLECTIF ORDINATIONS 2021, LAURENCE BUCHARD, SANDRINE-MARIE THURRE, SAMUEL ROMEIRA, GÉRARD RAYMOND

 
 

Une nouvelle aventure

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, Unités pastorales du Grand-Fribourg (FR), septembre-octobre 2021

PAR VÉRONIQUE BENZ | PHOTOS : DR, PXHERE

La rentrée pastorale, c’est toujours une nouvelle dynamique et des projets en perspective pour susciter une communauté de foi féconde. Cette année, nos deux unités pastorales, Notre-Dame et Saint-Joseph, vont intensifier leur collaboration et créer davantage de synergies dans le but de concevoir un Pôle pastoral et missionnaire.

Le but de ce pôle est de permettre une présence renouvelée et signifiante de l’Église. Pour le réaliser, des équipes transversales et thématiques vont progressivement être mises en place. Trois d’entre elles vont commencer leur mission dès cet automne : l’équipe curiale, l’équipe diaconie et l’équipe communication. Je vous laisse les découvrir dans ce magazine. Vous y ferez également connaissance des nouvelles personnes engagées au service de l’UP Notre-Dame.

Nos unités pastorales et leurs équipes se lancent dans une audacieuse aventure ! Une aventure à laquelle chaque baptisé, chaque paroissien est invité à participer. Une aventure qui doit permettre à chacun de vivre l’Évangile et de l’annoncer au monde. Nous sommes tous appelés à vivre avec le Christ dans notre quotidien, par notre simple présence priante, par notre engagement, comme Marlise Habegger qui œuvre bénévolement au Manoir à Givisiez ou les conseillers paroissiaux qui offrent leur temps et leurs compétences au service de la foi. Votre magazine fait également partie de l’aventure puisqu’il est l’un des outils de l’équipe communication.

Un alpiniste ne se lance pas dans une ascension sans s’y être préparé ; ainsi, pour mettre en place et faire vivre ce pôle pastoral et missionnaire, il nous est demandé de prendre le temps et les moyens nécessaires. Nous pouvons le faire de façon communautaire à l’exemple des jeunes qui ont participé à la semaine théologique au Simplon, ou de manière individuelle. Une aide pour y parvenir : la nouvelle rubrique : Ma foi sur le web.

Que cette nouvelle année pastorale soit pour chacun une belle aventure avec le Christ, dans nos divers lieux et communautés de vie.

Bonne année pastorale !

Le reflet du ciel sur la terre

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

PAR OLIVIER TARAMARCAZ / WWW.ARTETFOI.CH | PHOTO : DR

Ce que j’observe en montagne est simple : il y a toujours le reflet du ciel sur la terre. Alors j’apprends à regarder. Mon temps porte l’empreinte de l’infini. Je comprends ma vie quand je marche dans cet infini. J’associe la marche à un texte, à une graphie, une poésie en mouvement. La poésie de la marche, voilà un bon indicateur de chemin à emprunter. Je vis ma vie comme un poème. En montagne, je vis dans le temps rassemblé, mon temps de la terre greffé au temps du ciel. Cela pose la question de savoir où est le centre de gravité dans ma vie. Jésus m’invite à un pas intérieur avec lui. Je désire le laisser respirer en moi. En définitive, mon premier souci est de ne pas échapper à la vie réelle, manifestée dans le Livre de la Vie, la Bible. La Parole de Dieu me décentre de moi-même, pour me centrer sur ce qui me dépasse, qui me déplace intérieurement vers ce qui est éternel. La Parole du Livre m’ouvre à ce qui ne passe pas. Alors, je désire me laisse éclairer par la lumière de l’Eternel, l’éternelle lumière. En méditant les paroles de l’Evangile, je prends le pouls de ma vie intérieure. Je m’accorde au « La » de la vie. La Parole du Livre de la Vie fait la netteté dans mon cœur, m’éclaire sur l’état de mon âme. Elle est la boussole indispensable à chacun de mes choix. Elle dirige mes comportements. Elle est le mètre étalon me permettant de me situer sur cette terre. Aussi, je prie : « Notre Père, que ta volonté soit faite dans ma vie comme au ciel. »

Du changement dans l’air entre Bagnes et Martigny !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

La rentrée est souvent une belle occasion de faire du neuf ou de repartir sur de nouveaux chemins. Notre équipe pastorale n’est pas en reste à l’orée de cette nouvelle saison pastorale.

PAR PASCAL TORNAY

PHOTOS : GÉRARD RAYMOND, DR

Le chanoine Simon Roduit – qui vient d’être ordonné prêtre à Saillon en compagnie de son frère Valentin et de Christian Thurre qui, lui, est devenu diacre permanent – a été nommé au poste de vicaire à 100% dans notre secteur pastoral.

Pour sa part, le chanoine José Mittaz, en plus d’une nouvelle mission dans le domaine de la formation catholique en Suisse romande, rejoint lui aussi notre équipe comme prêtre auxiliaire à 20%. Nous leur souhaitons la bienvenue et bon vent dans leurs nouvelles missions respectives.

Après quelques années de ministère dans le secteur de Martigny, notre vicaire le chanoine Joseph Yang, s’en va assumer
la charge de curé dans le secteur de Bagnes en compagnie du Père Damien Niyoyiremera. Le chanoine Jean-Michel Girard, prévôt de la communauté du Grand-
Saint-Bernard, prendra une part de la charge pastorale à 50% et offrira ainsi son appui.

Avec les communautés vers qui chacun est envoyé, nous leur souhaitons de pouvoir porter le fruit que le Seigneur veut voir se développer et leur disons : bon vent !

L’accueil et l’au revoir à nos amis prêtres auront lieu à l’église de Martigny-Ville le dimanche 29 août à 10h. Après la messe, l’apéritif sera offert.

Grand merci !

par le Chanoine Joseph Yang

Nous vivons dans un monde où tout se passe vite, tout change à tout moment. Les gens changent de travail, de poste, de lieu de vie, etc. La vie est mouvement. Certains vivent difficilement le changement, d’autres plus facilement. Personnellement, je vis ces semaines un temps de changement. Je dois vous quitter pour aller vivre et travailler dans le secteur de Bagnes. Ce n’est pas une petite chose de vous quitter après toutes ces années. Mais je vis cela dans la paix. Je considère qu’il s’agit de la volonté de Dieu et je suis sûr que c’est lui qui m’envoie. Au moment de vous quitter, je vous dis un grand merci pour toutes ces années de vie, de partage, de joie. Je continue de vous inclure dans ma prière. J’aimerais que vous soyez toujours plus près du Christ et que vous viviez dans la joie. Enfin, n’oubliez pas de prier pour moi, s’il vous plaît ! Encore grand merci pour tout.

Gratitude

par le Chanoine José Mittaz

Le bienfait reçu en votre communauté paroissiale, lors de ma première mission comme nouveau prêtre il y a 22 ans, m’a accompagné tout au long des missions qui m’ont été confiées, à l’Hospice du Grand-Saint-Bernard et dans le secteur de Bagnes. Aujourd’hui, s’ouvre devant moi un nouveau chapitre. Je suis engagé à 80% au service de la formation et de l’accompagnement des futurs prêtres et agents pastoraux de Suisse romande, ainsi que dans la formation permanente en Eglise (à Fribourg). Dès cet automne également, le vicaire général Pierre-Yves Maillard me passera le témoin de la direction spirituelle du pèlerinage estival de la Suisse romande à Lourdes.

Quel sens aura donc le 20% d’engagement comme prêtre auxiliaire au service de votre communauté paroissiale ? Mon engagement sera momentané et accessoire, en tout cas si l’on en croit Le Larousse ;-)… Sûr de pouvoir m’enraciner dans la gratitude auprès de chacun de vous, je prie que le Seigneur vous fasse du bien et qu’il vous remercie déjà pour le cadeau de votre hospitalité !

La grâce des changements !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

PAR JEAN-PASCAL GENOUD | PHOTO : MARION PERRAUDIN

Je me souviens de mon arrivée en paroisse l’été 2015 : l’énergie des débuts, la stimulation de la nouveauté. Spontanément l’envie de s’adapter, de changer tout ce qui peut l’être, de trouver les collaborations utiles ou nécessaires. Et puis, avec le temps, cette énergie s’épuise. Il y a bien des choses à améliorer – il y en a toujours assez ! – mais je prends conscience que ces changements sont exigeants, qu’ils demanderaient beaucoup d’efforts. Une certaine fatigue s’installe accompagnée du sentiment d’une complexité toujours plus emprisonnante.

Dans ce contexte, l’arrivée de deux nouveaux visages dans l’équipe des prêtres est un vrai cadeau de Dieu, d’autant plus que ces confrères viennent avec la force de leur jeunesse. C’est tout particulièrement une grâce insigne d’accueillir Simon Roduit, récemment ordonné prêtre, pour ses débuts en pastorale paroissiale. Evidemment, il nous faudra le protéger quelque peu et éviter de tout lui mettre sur le dos, en nous disant qu’il est jeune et qu’il dispose d’un tempérament particulièrement énergique !

Mais nous n’allons pas bouder cette aubaine. Simon Roduit à plein temps et José Mittaz à temps très partiel constitue une chance de nous renouveler tous et de laisser l’Esprit nous déplacer un peu plus pour assumer la mission d’une Eglise en constante évolution dans un monde rempli de défis nouveaux.

Et il nous reste à souhaiter le même élan à ceux qui nous quittent, Jean-Michel Girard et Joseph Yang qui, eux aussi, sont appelés à permettre aux paroisses du Val de Bagnes de vivre quelque chose de la nouveauté inépuisable du Christ Jésus.

La première rose en souvenir de lui

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

Il y a plus de vingt ans, j’ai accompagné un de mes oncles dans ses derniers jours parmi nous. Il m’en reste un souvenir lumineux et une expérience forte que je vous partage ici.

PAR DOMINIQUE PERRAUDIN | PHOTOS : PIXABAY

Ce matin à la messe, pendant le Credo, une grande joie a ébranlé tout mon être. Un bonheur intérieur que l’on ne saurait expliquer a enflammé mon esprit. Une petite voix susurrait : « Dominique ne te reproche pas ta distraction. Laisse plutôt ton âme rester l’enfant que tu désires être lorsque que tu pries. » La paix envahissait mon âme. Tout à coup, m’est revenu à la pensée, le visage d’un oncle que nous avions hébergé, mon épouse et moi, durant les cinq derniers mois de sa vie.

Il y a de cela plus de vingt ans, un matin, notre oncle arrive chez nous en larmes avec son vélomoteur. Il annonce : « Marie, mon épouse est décédée. » Mon épouse et moi l’avons alors réconforté. Je lui ai dit que, s’il le voulait, je m’occuperais de toutes les formalités. Comme il vivait seul, nous lui avons proposé de prendre pension chez nous quelque temps. Ce qu’il accepta.

Peu de temps après, il me dit : « Dominique, j’ai un cancer. » Durant toute une année, la maladie n’a pas évolué. Il prenait son souper à la maison. Nos enfants étaient heureux de le recevoir. Un soir, après le repas, il me murmura : « Dominique je dois entrer à l’hôpital. » Je regardai mon épouse et, d’un commun accord, nous l’avons accueilli chez nous. Il souffrait beaucoup. Il ne se plaignait jamais. Les infirmières lui prodiguaient quelques soins et, en plaisantant avec elles, il les remerciait chaleureusement.

Non, ce n’était pas une « grenouille de bénitier », mais un dimanche il me dit : « On devrait aller à la messe. » Mon épouse l’aida à se mettre sur son trente et un. Ce que nous ignorions, c’est que ce dimanche-là était un dimanche où avait lieu la fête de la confirmation et l’église était bondée ! Pas une place assise. Il souffrait beaucoup et de la sueur perlait sur son front. Je m’approchais et lui dit : « Viens oncle, on reviendra un autre jour à la messe. » Il me fit des gros yeux et
me rétorqua : « Jésus a certainement plus souffert que moi, donc on reste jusqu’à la fin. »

La souffrance le minait, mais, avec force, il résistait à cette maladie qui le dévorait. Souvent, il m’expliquait sa vie de charpentier et me parlait en patois en disant : « Tous les matins, la caisse à outils sur le dos, à pied du Châble à Verbier, je me rendais au travail pour sept heures. » Il aimait m’expliquer également comment, à l’époque, le bois traversait la frontière en contrebande. En effet, le bois était précieux pour le chauffage l’hiver « Le garde forestier surveillait les contrevenants. Il fallait agir avec ruse », confirmait-il.

Peu temps avant de décéder, il fit un souhait peu banal : il me fit promettre d’apporter sur sa tombe au cimetière la première rose d’un plan qu’il nous avait donné et qui refleurissait chaque année. Je tins ma promesse et chaque année, j’emmenais cette première rose dans un petit pot.

Tout ce que cet oncle a apporté à nos enfants et à notre couple a été un exemple de vie. Un jour, nous voyant un peu tendus, il me dit les larmes aux yeux : « Je crois
que je veux aller à l’hôpital. » A mon
tour je lui fis les gros yeux et lui dit : « Jamais ! » Alors, un petit sourire égaya son visage.

Il s’en est allé un matin comme il était venu, en paix, presqu’avec le sourire. De ma vie, jamais je n’ai vu un homme aussi fier d’avoir accepté tout ce que la vie lui a donné, avec autant de paix, de joie et d’amour. Tout cela dans la souffrance. J’ai ainsi compris que la sainteté n’est pas souvent le fruit d’actions spectaculaires, mais surtout d’un amour humble qui ne s’exprime pas nécessairement au grand jour, mais au fond du cœur et en toute simplicité. Merci mon oncle.

Le Vestiaire paroissial de Martigny : pour toi et pour moi !

Tiré du magazine paroissial L’Essentiel, secteur pastoral de Martigny (VS), septembre 2021

Le Vestiaire paroissial est une affaire de famille ! Marie-Noëlle Farquet(-Duay), 57 ans, en est la responsable depuis 15 ans. Alors que je me rends sur les lieux un bel après-midi pour la rencontrer, j’entre et croise toute une cohorte de personnes farfouillant dans les rayons à la chasse à la bonne affaire… Après la fermeture, c’est autour d’un café que se poursuit la rencontre avec Marie-Noëlle et « ses assistantes »…

PROPOS RECUEILLIS PAR PASCAL TORNAY | PHOTOS : DR

Marie-Noëlle, comment est né le Vestiaire paroissial ?

Vous en sauriez davantage si vous interrogiez le chanoine Jean-Michel Girard (actuel prévôt), car, avec les Sœurs de Sainte-Jeanne-Antide, c’est lui qui est à l’origine du projet.

Comment vous êtes-vous engagée dans le projet ?

Un beau jour, il y a 18 ans, je suis passée au Vestiaire comme cliente. J’étais intéressée par une activité qui me permette de sortir de la maison et de me changer les idées ! J’ai demandé à Sœur Marie-Marcelle, la responsable à l’époque (Sœurs de Sainte-Jeanne-Antide), si elle avait besoin de bénévoles. Elle a répondu que oui et c’est ainsi que j’ai commencé petit à petit. Il y a trois ans, la Sœur a dû rejoindre une autre communauté et, après toutes ces années d’engagement, elle m’a laissé les clés…

Aujourd’hui, quelles sont les motivations profondes qui vous tiennent à cœur ?

Ma principale motivation, c’est l’entraide ! Devenue maman très jeune, j’ai toujours préféré les vêtements et le matériel de seconde main. Pouvoir donner un coup de main aux autres est très gratifiant. Les rencontres et les contacts avec des personnes d’horizons très divers me plaisent beaucoup. Enfin, le fait de pouvoir sensibiliser les gens au principe « zéro déchet », valoriser les vêtements que personne n’utilise sont des dimensions auxquelles je tiens tout autant. Ce sont toutes ces valeurs qui me poussent à continuer et à faire connaître le Vestiaire paroissial.

Quels articles vendez-vous le plus ?

Les dames sont notre principal public. Les vêtements pour elles sont donc les plus demandés. Le linge de maison et les chaussures viennent ensuite. En revanche, les peluches pour les enfants ne trouvent pas souvent preneur, tout comme les livres… que nous avons décidé d’offrir. J’ajoute que, deux fois par an – été et hiver –, nous procédons à un déstockage. Durant une période, tout est à Fr. 2.–, puis nous liquidons tous les articles pour les remplacer par un tout nouvel assortiment.

Vous arrive-t-il de refuser des articles offerts ?

Nous avons régulièrement à faire à des arrivages d’articles en mauvais état : sales, tachés, troués ou trop usés. L’introduction de la « taxe au sac » n’a pas arrangé les choses. Certains, ne voulant pas payer l’évacuation de leurs objets, nous les amènent. J’aime rappeler que nous ne sommes pas une déchetterie ! Jetez ou recyclez donc les articles que vous n’aimeriez pas vous-mêmes acheter. Aidez-nous en nous offrant des articles propres et en bon état, car le travail de tri prend un temps considérable.

Les articles que nous ne proposons pas à la vente sont livrés au Centre régional travail et orientation (CRTO) à Monthey. Il s’agit d’un organisme de réinsertion professionnelle qui s’occupe du recyclage.

Quels contacts entretenez-vous avec vos client.es ?

Dans l’immense majorité des cas, les contacts sont très cordiaux et se passent à merveille. Je connais une grande partie de notre fidèle clientèle depuis plusieurs années.

Mais les contacts peuvent aussi être ambigus. J’ai régulièrement à faire à du vol et cela me met très mal à l’aise. J’ai beau expliquer que le Vestiaire est une œuvre caritative, mais, malgré les prix bas et le fait qu’il m’arrive régulièrement de donner certains articles gratuitement, certaines personnes ne parviennent pas à maîtriser leurs désirs.

Il faut aussi « me battre » pour tenir bon face aux élans de négociations de certaines personnes. Pour les gens de certains pays, marchander fait partie de la culture. Pour nous Européens, ce n’est pas toujours simple à gérer. Le fait que les articles n’aient pas un prix fixe affiché renforce ce phénomène. Le prix d’un article peut varier suivant les marques, l’état, etc. Des jeunes viennent aussi régulièrement car ils sont intéressés par les articles de style « vintage ». Certains sont très recherchés…

Que faites-vous de vos recettes ?

L’argent récolté sert à l’entraide. Nos recettes sont intégralement reversées au prieuré qui les redistribue à d’autres personnes en situation de précarité. Cela représente entre Fr. 5’000.– et 10’000.– par an (les recettes ont diminué durant la pandémie !).

Quels sont les principaux défis à relever actuellement ?

Ce qui me tient le plus à cœur serait que le public comprenne que le Vestiaire paroissial est une boutique de seconde main comme une autre. Le préjugé est tenace selon lequel le Vestiaire serait seulement à disposition des personnes en situation de précarité… Pas du tout ! Toute personne y est la bienvenue. C’est pourquoi, j’ai créé une page Facebook qui permet de mettre en lien le Vestiaire paroissial avec d’autres catégories de personnes.

Le Vestiaire en bref…

Quoi ? – Le Vestiaire paroissial est une boutique de 2e main. Vous y trouverez également des bijoux, des livres, des peluches, des sacs, des articles de literie, de la vaisselle, etc. Une vraie mine d’or !

Pour quel public ? – Tout un chacun, sans aucune distinction, est le bienvenu !

Où ? – En plein cœur de Martigny, à deux minutes de la Place centrale, dans l’enceinte de la Maison du Saint-Bernard (Rue de l’Hôtel de Ville 18b).

Quand ? – Ouvert le premier et le dernier mardi de chaque mois de 13h à 16h.

D’où vient la marchandise ? – Tous les articles qui se trouvent dans notre boutique ont été offerts. Chacun peut déposer ou emmener ce dont il ne se sert plus et les offrir, pour autant que les objets offerts soient propres et en bon état. Notez que le Vestiaire paroissial n’est pas une déchetterie ! Devant l’Eglise un conteneur à vêtements est à votre disposition. Déposez-y vos affaires.

Quels prix ? – Les prix des articles ne sont pas affichés. Ils varient entre Fr. 2.– et Fr. 30.–. Ceci dépend de l’état de l’article et s’il s’agit d’un objet pour un adulte ou un enfant. Par exemple, vous trouverez des pantalons ou chemises pour adultes à Fr. 5.– environ. Des bodys ou robes bébés entre Fr. 1.– et Fr. 3.–.

Des employés ? – Toutes les personnes qui y travaillent sont des bénévoles.

L’équipe du Vestiaire paroissial se réjouit de vous y rencontrer.

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